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«Evitons de tomber dans le piège de l'endettement extérieur et mettons fin à son dérapage»
M. Mongi Mokadem, professeur à l'université de Tunis El Manar :
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 07 - 2015

Le jeune économiste ne prend pas une position idéologique, mais tire la sonnette d'alarme devant les proportions alarmantes que l'endettement extérieur a connues chez nous. Il analyse la structure de la dette publique et conseille de n'y recourir qu'en cas d'extrême urgence.
«Si mon pays avait suivi, à l'aube de son indépendance, les politiques économiques préconisées par la Banque mondiale et le FMI, il serait aujourd'hui en faillite». C'est en ces termes que l'ancien premier ministre de la Malaisie, Mahatir Mohamed, résume, dans une conférence au Koweït le 11 mai 2015, toute la problématique à laquelle se trouve confrontée aujourd'hui la Tunisie. Et c'est la question de l'endettement extérieur qui se trouve au cœur même de cette problématique.
L'endettement extérieur de la Tunisie est en train d'atteindre des dimensions alarmantes suscitant des questions persistantes sur la nécessité ou non de s'endetter, sur le seuil d'endettement et sur l'usage qu'on doit faire de cet endettement.
Selon les chiffres officiels, la dette publique tunisienne pour 2014 s'élève à 48,3 milliards de dinars. La part de l'endettement extérieur est de 30 milliards de dinars, soit 32 %. Le taux d'endettement est de l'ordre de 55 % et chaque Tunisien est aujourd'hui redevable de 4.500 dinars.
La structure de la dette publique est libellée à 61 % en devises et à 39 % en dinars. Ce qui est problématique, dans la mesure où il faut disposer de suffisamment de devises pour pouvoir payer le service de la dette, c'est-à-dire l'obligation d'utiliser la dette dans des activités créatrices de richesses et génératrices de devises. Si ce n'était pas le cas, les emprunts seraient utilisés, non pas pour financer l'activité économique, mais pour régler le service de la dette.
La Tunisie s'endette parce que l'épargne nationale est insuffisante pour subvenir à ses besoins de financement. Le taux d'épargne a chuté de 22 % en 2010 à 12 % en 2015. Plusieurs facteurs expliquent cette chute : la faiblesse de la croissance qui affecte le volume de l'épargne et le taux d'intérêt réel négatif qui décourage les épargnants.
D'où le recours aux investissements directs étrangers et aux investissements en portefeuille qui ont été, à leur tour, très affectés par l'insécurité, le manque de visibilité et l'instabilité politique et sociale qui ne sont pas de nature à attirer les investisseurs étrangers.
En faisant appel à la dette extérieure pour financer ses déficits, le gouvernement actuel, à l'instar de tous les gouvernements précédents, opte pour la plus mauvaise des solutions.
En effet, en 2015, le déficit budgétaire est de 7,5 milliards de dinars. En outre, le déficit commercial devient de plus en plus insupportable du fait qu'on produit de moins en moins de biens et services pour les exportations, alors que les importations ne cessent de s'accroître. A cela, il faut ajouter une chute de la productivité des facteurs de production. Pour combler ces déficits, les autorités se sont engagées dans une fuite en avant : s'endetter pour consommer et emprunter pour payer les anciennes dettes. L'endettement extérieur est en train de déraper et la Tunisie s'enfonce de plus en plus dans le piège de cet endettement.
Il faut préciser que cette démarche suivie par le gouvernement en matière d'endettement extérieur est conforme à la logique libérale consistant à recourir à l'endettement pour faire face aux déficits. C'est une logique qui donne la priorité aux équilibres financiers macroéconomiques au détriment du développement économique et social et des équilibres réels entre les catégories sociales, les régions et les générations.
La dette tunisienne est insoutenable parce qu'il s'agit d'une dette dont le paiement affecte de manière grave la capacité de l'Etat à honorer ses obligations en matière de satisfaction des besoins fondamentaux de la population concernant notamment l'alimentation, l'éducation, la santé, le logement et les infrastructures de base.
Pour toutes ces raisons, le recours à la dette doit rester une nécessité d'extrême urgence pour financer des investissements productifs et non une solution de facilité à laquelle il faut faire appel, notamment pour financer les dépenses de consommation et payer les services de la dette.
La crise de l'endettement extérieur est une crise structurelle profonde. Elle est la conséquence inévitable d'un libéralisme sauvage dans lequel la Tunisie s'est engagée depuis 1986 à travers un programme d'ajustement structurel et qui a inséré la Tunisie dans une mondialisation libérale odieuse et face à laquelle notre pays est totalement désarmé.
L'expérience de la Grèce est très édifiante à cet égard. Elle doit servir de leçon pour les peuples pour qu'ils ne donnent pas aux institutions financières internationales et aux bailleurs de fonds la possibilité de leur mettre le couteau sous la gorge et de les soumettre à ce que le ministre grec des Finances qualifie de «terrorisme du FMI».
Il faut absolument éviter de tomber dans le piège de l'endettement extérieur, piège qui doit nous rappeler constamment que c'est cet endettement qui a ouvert la porte à la colonisation de la Tunisie au 19e siècle et qui a servi pleinement comme un alibi d'hégémonie et d'asservissement des peuples. L'endettement est un créneau idéal utilisé par les institutions financières internationales pour imposer des réformes et des plans d'austérité qui tournent tous autour de l'obligation de libéraliser davantage l'économie et la soumettre aux lois aveugles du marché.
Dans son tout dernier rapport présenté à la commission des finances du parlement tunisien (3 juin 2015), la Banque mondiale revient à la charge pour dire que la dette extérieure de la Tunisie risque de devenir très prochainement insoutenable si on n'entreprend pas les réformes nécessaires. Ces réformes qu'on présente comme douloureuses, sans préciser pour quelles catégories sociales, constituent une véritable déclaration de guerre contre les aspirations du peuple tunisien en matière d'emploi, de liberté et de dignité nationale. Voilà ce que recommandent le FMI et la Banque mondiale comme réformes et jugez-en vous-même :
- La réforme de la fonction publique qui signifie le blocage des salaires et des recrutements,
- La réforme de la compensation qui signifie la suppression des subventions et donc davantage de dégradation du pouvoir d'achat de la population,
- La réforme des entreprises publiques qui signifie leur privatisation,
- La réforme du commerce qui signifie l'ouverture des frontières nationales et la soumission du marché local à la concurrence des produits étrangers,
- La réforme des banques publiques qui signifie leur capitalisation, voire leur privatisation, ainsi que le désengagement de l'Etat du capital des autres banques,
- La réforme des taux d'intérêt qui signifie leur augmentation et donc une élévation du coût des crédits accordés à l'économie,
- La réforme des caisses de sécurité sociale qui signifie l'accroissement des taux de cotisation et de l'âge de la retraite,
- La réforme de l'investissement étranger qui signifie plus de facilité pour les étrangers de s'approprier les biens nationaux et aussi l'élargissement des incitations au profit du capital étranger dans le code des investissements,
- La réforme du code du travail qui signifie plus de flexibilité et donc plus d'exploitation de la force de travail.
Les effets néfastes de l'endettement extérieur ne sont pas seulement économiques et sociaux (dégradation des conditions de vie des Tunisiens), mais ils se traduisent également par une perte des attributs de la souveraineté économique et politique de notre pays. En effet, le FMI et la Banque mondiale n'ont pas cessé de harceler les autorités tunisiennes pour mettre en exécution un ensemble de réformes libérales. La Tunisie subit, de plein fouet, les pressions étrangères et, de ce fait, elle est de moins en moins maîtresse de ses décisions en matière de choix économiques et sociaux. Le FMI n'a-t-il pas lancé à la Tunisie un ultimatum de six mois pour mettre en application les réformes exigées ?
Il faut arrêter l'hémorragie et cesser de recourir aux solutions de facilité. Il ne s'agit pas là de démagogie ou de slogans populistes. Il s'agit plutôt d'une réalité amère qu'il faut reconnaître avec courage et à laquelle il faut faire face avec détermination et fermeté.
En dépit de toutes les contraintes et les pressions auxquelles il est soumis, notre pays dispose d'une large marge de manœuvre en vue d'atténuer le recours aux dettes extérieures et d'échapper au diktat des institutions étrangères. Il s'agit principalement de :
- Réformer profondément le système fiscal tunisien afin d'améliorer les recettes fiscales de l'Etat,
- Solutionner les problèmes dans le bassin minier pour assurer une meilleure exploitation des phosphates,
- Se doter des moyens nécessaires à l'amélioration du niveau de l'épargne,
- Lutter contre le commerce parallèle,
- Combattre le banditisme dans les circuits de distribution,
-Se donner les outils suffisants pour attirer les investissements directs étrangers,
- Ramener le déficit courant à un niveau soutenable, notamment en mettant en application les clauses de sauvegarde du fait du dérapage de la balance commerciale (importation de biens de consommation superflus) et de la balance des paiements (transfert de dividendes des sociétés offshore),
- Assainir le climat social et renouer avec l'effort et le travail,
- Instaurer la bonne gouvernance dans l'administration et les entreprises publiques.
De telles solutions ne relèvent pas de l'utopie et sont très possibles à réaliser. L'endettement n'est pas une fatalité pour les pays. D'autres peuples ont fait appel à des alternatives autres que l'endettement et ont réussi leur émancipation, en échappant à l'esclavage moderne du libéralisme sauvage.


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