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Guerre des clans et des ambitions
Crise a Nida Tounes
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 10 - 2015

Béji Caïd Essebsi a beau intervenir pour calmer les esprits et éteindre l'incendie, Mohsen Marzouk et Hafedh Caïd Essebsi mobilisent toujours leurs troupes pour s'emparer du parti
La crise qui secoue Nida Tounès semble prendre une ampleur sans précédent et jeter son ombre sur la scène politique nationale. Même la médiation du père fondateur, Béji Caïd Essebsi, n'a pas réussi à combler le fossé et les Cassandre prédisent déjà l'implosion du parti. Au grand dam de ses milliers d'adhérents et de partisans qui commencent à perdre espoir et patience. Nida risque d'entrer dans les annales de l'histoire comme étant l'un des rares partis politiques dans le monde, si ce n'est l'unique, à avoir gagné des élections et se trouver dans une situation inextricable annonciatrice d'effondrement et de déliquescence.
Cette crise interne va, certainement, impacter le gouvernement qui est formé d'une coalition de quatre partis, avec comme chef de file Nida Tounès. La démission de Lazhar Akremi, membre fondateur de Nida Tounès, de son poste de ministre chargé des relations avec l'ARP, est annonciatrice d'une crise entre le chef du gouvernement Habib Essid et certains membres influents de Nida qui n'ont pas mâché leurs mots, appelant clairement à la formation d'un nouveau gouvernement présidé par un des leurs. Des noms ont même été avancés par le député et membre du bureau politique Mondher Belhaj Ali. En présentant des excuses à leurs électeurs et partisanes et partisans, ils ont fait amende honorable, se dédouanant des promesses non tenues. Cette option, si elle n'est pas totalement partagée, pourrait déstabiliser un gouvernement déjà critiqué pour sa lenteur et son manque de célérité.
Toutefois, il est pour le moment difficile de lui prédire une chute prochaine, tant qu'il est soutenu par le président de la République Béji Caïd Essebsi qui a mis un point d'honneur à l'accompagner jusqu'au bout. Tout comme son «nouvel ami» Rached Ghannouchi qui souscrit à sa thèse.
Ambitions croisées
Tous les partis sont touchés par des crises plus au moins profondes. Trois formations parmi les quatre qui constituent la coalition actuelle n'ont jamais organisé de congrès et la quatrième, Ennahdha, a reporté plus d'une fois son 10e congrès. Mais c'est sur le premier parti du pays qui compte 86 députés à l'ANC que tous les regards sont braqués. Son linge sale se trouvé étalé au grand public, à travers des médias à l'affût. Les veillées d'armes qui ont précédé les élections législatives, avec le choix cornélien des listes électorales et l'embrouillamini qui a caractérisé la démarche suivie pour la formation du gouvernement et surtout la démission de son président fondateur Béji Caïd Essebsi ont favorisé l'émergence des divisions au sein du parti. Le spectre des tentations scissionnistes a été évité lors des élections législatives et les militants du parti se sont rassemblés autour de leur candidat à l'élection présidentielle. Le succès dans les deux scrutins, législatif et présidentiel, a aiguisé davantage les appétits et créé un climat de suspicion et de doute annonciateur de déchirement et de fronde.
Aujourd'hui, on est en face de deux ambitions croisées, celles du fils biologique et du fils spirituel, Hafedh Caïd Essebsi et Mohsen Marzouk. Chacun affûte ses armes, peaufine ses plans et rassemble autour de lui. Et chacun avance ses arguments pour mettre son adversaire en difficulté. C'est une drôle de «guerre larvée où le fracas des destins personnels» risque de ruiner les objectifs d'un parti qui a réussi, en peu de temps, à s'imposer comme une véritable machine à gagner les élections. Au moment où ses électeurs s'attendaient à ce qu'il traduise leurs attentes en propositions concrètes et en projet collectif, il donne l'image d'une cacophonie imperceptible et d'une course frénétique aux ambitions individuelles.
Pour mieux comprendre la situation, il faut rappeler certains faits qui pourraient permettre d'éclairer la lanterne des profanes. Au départ, il y a le comité fondateur du parti, créé en juin 2012, composé des militants de la première heure autour de Béji Caïd Essebsi et qui comprend Mohsen Marzouk, Ridha Belhaj, Taïeb Baccouche, Lazhar Akremi, Lazhar Karoui Chebbi, Boujemaa Remili, Selma Elloumi, Slim Chaker, Wafa Makhlouf, Anis Ghedira et Sameh Dammak. Quoique composé d'un mélange hétéroclite de personnalités de divers horizons, de gauche, destouriens, syndicalistes et indépendants, c'est la seule structure qui se prévaut de la légitimité et de la légalité. Ce comité a été renforcé par trois autres personnalités, Mohamed Ennaceur, le vice-président choisi au cours d'un conseil national du parti et qui a succédé à Béji Caïd Essebsi à la tête du parti, Hafedh Caïd Essebsi, le responsable des structures, et Fadhel Omrane, le président du groupe parlementaire. Ce comité assure la direction du parti et la gestion de ses affaires durant la période transitoire vers le premier congrès du parti, initialement prévu pour le 15 juin dernier.
Pour mieux préparer cette échéance, un bureau politique composé de 34 membres dont les 14 du comité fondateur a été mis en place en mars 2015 avec pour objectif l'organisation du congrès à la date indiquée, c'est-à-dire le 15 juin 2015. Echéance qui n'a pas été respectée, la date a été reportée plus d'une fois. Entre-temps, Mohsen Marzouk quitte son poste de ministre conseiller à la présidence pour remplacer Taïeb Baccouche au secrétariat général de Nida Tounès et revendique le droit de gérer le parti et de contrôler ses structures. C'était sans compter la résistance de Hafedh Caïd Essebsi et son refus de céder ce département important à son rival. Ce dernier est même allé jusqu'à faire le deuil du bureau politique, étant donné qu'il n'a pas respecté la mission qui lui a été confiée d'organiser le congrès le 15 juin. Ralliant autour de lui une majorité de militants se réclamant de l'obédience destourienne, soutenu par des députés et membres du bureau exécutif, Essebsi junior veut aller le plus vite possible vers un congrès constitutif. Une date est d'ores et déjà proposée, les 12 et 13 décembre prochain. Une conférence nationale des cadres du mouvement est annoncée pour les 17 et 18 octobre à Djerba à laquelle prendront part des représentants des coordinations régionales, des députés, des membres du comité fondateur, du bureau exécutif et du conseil national.
Elle aura, selon un communiqué diffusé par les organisateurs, « à se pencher sur les mesures susceptibles de sauver le parti de la crise et de prendre des décisions importantes concernant le congrès constitutif ». La conférence qui « entre dans le cadre des activités partisanes réformistes sous le patronage de la direction centrale des structures » devra, également, élire « une nouvelle instance de direction » pour préparer le congrès et gérer les affaires du parti jusqu'à cette échéance.
Elle remplacera, de facto, le bureau politique.
Toutefois, toutes les décisions qui seront prises seront soumises au comité fondateur, la seule structure encore légitime. Lesquelles décisions seront «nulles et non avenues», selon l'un des trois vice-présidents, Faouzi Elloumi, qui considère la conférence de Djerba organisée par Hafedh Caïd Essebsi comme informelle», précisant que «toutes les décisions qui émaneront de cette réunion ne seront pas prises en considération par le parti».
Par ailleurs, Faouzi Elloumi a tenu à préciser que le bureau exécutif et le bureau politique de Nida Tounès avaient tous les deux appelé au boycott de la réunion de Djerba en soulignant que toutes les décisions reviennent exclusivement aux deux bureaux.
Mohamed Ennaceur tente d'ouvrir une voie
De son côté, Mohamed Ennaceur, le président du parti et de l'ARP, a convié, hier jeudi 15 octobre, les membres du groupe parlementaire à une réunion pour tenter de rapprocher les vues et d'éviter la cassure. En présence du secrétaire général du parti, Mohsen Marzouk, ainsi que des dirigeants du parti Faouzi Elloumi, Hafedh Caïd Essebsi, Taïeb Baccouche, Boujemaâ Remili, Ridha Belhaj et Mohamed Fadhel Ben Omrane, il a fait usage de son calme légendaire et de sa sagesse pour éviter la cassure. Elle pourrait ouvrir une voie pour une sortie de crise en misant sur la bonne volonté de toutes les parties.
Mohsen Marzouk, quant à lui, clame haut et fort qu'il est le secrétaire général de Nida Tounès et que c'est lui qui doit tout chapeauter, de la gestion des affaires du parti jusqu'à l'organisation du congrès. Accusé de vouloir marginaliser le courant destourien et de chercher à s'emparer du parti pour en faire une machine à broyer ses adversaires et réaliser ses ambitions personnelles, il s'en défend en se réclamant d'un «néobourguisme» qui tranche avec la filiation thaâlbienne, relative à Abdelaziz Thaâlbi, dont se réclament les fondateurs du «forum de la famille destourienne», et en creusant même dans son passé de jeunesse pour se trouver une affiliation dans une cellule destourienne. Il va réunir aujourd'hui, vendredi 16 octobre, le bureau exécutif pour essayer de mettre en place une feuille de route menant jusqu'au congrès.
Avant d'être une crise de parti, la situation au sein de Nida Tounès révèle une crise de représentation et de responsabilité, commune à tous les partis politiques tunisiens. La méfiance des Tunisiens vis-à-vis de la chose politique fait peser la crainte d'une rupture entre les citoyens et les partis qui cristallisent leur mécontentement et leur désespoir.


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