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Plaidoyer pour le triomphe de la raison
Tribune
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 12 - 2015

Début d'hiver et remue-ménage : attentat de Paris, puis ceux de Tunis et la Cop 21, désordre et bouillonnements inédits du monde arabe, resserrement identitaire des rangs en Occident pour défendre les «valeurs» contre la «barbarie». Il est bien vrai que les 130 innocents de Paris étaient le fruit du hasard, sortis écouter de la musique ou se divertir sur les terrasses d'un café. Vue sous cet angle, la folie humaine n'a pas de limites.
Beaucoup affirment étonnamment que le monde d'aujourd'hui est plus sûr, plus «humain», plus juste : 70 ans sans guerre mondiale, un concert des nations, les murs sont tombés, la science n'a jamais été aussi prolifique, l'ère des épidémies est enterrée, la petite planète Terre est multiconnectée, le temps s'accélère, l'accès à tout type d'information est instantané.
D'un autre côté, le monde n'a jamais été aussi contradictoire et disparate : un Américain pollue 16 fois plus l'atmosphère qu'un Africain, il consomme 30 fois plus d'eau que ce dernier, jette la moitié de ses plats préparés dans la poubelle, les énergivores produisent peu d'énergie, les producteurs en consomment peu, la température de la planète grimpe dangereusement, la majeure partie de l'Humanité a du mal à vivre dignement, la minorité ne sais plus quoi faire de son surplus de production de «biens» et de ... «maux», l'idée et l'esprit se sont transformés en définitive en «produits jetables», l'argent et les finances sont érigés en dieu souverain et absolu, Dieu par contre est mobilisé et/ou monopolisé par tous et chacun (bien souvent) justifier l'assassinat, les bombes, la haine, la folie Le monde arabe a eu ses moments de gloire et d'apports civilisationnels marquants dans l'avancée de l'humanité : il a inventé l'astronomie et des branches inédites des mathématiques, jeté les bases de la chimie, de l'agronomie et de la médecine moderne. Il a apporté l'humanisme, développé les arts et la culture et donné au monde la dernière religion monothéiste... Or, il y eut les décadences et les colonisations! Et puis les indépendances. Ce monde arabe compte ses désillusions, ses défaites, son désenchantement : la blessure réelle du conflit avec les Israéliens, la cascade de malheurs, de souffrances, d'humiliations, d'injustices commises au nom d'une réparation historique occidentale envers les Juifs, s'est vue additionnée à une autre aberration encore plus inimaginable : une coalition mondiale menée par les deux Bush (avec la bénédiction d'un socialiste : Mitterrand et un intellectuel humaniste (!) : Havel) pour mettre à feu et à sang et de manière durable un pays jadis berceau de la civilisation humaine : l'Irak.
Je résume ainsi un parcours de 15 siècles d'histoire : gloire d'hier et décadence d'aujourd'hui. Il est certain que notre civilisation a raté un tournant majeur de l'histoire : la lumière philosophique et la grande révolution scientifique. Nous ne pouvions pas déceler cette accélération fulgurante du monde : séparation de l'Eglise et de l'Etat, émergence de l'individu et de son droit au bonheur, culte du travail, triomphe de la productivité, honneurs à la raison et à l'intelligence. Le monde arabe croulait alors sous des règnes accaparateurs du droit divin, l'individu continue depuis lors et jusqu'à aujourd'hui à être broyé (au mieux dilué à l'infini) dans la collectivité, la notion de travail n'est pas encore assimilée, l'intelligentsia est marginalisée, dévalorisée, au mieux achetée ou récupérée, si elle n'est pas persécutée. Echecs sur tous les niveaux : despotisme et tyrannie des gouvernants, disparités, injustices, mafias et corruption tous azimuts, pauvreté et ignorance sont le dénominateur commun de toutes les sociétés arabes.
Le «terrorisme» a été l'une des réponses apportée par une frange minoritaire qui, soit dit en passant, a pris Dieu et sa Parole en otage, et qui perpétue chez elle des actions de morts, de souffrances et de victimes des millions de fois plus dévastatrices qu'elle n'en perpétue chez celui qu'elle a assimilé du diable !
Le monde a aujourd'hui besoin de beaucoup de raison
La réponse de l'Occident à la folie meurtrière du carnage d'innocents par la folie meurtrière des bombes ne peut engendrer, à terme (court et long), que plus de folie meurtrière : la haine a peu de chance d'engendrer le pardon, encore moins l'amour ! L'escalade de la violence apportée par le politique qui cherche à récupérer son opinion publique ou qui assouvit ses désirs personnels de puissance est malheureusement bien partagée par bon nombre de «responsables» anciens et modernes. La guerre n'est pas une solution politique. Mohamed Arkoun affirmait avec justesse qu'un autre monde est possible avec une condition sine qua non : l'«émergence de la raison». Or, notre monde d'aujourd'hui a besoin de beaucoup de raison. Car, quand les nantis commenceront à envoyer des médecins, des ingénieurs, des enseignants, du savoir-faire, des valeurs vraies au lieu et place des armes, du tabac et du whisky. Quand ils remplaceront l'«aumône» des médicaments horriblement chers, de machines et d'outils périssables et/ou jetables par l'apprentissage, la valorisation sur place des ressources naturelles et l'aide au développements durable et équitables. Quand ils assumeront les responsabilités des désastres du pillage et de l'esclavagisme infligés par la colonisation. Quand ils comprendront que l'humain partage 99% de son patrimoine génétique avec le singe et qu'a fortiori, les humains sont égaux et qu'un mort occidental équivaut à un mort du tiers monde et non pas un million de morts. Quand ils commenceront à penser et à imposer une paix et des solutions honorables au martyre du peuple palestinien. Quand ils cesseront de soutenir par les armes et le silence coupable les despotes et les tyrans tout en sachant pertinemment que ces derniers sont les mains sales qui accomplissent ce que la «civilité» ou les opinions publiques ne leurs pardonneront pas s'ils accomplissaient eux-mêmes le «job». Alors, et alors seulement, il y aurait un espoir dans l'«émergence de la raison».
Platon disait que les intelligents n'ont de reproche à faire qu'à eux-mêmes lorsqu'ils se laissent gouverner par les imbéciles (!) : la révolution tunisienne de 2011 aura été un soulèvement populaire et spontané contre toutes ces injustices, mais a péché génétiquement par l'absence d'encadrement à la hauteur de l'intelligence de cet événement. Aucun des partis, aucun courant n'a été à la mesure d'accompagner ce soulèvement vers la réalisation concrète des rêves avoués et inavoués d'une société pendant longtemps étouffée. Pire, la contagion a été telle que les conflits engendrés sont aujourd'hui de portée planétaire.
Je ne peux prétendre à des solutions de prestidigitation. Cependant, devant ce chantier sans précédent pour notre pays, au vu de ce bouillonnement et de ce foisonnement extraordinaires, devant cette renaissance au forceps dont personne ne peut prévoir l'issue, car l'histoire s'écrit après son déroulement, quelques idées repères (parfois assez partagées) me semblent importantes à souligner.
Un travail pharaonique de la raison dans les années à venir
Quelle que soit la lecture faite ou qu'on fera de l'Islam, il faut en puiser l'appel à une fonction de spiritualité fondamentale, d'élévation de l'âme, d'école d'amour du prochain, de respect de l'autre dans sa différence, de contribution par le «bien» et du refus total et définitif de toute forme de violence envers les hommes ou envers le milieu. Tel devrait être l'esprit et la philosophie de tout acte, tout enseignement, tout prêche, toute parole publique accomplis au nom d'Allah. Je ne suis pas dupe : des années et des décennies à venir attendent un travail pharaonique de la part de la «raison» pour espérer des résultats tangibles».
Dans l'immédiat, il est bien beau d'annoncer au monde une constitution ! Il est beau d'avoir des lois et des institutions ! Il est sympathique d'avoir des télévisions et des médias ! Il faut que cela serve à quelque chose : arrêter et punir ceux qui enfreignent la loi, ceux qui assassinent et surtout ceux qui commanditent le crime, ceux qui font l'apologie du crime, ceux qui pillent, ceux qui volent les corrupteurs et les corrompus, les petits mafieux qui prospèrent dans tous les domaines d'activité. Donner la parole à ceux qui ont quelque chose d'intérêt public à dire. Les donneurs de parole eux-mêmes doivent être bien choisis ! (Le spectacle de la TV et de la presse prêtent souvent à vomir, à pleurer, ou à rire : allons messieurs, la Tunisie mérite mieux que toute cette bassesse, cette médiocrité et ce nivellement par le vil).
Il est vrai que l'étape que traverse la Tunisie impose le resserrement des rangs pour la protection de quelques acquis nationaux et sociaux ; une administration, un Etat, un début de libération de la femme, des écoles et des universités. Mais la réconciliation nationale profonde doit être engagée par des gestes, des actes concrets et forts, le bien mal acquis, volé à la communauté, ou octroyé indûment par l'ancien régime doit être rendu non pas par des vœux pieux qu'on ressasse depuis 5 ans, mais par des actes républicains tranchants, braves et courageux, la jeunesse et l'investissement sont évoqués dans un discours innocent (souvent démagogique) : quand imposera-t-on aux banques d'accorder des petits crédits allant jusqu'à 50.000 DT sans garantie autre que le sérieux, le suivi et l'encadrement? Cette génération qui a fait la révolution, qui bouillonne de créativité, d'idées, d'innovation, ne mérite-t-elle pas d'accéder elle aussi à la richesse ? La République qu'elle a rêvée, qu'elle veut construire ne l'autorisera-t-elle pas à concrétiser une partie de ses ambitions ?
Des chantiers de réformes, de modernisation, de mise à niveau, de réparation d'injustices, d'infrastructures, de réalisations urgentes, surtout pour le cadre de vie dans les deux grandes villes, et la levée des ghettos de misère dans les régions. Pour cela, il faut un discours, une mobilisation, des ressources privées, de l'encouragement, de la récompense de la réussite, un dynamisme et un sang nouveau, encourager la créativité, imposer le travail à ceux qui ont des postes, punir la paresse, la délation, l'arrivisme, le copinage, le carriérisme, taire la stupidité des régionalismes, protéger et investir sérieusement pour l'enfance, en un mot promouvoir la citoyenneté dans tous ses aspects pour espérer un jour construire le pays tant rêvé, une République des citoyens tunisiens.
*(Professeur à l'université de Carthage)


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