A la Cité Ennour, les destins sont liés au combat pour la vérité et la survie. « Suite aux événements liés à la chute du régime de Ben Ali, des dizaines de milliers de Tunisiens ont pris le large dans l'espoir d'entamer une nouvelle vie sur l'autre rive de la Méditerranée. Depuis plusieurs années, des centaines de jeunes «harragas» sont portés disparus. Beaucoup de familles gardent la certitude de leur survie et continuent de réclamer des explications quant à la réalité de leur situation après leur débarquement en Italie ». Ce drame social de la Tunisie contemporaine est la toile de fond du dernier documentaire de Fethi Saïdi, intitulé « Derrière la vague ». Vendredi prochain au Rio, ce documentaire de 1h40 minutes sera projeté pour la première fois en Tunisie. La séance sera marquée par la présence de familles de disparus, qui témoignent dans le film et que la caméra du réalisateur suit dans leur combat quotidien pour la vérité et pour la survie. « La caméra nous emmène à la Cité Ennour, un des quartiers de la périphérie de Tunis, habité par des Tunisiens issus en grande majorité de la région de Kasserine. C'est dans cette région que vivaient la plupart des disparus et où une trentaine de familles souffrent de la disparition de leurs enfants partis sans laisser de nouvelles », explique le réalisateur. Dans son film, ile se propose de faire la radioscopie de contexte qui a poussé ces jeunes à prendre le large, à leurs risques et périls, dans l'espoir d'un avenir meilleur. Dans le quartier Ennour, deux personnages en particulier intéressent Fethi Saïdi. C'est autour de leurs histoires et parcours qu'il construit son documentaire, toujours autour du questionnement de qu'est-ce qui fait que des jeunes décident de quitter le pays de cette manière. Le premier est Hamed, réparateur de télévision à la cité. Il est le père de quatre enfants dont deux partis en Italie et dont l'un est porté disparu depuis mars 2011. En famille, il vit le drame de l'absence et le gère au quotidien. Quant au deuxième, il aurait pu être l'un des jeunes disparus, mais il a choisi un autre destin. Mohamed a, en effet, abandonné l'idée d'immigrer et s'est lancé dans la collecte des déchets, un métier qui fait vivre plusieurs personnes dans le quartier. « Derrière la vague » est enfin le dernier projet du réalisateur Fethi Saïdi, titulaire d'un doctorat en sciences de l'éducation et d'un diplôme d'études approfondies à l'école du cinéma anthropologique et documentaire. Ses précédents films sont entre la Tunisie et la France où il vit. Il a à son actif des documentaires comme « Séparations » et « Tunisiens des deux rives ».