Depuis quelques années, l'Allemagne, troisième partenaire économique de la Tunisie, multiplie les investissements industriels dans le pays, que les entrepreneurs allemands considèrent comme l'un des plus compétitifs de la rive sud. IPEMED, Institut de prospective économique du monde méditerranéen, publie une nouvelle étude consacrée à la stratégie industrielle allemande en Tunisie. Cette étude pose la question de savoir si, après avoir mené dans les années 1990 une stratégie d'intégration industrielle avec les pays d'Europe centrale et orientale (Peco), les industriels allemands envisagent de renouveler l'expérience avec de nouveaux partenaires et d'approfondir le redéploiement de leur base industrielle sur de nouveaux horizons, sur la rive sud de la Méditerranée en particulier. L'étude porte sur la Tunisie, dans lequel le nombre d'IDE allemands par habitant est le plus important. Les entrepreneurs allemands considèrent la Tunisie comme l'un des pays le plus compétitif de la rive sud. L'étude micro-économique de la dynamique de ces investissements montre que les Allemands développent une stratégie différente de celle de leurs homologues européens, notamment français et italiens. Près de vingt ans après l'avoir fait dans les Peco, les Allemands entament un redéploiement de leur appareil industriel dans ce pays du deuxième cercle de leur voisinage, qui leur offre les conditions de production nécessaires à l'établissement d'un système productif intégré. Sur le territoire tunisien, cela donne lieu à de nouvelles coopérations inter-firmes et au développement d'activités à forte valeur ajoutée qui mobilisent une partie de l'abondante main-d'œuvre qualifiée présente localement. La plupart des unités allemandes en Tunisie correspondent à des fragments de la chaîne de production. En outre, l'on assiste depuis peu à une accélération des investissements allemands en Tunisie (le stock d'IDE a doublé entre 2004 et 2009). Or les investissements les plus récents sont généralement réalisés au détriment des PECO devenus trop chers, de sorte qu'il est possible de dire que la Tunisie se substitue progressivement aux PECO dans les choix de localisation des entreprises allemandes. Enfin, les Allemands sont quasiment les seuls investisseurs étrangers à développer en Tunisie, autour de leurs sites de production, des activités à forte valeur ajoutée mobilisant la main d'œuvre qualifiée locale. Les transferts de compétences que cette évolution occasionne contribuent à approfondir l'intégration industrielle de l'Allemagne et de la Tunisie, comme cela a été le cas pour les pays du voisinage oriental de l'Allemagne, toutes proportions gardées. En élargissant à la rive sud leur stratégie de régionalisation industrielle, les entrepreneurs allemands font un pari audacieux qui pourrait bien faire d'eux, à l'heure des révolutions arabes, les précurseurs d'un nouveau modèle de coopération Nord-Sud.