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Halim karabibene : «Je suis un transdiscipliné»
L'entretien du lundi
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 06 - 2015

Encore une fois, l'artiste Halim Karabibene fait parler du Musée national d'art contemporain et situe son exposition en 2072. L'exposition porte le nom de «Cocotteries & Co», elle se tient à la Galerie Saf-Saf à La Marsa jusqu'au 28 juin. Une exposition qui décline Halim Karabibene en plusieurs aspects de la création, de la photo, à la gravure, en passant par la peinture, mais c'est aussi une sorte de revanche qui explique avec quelle opiniâtreté l'artiste est en train de se battre pour la création de ce musée. Entretien
C'est une exposition qui réunit différentes techniques mais la philosophie de la cocotte y trône avec fierté
Oui, il y a la peinture, la photo et la gravure. Et c'est une exposition au Musée national d'art contemporain. C'est une idée qui est née en 2007 lors d'une exposition en hommage à Fawzi Chtioui. C'était la première rétrospective que la galerie Cherif Fine Art organisait pour lui. C'était la première fois qu'on voyait l'œuvre de Chtioui rassemblée. On m'a donc demandé de participer à cet hommage avec une œuvre et un texte dans le catalogue. J'ai écris ce texte sous forme de lettre à l'artiste mais avec une date future : le 25 octobre 2069 pour lui annoncer que, la veille, on avait inauguré notre Musée national d'art moderne et contemporain. Et, pour accompagner la lettre, je devais lui envoyer une image de l'inauguration et du musée. J'ai alors créé une carte postale à partir de collages que j'ai signée et datée en 2069. Pour la cocotte, ma référence est d'abord cinématographique. Le dernier plan du film du Palestinien Elia Souleimane «Intervention divine» représente une cocotte sur une cuisinière avec le personnage et sa mère assis sur un canapé et qui regardent la cocotte. C'est un plan tellement fort et dense qu'on sentait que la cocotte allait exploser. Bien sûr, il parlait de la situation dans les territoires occupés et notre situation en Tunisie à l'époque n'était pas non plus à envier. C'était un blocage total et on arrivait à bout. Le choix de la cocotte s'est fait aussi pour exprimer la situation qui allait bientôt exploser et pour exprimer le ras-le-bol qui a commencé à envahir les Tunisiens depuis 2007. Le choix de la cocotte correspond aussi à la vision futuriste du musée inauguré en 2069 puisque la cocotte présente une architecture métallique et brillante.
Depuis, le musée existe, certes d'une manière virtuelle... ou plutôt futuriste...
Quelques mois plus tard, on m'a appelé pour participer à l'hommage à Gorgi qui venait de décéder. Je me suis dit que le musée qui devrait exister devait rendre hommage à Gorgi cette fois. J'ai fait l'affiche de l'événement et j'ai imprimé des invitations que j'ai distribuées pendant le vernissage qui annoncent la deuxième exposition du Musée qui rend hommage à Gorgi et qui s'appelle «mieux vaut tard que jamais» avec la date 2070. Mais pour cette affiche, il fallait un logo et une adresse. Pour le logo, j'ai choisi la cocotte et pour l'adresse j'ai choisi la cité de la culture sur l'avenue Mohamed V. Puis, j'ai fait exister le musée virtuellement avec beaucoup d'humour. Un concours d'architecture devrait être lancé pour un nouveau musée d'art moderne et contemporain, qui sera à la hauteur de ce qui s'est passé en Tunisie...on mérite bien ça !
Après la révolution, avez-vous espéré que ce musée allait exister ?
Après la révolution, et comme beaucoup de personnes, j'ai eu l'espoir réel que le musée allait exister. Mais il fallait imaginer quelque chose pour le protéger. Inspiré par les comités de quartier, j'ai créé le comité de protection du Musée. J'ai commencé à être le premier soldat avec la cocotte comme armure et la pelle comme arme avant d'être rejoint par d'autres artistes. Mais il fallait que d'autres me rejoignent j'ai donc fait poser des artistes, des galeristes avec le même uniforme et je leur ai laissé juste le choix de leur arme. Maintenant je continue à être connecté avec la réalité car le projet officiel du Musée d'art moderne et contemporain est très flou. Au début, et avant la révolution, le musée était programmé dans la deuxième tranche de la cité de la culture qui n'existe pas encore. Mais personne après la révolution ne voulait parler du Musée. Mais grâce à la pression qu'on a exercée avec d'autres artistes, ils nous ont dit qu'ils allaient faire ce musée mais dans la première tranche. On n'a pas accepté cette réponse parce que l'espace réservé au musée était trop étroit et même si c'est provisoire, ce n'était pas à la hauteur de la collection tunisienne.
Quelle est votre vision du musée et que devrait-il être ?
Un musée n'est pas qu'une collection, il doit être dans la dynamique de la création contemporaine. Ce que je veux dire c'est que même après la révolution, la décision politique de créer un Musée d'art contemporain n'existe pas. Avec l'actuelle ministre, cela n'avance pas non plus. Elle pense toujours caser le Musée dans la première tranche de la cité de la culture. Je suis vraiment étonné par son discours. Mais un musée est capable de vous changer la vie sociale et économique d'un pays ! Prenez par exemple le musée de Guggenheim qui a transformé la ville de Bilbao pour ne citer que celui-là.
Pourquoi vous faites de ce musée une obsession ?
Pour moi, c'est une obsession et une douleur, ce musée .Car en Tunisie l'artiste meurt deux fois. Il y a la disparition physique mais la deuxième mort c'est lorsqu'on ne voit plus son œuvre .et puis c'est une nécessité civilisationnelle pour nos générations futures et pour la mémoire.
Pourquoi la décision politique tarde-t-elle à venir selon vous ?
Les bonnes personnes ne sont pas à leur place, d'une part, d'autre part, il n'y a pas assez de pression ou de force de proposition des artistes eux- mêmes. Mais je reste optimiste parce que je fais un «work in progress» à mon niveau et je le concrétise en me permettant d'exposer au nom de ce musée. D'ailleurs, avec cette exposition je m'expose moi-même et je prends ma revanche. Mais enfin de compte, je crois que je suis à l'image de ce proverbe russe «un pessimiste est un optimiste bien informé».
A un certain moment, vous avez coupé avec la peinture, vous avez déserté votre atelier. Pourquoi ?
C'était une rupture mais pas avec la peinture en soi car j'aime peindre. Mais la peinture a ses limites par rapport à la réalité. C'est vrai qu'après la révolution j'ai quitté mon atelier. En deux ou trois ans, je n'ai fait que deux tableaux. D'ailleurs même le médium a changé c'est pour cela que j'ai fait de la photo et de la vidéo. Mais après plusieurs déceptions je suis retourné me ressourcer dans mon atelier mais cette fois j'ai repris par la gravure. J'ai appris la gravure à Paris et à Berlin, j'ai exploré des techniques très rares et c'est cela qui m'a ramené à la peinture.
Vous avez quand même changé de monde pictural...
Je dirais plutôt que mon univers s'est alimenté un peu plus de la réalité, mais je ne l'ai pas quitté.
Pensez-vous que l'artiste doive toujours se renouveler ?
L'artiste n'est vivant que lorsqu'il est capable de se remettre en cause et de passer à une autre étape. Halim Karabibene par exemple ne fait pas du Halim Karabibene. Il ne faut pas tomber dans le piège du style. En termes de création, je suis un voyageur et un indiscipliné, un transdiscipliné comme le dit Imed Jmaiel. Ca ne me dérange pas non plus de voyager entre les techniques.


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