Oniros, dieu grec du rêve, inspire le spectacle qui porte le même nom, et qui a été présenté au 4e Art, mardi dernier. Mis en scène par Youssef Bouajaja et interprété par Ahmed Jlassi et Aymen Nkhili, «Oniros» a drainé un public composé essentiellement d'étudiants de l'Institut supérieur d'arts dramatiques, venus sans doute découvrir ce sur quoi débouche la rencontre entre la danse contemporaine, l'art de la marionnette et l'art numérique. Ses concepteurs, qui viennent d'une boîte de production spécialisée dans le développement de la culture numérique à travers les disciplines artistiques, le présentent, en effet, comme «une hybridation artistique, au croisement de la lumière, des images, du son et des mouvements». Pendant quarante-cinq minutes, «Oniros» nous invite dans son royaume. Le danseur Ahmed Jlassi et le marionnettiste Aymen Nkhili nous y introduisent. On découvre le premier sur un grand écran installé sur scène. Il s'attelle à fabriquer une marionnette sous la forme du visage d'un squelette. Une fois son œuvre achevée, il s'endort de fatigue. Commence, alors, son voyage au pays des rêves, d'un rêve en particulier que le spectateur va partager avec lui. De l'écran, ce personnage se transpose sur scène où, plongé dans un monde de ténèbres, son corps s'anime au rythme de la musique et de la lumière, conçue comme des éclairs tombés du ciel ou comme des lignes lumineuses qui lui parviennent du monde réel, dont il est séparé par le rêve. Sa marionnette (concue par Omar Trabelsi) le suit bientôt dans son rêve. Elle le guette avant d'aller à sa rencontre. Dans ce spectacle, la vie est intriguée par la mort et, étonnamment, cette dernière l'est encore plus par la vie. Elle l'explore, éblouie par l'habileté du corps du danseur qui la porte, tente d'établir un dialogue mais n'oublie jamais qui elle est : une ambiguïté qui attise chez l'Homme crainte et fascination. Dans la mise en scène, le rêve se convertit en illusion, livrée par des techniques à la pointe de la technologie, comme la projection sur le corps du danseur. Son rivale, la mort, est une marionnette en lumière noire, une technique où le manipulateur est totalement habillé en noir afin de se confondre avec l'arrière-plan de la scène, et la marionnette peinte de couleurs fluorescentes, réflectrices de lumières. La rencontre entre la vie et la mort prend les allures d'une valse des temps modernes. Un regard contemporain sur la danse et sur le rapport de l'Homme avec la mort passe par l'usage du numérique, semble être la philosophie du spectacle «Oniros». Une écriture avec les outils d'aujourd'hui, pour un questionnement éternel qui évolue avec l'Homme depuis sa découverte de la mort et de l'outil. L'effort de mise en scène et d'interprétation dans cette œuvre et indéniable et admirable, et nous laisse confiant quant à son aboutissement à de prochaines créations plus élaborées, loin de l'obsession d'impressionner le spectateur à tout prix, parfois aux dépens de l'harmonie entre Homme et technologie, scène et mise en scène. «Oniros» nous transporte en tout cas là où le pire des cauchemars devient un rêve qui nous berce avant de nous retirer le tapis sous les pieds quand le danseur se réveille et se réfugie, de nouveau, dans l'écran. La marionnette reste dans «Oniros» cette «effigie étrangement inquiétante de l'homme, objet emblématique du double» («Mécaniques du rêve», Marie Martin), tout comme la mort est l'autre face de la vie.