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L'Etat peut-il financer sa guerre ?
La bataille anticorruption bat son plein
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 03 - 2017

Tout le monde se mobilise contre les corrompus et assure détenir les preuves qui les enverront en prison et permettront à l'Etat de récupérer son argent. Sauf que l'Etat rechigne à financer sa guerre anticorruption
«La place des corrompus est dans les prisons», «Nous avons transféré à la justice plus de deux cents affaires de corruption», «Les accusations de corruption sont étalées au vu et au su de tout le monde dans les couloirs de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) au Bardo», «La bataille contre la corruption durera encore cinq à dix ans», «Les preuves sur l'affaire intentée contre Sofiène Toubal pour escroquerie sont à ma disposition et je suis prêt à les livrer au procureur de la République, à condition qu'il me le demande», voilà le climat général qui s'est imposé, ces derniers mois, dans les cercles politiques, sur les plateaux TV et radio, dans les discussions générales et au sein même du parlement où pratiquement un député sur deux prétend détenir un dossier compromettant sur l'un de ses collègues et on ne parle pas d'un député collègue appartenant à un parti concurrent ou adverse mais bien d'un collègue s'activant dans son propre parti.
Youssef Chahed, chef du gouvernement d'union nationale, nous a promis, lorsque les députés lui ont donné leur confiance, d'envoyer le plus tôt possible tous les corrompus en prison, Chaouki Tabib, président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption, répète à longueur de journée, qu'il a transféré aux magistrats du pôle anticorruption les dossiers que lui ont légués feu Abdelfattah Amor et Samir Annabi, l'ancien président de l'Instance, et aussi les alertes soumises par les dénonciateurs qui se sont activés depuis l'adoption de la loi sur la protection des dévoileurs. Samir Dilou, le député nahdhaoui, assure assister à des disputes entre des députés d'un même parti s'échangeant des accusations de corruption, Lazhar Akremi, l'un des fondateurs de Nida Tounès et l'ancien ministre de Béji Caïd Essebsi et de Habib Essid, brandit des documents sur le plateau d'Attassiaa TV prétendant que Sofiène Toubal a bénéficié gratis d'un appartement que lui a offert Chafik Jarraya, l'homme d'affaires qui jure sur un autre plateau TV avoir acheté tous les journalistes tunisiens, etc.
Et si la volonté politique n'existait pas
Parallèlement, les Tunisiens attendent la capture du premier gros poisson ès corruption, sa comparution devant la justice, ce qu'il va révéler, les noms qu'il entraînera dans sa chute et surtout les sanctions pénales seront infligées.
Le décor est ainsi planté. Tout le monde est mobilisé contre la corruption et ses apôtres, chacun prépare ses dossiers et attend le signal qu'il faut pour «envoyer les corrompus en prison occuper les lits que libéreront les zattalas qui bénéficieront à l'avenir d'une grâce tous les mois, contrairement au régime ancien où les grâces intervenaient uniquement quatre fois par an».
Il reste une question fondamentale : le signal attendu viendra-t-il un jour ?
En plus clair, quand le gouvernement va-t-il prendre son courage à deux mains et décider de juger les gros poissons dont «il détient, comme l'assurent plusieurs observateurs, les noms et sait aussi où ils opèrent» ?
Pour le moment, personne n'est en mesure de répondre à cette question.
Et le premier à se déclarer incapable de répondre à cette question est bien Me Chaouki Tabib, le président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlcc).
Hier, en s'adressant aux magistrats de la Cour des comptes, il a dénoncé ce qu'il appelle «une volonté politique qui continue depuis des dizaines d'années à entraver les efforts de la justice et autres structures dans leur lutte contre la corruption».
Et comme il semble être au parfum de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas pour que les corrompus aillent en prison, il est arrivé à une première vérité : «La bataille contre la corruption durera encore entre cinq et dix ans».
Mais à analyser la déclaration de Chaouki Tabib, on décèle une autre vérité : la volonté politique qui laisse les corrompus faire ce qu'ils veulent ne date pas de 2011 ou des gouvernements de la Troïka, de Mehdi Jomaâ, de Habib Essid ou enfin de Youssef Chahed. Elle remonte plutôt à «plusieurs dizaines d'années». Et il est donc normal d'attendre au moins une autre dizaine d'années pour qu'on puisse dire — si la volonté politique finit par faire son apparition — qu'on va remporter la bataille contre la corruption.
Et Chaouki Tabib éclaire l'opinion publique sur les raisons objectives qui nous obligent à attendre que la corruption disparaisse sous nos cieux. Et il n'y a pas plus tranchant ou convaincant que les chiffres.
D'abord, qu'est-ce que la Cour des comptes peut faire avec un budget de l'ordre d'un million de dinars, alors que ses magistrats, dont le nombre va être renforcé par 20 nouveaux arrivants d'ici fin 2017, sont appelés à assurer le contrôle des dépenses que consentiront les candidats aux prochaines élections municipales ?
Et quand on sait qu'il y aura 7.500 postes de conseillers municipaux à pourvoir et qu'il y aura au moins 30.000 candidats, il est légitime de se demander comment la Cour des comptes parviendra-t-elle à financer ses enquêtes sur les éventuelles violations de la loi électorale par les candidats.
Ensuite, le Tribunal administratif devenu, en l'absence de la Cour constitutionnelle, la juridiction où les politiciens règlent leurs différends, peut-il assumer sa mission comme il se doit avec un budget de 150.000 dinars.
Enfin, les deux millions de dinars réservés à l'instance présidée par Chaouki Tabib suffiront-ils pour que celle-ci mène ses enquêtes, rétribue les dénonciateurs dont les alertes mèneront à la capture des corrompus (selon la loi, ils seront récompensés financièrement mais on ne sait sur quels critères et combien toucheront les uns et les autres ?).
Chaouki Tabib a eu le mérite et le courage de soulever ces questions. On attend maintenant où Youssef Chahed, déterminé à éradiquer la corruption, va piocher pour financer sa bataille.


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