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Ajmi Mimita (Architecte) : «Rendre les gens heureux... C'est ce qui m'inspire !»
L'ENTRETIEN DU LUNDI
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 05 - 2016

Il a fait pousser «Oguzkent», le plus grand palace d'Asie centrale qui se trouve à Ashgabad en Turkménistan. Son architecture se trouve aussi à Cuba et en Iran. Ajmi Mimita est aussi le concepteur du bâtiment de l'Alecso en Tunisie, de Dar Chraïet, du théâtre en plein air de Djerba, et de l'Insat ainsi que de l'Iset de Djerba, nominé pour le prix Aghakhan. Il a bien voulu nous accorder cet entretien.
Vous êtes très attaché à l'architecture traditionnelle de la Tunisie...
Effectivement, dans notre pays, chaque région possède son architecture spécifique, c'est vous dire que nos ancêtres nous ont laissé un patrimoine inestimable, un patrimoine d'une grande valeur culturelle. Je me rapelle qu'un jour j'étais invité pour faire une conférence à Washington dans le cadre d'un congrès sur l'architecture en 1987. Quand j'ai présenté les diapositives de notre architecture ancestrale j'avoue que tout en étant fier j'étais curieux de voir les réactions de l'assistance. J'attendais ce qu'allaient dire ces gens qui ont des gratte-ciel de notre architecture. A la fin de cette conférence, ils m'ont dit une phrase que je n'oublierai jamais : «Nous vous félicitons parce que vous êtes en train de protéger et de défendre ce patrimoine culturel qui constitue un trésor qui n'appartient pas uniquement aux Tunisiens mais aussi à l'humanité toute entière». En fait, notre patrimoine est plein de symboles que nous ne voyons pas souvent : paix, esthétique, fonctionnalité... Moralité : nous devons être fiers de notre patrimoine. Je ne dis pas qu'il faut le copier bêtement ! Mais quand un architecte est sur le point de créer un bâtiment ou une œuvre, il doit penser à enrichir ce patrimoine par la création et non pas à le défigurer...
Je porte encore le souvenir de ma première semaine d'études en architecture à Paris. A l'époque, le patron, c'est ainsi qu'on appelait notre professeur, avait accroché une pancarte dans la salle de cours. Sur cette pancarte, il y avait la citation du grand architecte japonais Kenzo Tangui. Pour ce grand maître, tout architecte qui n'est pas dans la création est à côté de la plaque. La citation est la suivante «Seuls ceux qui se retournent vers l'avenir respectent la tradition. Ceci ne veut pas dire qu'il faut copier aveuglément cette tradition, ni faire de croquis qui sortent de l'ordinaire mais une prise de conscience que la tâche la plus vitale de l'artiste ou de l'architecte est la création pour élever à la fois le passé et l'avenir». Cette citation gravée dans ma mémoire jusqu'à aujourd'hui, m'a beaucoup motivé. Pour moi notre architecture traditionnelle m'a appris qu'il faut toujours créer pour innover et enrichir ce qu'on possède.
Vous êtes aussi un architecte militant qui essaie de sauver ce qu'il peut des arbres comme c'est le cas du projet de l'Insat (Institut national des sciences appliqués et de technologies).
Le projet de l'Insat devait se réaliser sur un terrain de 10 hectares. C'était un concours international. Mais sur le terrain qu'on nous a donné il y avait beaucoup d'oliviers. Plusieurs plans proposaient de déraciner ces oliviers pour implanter l'institut qui fait 100.000 mètres carres couverts. On était les seuls à avoir protégé cette oliveraie. On a, en fait, créé une promenade à travers les oliviers parce que les étudiants,en sortant de leurs amphithéâtres, ont besoin de se retrouver en communion avec ces arbres qui font partie de notre culture et qui existent même dans nos contes traditionnels. Pour moi la végétation est un élément qu'il faut absolument respecter. Il m'est arrivé de concevoir spécialement des plans pour ne pas détruire un bouquet de palmiers par exemple et de le mettre en valeur quitte à perdre quelques espaces. L'architecte doit se battre aussi pour ses convictions. Personnellement, je ne suis pas un tueur de végétation...
Le théâtre de plein air de Djerba est aussi une trace de ce combat que vous menez pour sauver le patrimoine ?
En fait, c'est un théâtre qui date du XVe siècle et qui se trouve à Houmt Souk à Borj Ghazi Mustapha. C'est un monument d'une grande valeur internationale. Un jour, j'ai appris qu'il allait être défiguré par des constructions d'hôtels et de villas qui vont profiter de la vue tout en l'entourant par du béton. J ‘ai longtemps bataillé pour trouver une solution.
Je suis allé voir le ministre du Tourisme auprès duquel j'ai insisté en proposant une belle esplanade devant ce monument pour faire des spectacles son et lumière, jouer des pièces de théâtre, donner de l'espace à la culture enfin! Le concept était de ne pas toucher à la construction ancienne mais de la mettre en valeur par cette esplanade tout en barrant la route à toute personne qui veut défigurer ces lieux, quelle que soit sa puissance ou ses connaissances. J'ai fini par avoir gain de cause et cet espace est aujourd'hui en train de jouer un rôle important non seulement pour l'île de Djerba mais aussi pour toute la Tunisie.
Djerba est une île architecturalement très particulière, vous y êtes né et grandi vous pensez que cela a eu des influences sur vos choix ?
Effectivement, j'étais très marqué dès mon jeune âge par cet univers et cette architecture qui me permettaient d'être tout le temps en communion avec l'espace, la végétation et le ciel bleu quand je lisais des livres dans le «houch»... Je peux dire que j'ai eu la chance de naître à Djerba, puisque la sculpture et l'art sont partout... L'habitat djerbien ainsi que les mosquées sont en eux-mêmes une sculpture. Pour tout vous dire, Djerba m'a marqué par sa simplicité et j'ai toujours conseillé à mes étudiants de faire des choses épurées et simples. On dit que lorsqu'on simplifie la vie on l'enrichit... J'y crois beaucoup... Mais c'est très difficile d'être simple.
Aujourdhui, l'île de Djerba est en train d'être défigurée par des constructions très modernes et peu respectueuses de l'âme de cette île...
De nature, je ne suis pas pessimiste mais aussi je ne suis pas très optimiste. Je préfère être réaliste. L'île de Djerba est un vrai bijou architectural. Malheureusement, nous sommes tous responsables de ce qui arrive là-bas... Par curiosité, j'ai assisté à quelques commissions qui accordent des autorisations à des projets qui n'ont pas de qualités architecturales ou urbanistiques. Je pose alors la question et on me répond que les gens ont respecté «le retrait», le «cos» et ils se mettent à me répondre avec des termes techniques. Oui, mais où est l'esthétique ? Où est l'harmonie ? Qu'est -ce qui va enrichir le patrimoine ? Et cela continue...! A Djerba aujourd'hui il y a des façades en murs rideaux c'est-à-dire des façades entièrement couvertes par des vitres. Vous imaginez une façade en verre dans une île pleine de soleil ? J'en appelle à votre intelligence ! Djerba est en passe de perdre son âme ! Nos ancêtres étaient plus intelligents que nous, ils ont laissé un patrimoine et nous qu'est-ce qu'on va laisser à nos futurs enfants ? J'espère que la société civile bougera pour défendre ce patrimoine.
Vous pensez que la crise réside dans le manque d'imagination ?
A mon avis, il y a une crise de conception doublée d'une crise de création. Mais le drame réside aussi dans la formation qui va des écoles et des lycées jusqu'aux écoles d'architecture. Je suis fier de nos jeunes étudiants malheureusement il y a des gens qui ont intérêt à se recycler. Il leur manque une formation faite par des gens compétents et qui intègrent une grande dimension humaine et esthétique à ce qu'ils enseignent. J'en profite pour dire que je ne suis pas d'accord pour ce qui est du système d'orientation qui oriente les étudiants selon leurs notes et pas selon leur sensibilité et le métier qu'il voudraient faire et où ils se sentiraient bien. C'est pour cela que je dis que la formation en Tunisie manque de dimension humaine.
Certaines constructions tunisiennes sont de mauvais goût... Même les maisons privées par quoi expliquez vous cela ?...
Vous savez, le goût n'est pas seulement une question d'éducation mais de culture. Il y a des choses que nous devons apprendre à nos enfants dès leur jeune âge... Dans certaines écoles canadiennes on apprend aux enfants à respecter l'horaire par des symboles sur leur carnets : des fleurs pour celui qui vient à l'heure et des singes pour celui qui vient en retard. La fille d'un ami tunisien qui travaille au Canada et qui accompagne sa fille à l'école,le matin a remarqué que son carnet était plein de singes. Dépitée la petite Tunisienne est allée voir son père et lui a dit : «Papa, demain c'est moi qui te réveille à cinq heures du matin... comme ça je serai à l'heure»... Il faut travailler sur les nouvelles générations... La culture du goût, la culture de la ponctualité, la culture du travail qu'on a malheureusement perdue... Tout cela fonctionne ensemble.. Il faut beaucoup de réformes et d'encadrement pour remettre tout cela sur pied. On doit aussi apprendre à travailler en équipe et à partager des idées à s'écouter mutuellement. Personnellement, si j'ai réussi des projets, c'est grâce aussi à mes équipes.
Votre dernière œuvre est le siège de l'Alecso...
Il y a eu beaucoup de propositions pour ce programme. Personnellement quand j'ai proposé ce projet j'ai fait une rue culturelle centrale qui traverse tout le bâtiment. Ce n'était pas dans le programme mais j'ai tenu à l'y inscrire. Ça a été contesté par le jury. L'architecte aussi doit se battre pour ses idées si elles sont bonnes ! En fait j'ai proposé cette rue pour que l'Alecso ne soit pas uniquement un ensemble de bureaux mais aussi un centre culturel où les artistes peuvent exposer leurs œuvres pour qu'il y ait un espace pour les activités culturelles au sein de ce bâtiment. J'ai été très touché quand j'ai vu cette rue abriter une exposition de dessins d'enfants de différents pays du monde arabe. Il y a beaucoup de transparence dans ce bâtiment et avec Nja Mahdaoui j'ai fait de la Calligraphie entre les deux verres pour qu'on puisse voir l'art de l'écriture arabe sur un bâtiment qui représente l'art, la culture et les sciences arabes.
Qu'est-ce qui vous inspire et vous pousse à créer des projets à succès ?
En toute modestie, j'aime rendre les gens heureux et c'est la seule chose qui m'inspire. Je souhaite tout le temps accomplir cette mission, car quelle que soit la profession qu'on fait, si on la fait avec le cœur, avec amour, nous sommes capables de rendre les gens heureux. Je le dis souvent à mes étudiants : pour réussir, il faut aimer son travail et il ne faut jamais tricher. Si un architecte est malhonnête son travail le sera aussi et il n'y a pas de choses plus visible qu'une architecture. Je fais toujours cette comparaison avec les médecins avec tout le respect que je leur doit : un médecin peut enterrer ses erreurs mais l'architecte non, car ces erreurs sont là devant tout le monde dans la rue et pour très longtemps.
Vous pensez que l'urbanisme peut rendre les gens heureux ?
Un vrai urbanisme et une vraie architecture humainement bien sentis et bien réfléchis contribuent à rendre les gens heureux... Nous sommes l'espace dans lequel nous vivons. Il y a des espaces qui nous abritent et des espaces qui nous rejettent. J'espère que nos étudiants comprendront que ce n'est pas seulement un métier que nous faisons mais aussi une mission pour laquelle il faut acquérir beaucoup de culture dans ce qu'elle a de plus extraordinairement humain.


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