Invité à Berlin, le président Caïd Essebsi a appelé à un «engagement plus résolu» pour l'Afrique des pays riches mais a plaidé aussi pour une coopération sud-sud qui consacre les principes de l'ouverture, de la transparence et de la bonne gouvernance... Décidément, l'Afrique est à l'honneur ces derniers temps dans les rencontres qui rassemblent les pays les plus riches de la planète. Les 26 et 27 mai dernier, dans la ville sicilienne de Taormine, le G7 avait invité six pays africains, dont la Tunisie. Les chefs d'Etat du Niger, de l'Ethiopie, du Kenya, du Nigeria, de la Guinée étaient au côté de Béji Caïd Essebsi pour prendre langue avec les représentants des membres permanents du G7. Depuis hier, se tient d'autre part à Berlin une conférence internationale dont le thème est le partenariat du G20 avec l'Afrique. La Tunisie est également de la partie, cette fois avec un groupe plus important de pays du continent : Côte d'Ivoire, Maroc, Rwanda, Sénégal, Egypte, Ghana, Guinée, Mali et Niger. La conférence prépare le Sommet du G20, prévu les 7 et 8 juillet prochain à Hambourg et auquel sont encore conviés des chefs d'Etat africains... Angela Merkel a placé clairement la présidence allemande du Sommet sous le signe de l'Afrique en initiant un projet baptisé «G20 compact with Africa». Il semble assez évident que le développement économique du continent africain a pris pour la communauté internationale l'importance prioritaire à laquelle il peut prétendre, en considérant d'un côté le grand potentiel de croissance qui s'y trouve et, d'un autre côté, la gravité de la pauvreté qui caractérise la situation d'un grand nombre de régions, avec tout ce que cela représente de risque en matière de violence, de délinquance, voire de terrorisme et de guerre, mais aussi de famine et de mortalité. S'exprimant hier à l'ouverture de la conférence, la chancelière a insisté sur la nécessité d'un changement dans la politique de partenariat entre pays industrialisés et pays africains : il s'agit de passer, dit-elle, du soutien financier et technique au transfert des savoir-faire, en accordant une attention particulière aux jeunes et aux femmes. Il faut noter que ce changement de stratégie n'exprime pas ici le point de vue de la dirigeante allemande mais qu'il est appelé à se cristalliser sous la forme d'une démarche consensuelle et cohérente qui regroupe l'ensemble ou presque des pays industrialisés disposant d'un fort pouvoir d'investissement. Que la Tunisie soit mêlée de très près à ce processus de changement est sans doute un signe positif à relever. Les difficultés économiques que nous traversons et qui désespèrent beaucoup de nos concitoyens ne sont pas appréciées de la même manière par les dirigeants des grandes nations économiques ainsi que par les organisations financières internationales qui sont des partenaires de l'initiative allemande. Car son implication ne saurait se résumer, dans ses motivations, au besoin de lui apporter des réponses en termes d'investissement. On attend de la Tunisie qu'elle joue le jeu d'un relais qui donne sens et corps aux changements qu'on veut introduire au partenariat. Peut-être le processus de transition politique ainsi que les grandes réformes dans lesquelles le gouvernement tunisien s'est engagé de façon plus «virile», cela octroie-t-il à notre pays une position particulièrement privilégié du point de vue de ce rôle. Cela étant dit, le président Caïd Essebsi n'a pas dérogé à son devoir de défendre les avantages du site Tunisie : son «attractivité». Dans une allocution qu'il a donnée hier à l'occasion de la conférence, il a rappelé également que des «projets concrets» attendaient les investisseurs dans des domaines comme l'infrastructure, les industries aéronautique, automobile, agroalimentaire ainsi que dans le domaine des technologies de l'information et la santé. Il a cependant tenu à souligner l'importance que représente pour la Tunisie les «projets structurants» qui ciblent de préférence les régions rurales et intérieures. Mais toutes ces opportunités économiques au profit du pays et de ses régions doivent s'inscrire dans le cadre élargi d'une politique où la coopération nord-sud se couple à une coopération sud-sud que les pays riches doivent soutenir. Autement dit, les relations entre pays industrialisés et pays africains ne doivent pas affaiblir l'intégration économique du groupe africain, mais au contraire la consolider et faire en sorte que chaque pays du continent devienne l'animateur d'une dynamique interafricaine. C'est en tout cas ce qui ressort du discours du président Essebsi qui, tout en rappelant les réformes engagées chez nous en vue d'assainir le climat des affaires — gouvernance, décentralisation, partenariat public-privé et secteur bancaire — a rappelé que «l'ouverture, la transparence et la bonne gouvernance» constituent les principes de base du développement économique à l'échelle du continent dans son ensemble... Mais d'abord, sans doute, de la coopération sud-sud !