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Saura-t-on jamais la vérité ?
14 janvier 2011
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 01 - 2016

«Printemps arabe», «révolution du jasmin» ou révolution tout court, les médias étrangers sont fascinés pas ce soulèvement populaire
qui a débuté le 17 janvier 2010 pour aboutir à la fuite d'un chef d'Etat vieux, affaibli et déconnecté de la réalité, le 14 janvier 2011.
Plus d'une centaine de personnes sont mortes sous les balles d'une police qui a choisi, contrairement à l'armée, de servir comme dernier rempart au régime, et des questions qui restent jusqu'à présent sans réponse : les milliers de manifestants de l'avenue Habib-Bourguiba peuvent-ils à eux seuls être à l'origine de la fuite, dans l'urgence, de Zine El Abidine Ben Ali vers l'Arabie Saoudite ? S'agit-il d'une révolution ou d'un complot ? Cinq ans après les événements aucun analyste ni historien n'arrive encore à décrire le tableau dans son ensemble. Dans les milieux politiques, même parmi l'ancienne garde du régime, on l'appelle «révolution» par abus de langage parfois, par populisme souvent, mais aucun ne semble définitivement convaincu qu'il s'agit d'une «vraie révolution», tant sur la forme que sur les résultats de ce soulèvement cinq ans après. Le député du Front populaire, Mongi Rahoui, considère, malgré tout que ce qui s'est passé est une «révolution».
«Ce qui s'est passé a engendré la chute du pouvoir politique en place ou plus précisément de la tête du régime, explique-t-il. Mais est-ce que cette révolution a été menée à son terme en renversant complètement les systèmes, y compris social et économique, pour en créer d'autres? C'est là toute la question. Ce qui s'est passé c'est qu'au lendemain de la chute du régime, les forces révolutionnaires n'étaient pas suffisamment prêtes pour arracher le pouvoir politique et instaurer un gouvernement provisoire révolutionnaire, si cela a été le cas on aurait pu espérer une issue plus heureuse à la révolution».
Souvenirs amers
Le député frontiste attribue cet échec également au fait que les forces armées (Police et armée) ne s'étaient pas rangées du côté de la révolution puisque «l'armée a choisi la neutralité tandis que la police a choisi de faire face à la révolution». Il en arrive à la conclusion que cinq ans après, deux options demeurent envisageables : la régression ou la poursuite du processus révolutionnaire. Pour étayer ses arguments en faveur de la piste révolutionnaire, Mongi Rahoui rappelle que suite au soulèvement de la ville de Sidi Bouzid, le régime a assiégé la ville et c'est alors que les manifestants de Tala se sont insurgés pour alléger le siège et ils l'ont payé cher avec 10 martyrs en une seule journée.
De son côté, «le lion des mines», Adnane Hajji, ne fait pas de la dentelle et l'affirme haut et fort : «Moi élu du peuple je vous le dis, nous n'avons pas eu de révolution en Tunisie». Selon lui, en 2011, il y a eu bien évidemment un soulèvement populaire d'une «minorité de Tunisiens», mais que le régime était de toute manière très affaibli. «Depuis 2008, depuis le soulèvement du bassin minier on savait que le régime allait d'une manière ou d'une autre chuter, mais en 2011, il y a eu un complot au sommet de l'Etat, explique-t-il. Le 14 janvier 2011, on nous a servi, via la télévision, Kallel, Foued Mebazaa et Mohamed Ghannouchi, c'est une preuve irréfutable qu'il n'y a pas eu de révolution. Depuis 2011 ce sont toujours les forces non révolutionnaires qui gouvernent le pays».
Autant de raisons qui expliquent selon lui qu'aucune des revendications populaires n'a encore été satisfaite, ni le chômage n'a été résorbé, ni le déséquilibre entre les régions n'a été atténué.


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