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Kaïs Yaâcoubi(entraîneur) : «D'un championnat à deux vitesses à une ligue en deux temps» Dossier : nouvelle formule du championnat — qui a tort, qui a raison ?
«A ma connaissance, seul en NBA (Ligue Pro de Basket Américaine) et à quelques exceptions près et de manière ponctuelle, l'on dispute la compétition en deux temps». Vous n'avez rien compris au nouveau format du championnat tunisien ? Voici quelques éléments de réponses pas toujours en accord avec les desiderata d'une FTF qui fait tout pour caresser dans le sens du poil. Kaïs Yaâkoubi y fait allusion, mais il n'y va pas avec le dos de la cuillère: «Après l'ère du championnat à deux vitesses, nous voilà entrés de plain-pied dans l'ère d'une ligue à deux poules, comme quatre ans auparavant. C'est le signe d'un football en pleine déconfiture. A ma connaissance, seul en NBA (Ligue Pro de Basket Américaine) et à quelques exceptions près et de manière ponctuelle, l'on dispute la compétition en deux temps. Sauf que la superficie des Etats-Unis incite à recourir à une conférence Est et Ouest. Ce qui n'est pas le cas de la Tunisie. Je pense que la décision prise n'est pas réfléchie. Tous les paramètres n'ont pas été étudiés de manière conséquente. Les formats de compétition, le nombre de terrains, le nombre de matches, la résistance des joueurs (endurance) et d'autres facteurs, tels que les conditions climatiques, l'état des pelouses qui ne peuvent pas toujours absorber le flux des matches. Tout cela interpelle et doit en principe aider le coordinateur-décideur à évaluer toutes les possibilités. Entre barrage, relégation, play-off et play-out, la compétition sera forcément embouteillée, alors que des challenges importants attendent notre sélection et nos représentants en Ligue des champions, en Coupe de la CAF et en Coupe arabe. Eliminatoires du Mondial 2018, nouveau format des joutes continentales, etc. Tout cela demande un calendrier aménagé. Quand je pense que l'Etoile du Sahel n'a eu aucun répit (transition) depuis 3 ans, je reste dubitatif. Non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. J'aurais préféré que l'on opte pour un championnat au format classique au cours duquel les équipes s'affrontent deux fois en matchs aller-retour pour à la fin sacrer un champion. C'est le modèle et la matrice que tous les pays suivent. Un format avec un système de championnat d'ouverture puis de clôture, cela est atypique et improductif. J'étais contre ce système il y a quelques années et je n'ai pas changé d'avis». «Fuite en avant» «La fédération fait décidément très fort. Si l'on a recours à ce système pour des raisons autres que l'intérêt du ballon rond, alors c'est regrettable. Avec deux poules, l'on aura deux champions-préliminaires sur l'année civile. Ces derniers n'auront même pas droit à un point de bonus suite à leur effort. Augmentera-t-on l'enjeu et l'attractivité ? Non, l'enjeu reste juste potentiel. Plus de champion d'automne unique et plus de rotation où toutes les équipes doivent forcément se rencontrer. C'est une chose aberrante. Ce système va amener des effets pervers. Non seulement l'équité sportive n'est pas forcément respectée, puisque toutes les équipes ne se rencontrent pas obligatoirement sur le terrain de l'une ou l'autre équipe, mais cela amènera surtout les clubs à miser sur le (très) court terme, puisqu'il suffit de faire une bonne entame de phase 1 pour toucher au but (maintien à titre d'exemple) et ensuite jouer à l'économie. Le court terme dans le football n'est jamais bon, et la patience paye toujours. En clair: les clubs ayant une vision court-termiste avec ce système n'investiront que le strict minimum pour être performants dans l'immédiat, et la formation des joueurs en pâtira. Car les joueurs comprendront qu'il suffira d'un sprint de départ pour atteindre l'objectif qui, généralement, se joue sur l'endurance et la dernière ligne droite. Loin de moi, l'idée de critiquer sans analyser le rapport de cause à effet. Mais je pense sincèrement que l'on aurait dû réfléchir plus longuement avant d'agir. La précipitation n'a jamais bien fait les choses et je dénonce l'immédiateté de besoin de résultats dans ce système. Même du point de vue stratégique et social, des matches à prestige, qui se succèdent (derbys à profusion), mettent de la tension dans des matchs couperets. Et dire que l'on a adopté ce système (selon la formule pair-impair) après le rendu final du championnat. Un gros bras qui chute à la 6e place et le calendrier devient crédible avec deux grands dans chaque poule... Bref, la fuite en avant se poursuit. Notre football navigue toujours à vue».