On n'oubliera jamais ces visages qui évoquent, en nous, des tas de souvenirs, entre autres, celui d'une brune aux yeux clairs qui, hélas, n'existe plus. Les moins de 30 ans ne peuvent pas la connaître. Elle était une de ces figures emblématiques de la Télévision tunisienne. A l'époque, on n'avait qu'une seule chaîne et deux programmes, le premier en langue arabe et le deuxième en français. Au royaume des speakerines, il y avait Nebiha, Afifa Ben Achour et Naziha Maghrebi qui ont intégré la Télévision à la première session d'un concours. Wahida Belhaj, Fekria et Salwa Ayachi étaient lauréates du deuxième concours... On choisissait les speakerines ou «coordinatrices de programmes» pour leur charme et leur aisance. Elles présentaient les programmes à venir aux téléspectateurs et devaient faire preuve d'imagination et d'esprit d'à-propos quand il leur fallait prendre l'antenne en direct et meubler toutes les interruptions de l'image et les problèmes techniques. Vous souvenez-vous de cette phrase écrite sur nos écrans : «Nous nous excusons de l'interruption momentanée de l'image» ? Cette même phrase est redite par la speakerine avec un large sourire. Et le meilleur des sourires était celui de Salwa Ayachi. Celle-ci est décédée il y a un mois, après un combat qui a duré 8 ans contre la maladie. Ses amis et sa famille n'en reviennent toujours pas, car Salwa remplissait leur vie. Elle était si douce, lumineuse aussi, et chaleureuse. Déjà malade, elle s'activait dans le cadre de l'association humanitaire qu'elle avait créée. Jusqu'à son dernier souffle, elle sollicitait les donateurs pour satisfaire les besoins d'enfants nécessiteux. Elle détestait rester inactive. D'ailleurs, quand on a remplacé les speakerines par des voix off, Salwa ainsi que la plupart de ses collègues ont animé des émissions à la radio. Et pour ne pas chômer plus tard, elle s'est convertie à la confection et a créé une ligne de vêtements de prêt-à-porter. Ce soir, aura lieu la cérémonie du 40e jour de sa mort. C'était une femme de grande dignité. «Elle était d'une éducation, d'une grande gentillesse, disponible et généreuse! J'ai rencontré rarement des personnes de sa dimension», nous confie une de ses amies les plus proches, Radhia Haddad, maquilleuse. Si nos souvenirs sont bons, c'est au début des années 90 que les speakerines ont disparu totalement des télévisions. Un lien de charme s'est effacé sur l'autel de la bande annonce impersonnelle. Blondes ou brunes, elles nous en ont mis plein les yeux pendant plus de vingt ans. Car au royaume des speakerines, c'était tous les jours le printemps et la vie était belle. Nos hommages à Naziha, Wahida et Salwa, celles qui nous ont quittés, et longue vie à celles qui sont encore parmi nous.