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Une Tunisienne qui brille dans le monde de l'art contemporain
Entretien du Lundi — Myriam Ben Salah
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 07 - 2017

Le chemin de l'art contemporain passe souvent par les femmes. Dernière en lice, la jeune et brillante Myriam Ben Salah qui, après avoir pris en charge les projets spéciaux et les programmes publics du très pointu Palais de Tokyo, vient d'être nommée curator du prestigieux prix Abraaj. Curator, c'est ce métier nouveau qui englobe le commissariat d'exposition, la promotion d'artistes, l'expertise, et mille et une autre choses. Quant au Prix Abraaj, créé il y a dix ans, il consacre, soutient et accompagne chaque année un lauréat et trois nominés dont les travaux sont présentés au Dubaï Art Fair. Ce qui n'est pas la seule action artistique et culturelle du groupe Abraaj très présent en Tunisie dans le domaine médical. Depuis quatre ans, en effet, Abraaj gère un important programme de bourses offertes à des diplômés s'étant distingués en Afrique, en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie Centrale, tous susceptibles d'appartenir à une communauté de leaders partageant les même valeurs d'intégrité et de responsabilité
Madame Ben Salah, pourriez-vous retracer pour nous votre parcours ?
J'ai grandi à Tunis jusqu'à l'âge de 18 ans, j'ai effectué ma scolarité au lycée Pierre-Mendès France à Mutuelleville. Après le bac je me suis installée à Paris pour faire une classe prépa. Mes objectifs n'étaient pas encore définis ce qui explique peut-être l'hétérogénéité de mon parcours : hypokhâgne et khâgne, puis école de commerce et études théâtrales en parallèle. Ce n'est qu'à la fin de mon master à HEC que j'ai commencé à m'intéresser à l'art contemporain. J'ai rencontré Mark Alizart qui était à l'époque le directeur adjoint du Palais de Tokyo —un centre d'art contemporain à Paris— et qui m'a prise en stage. Le Palais de Tokyo m'a formée, j'y suis restée 7 ans, occupant différents postes et travaillant essentiellement avec des artistes à réaliser leurs projets les plus fous. Au fil des années, j'ai également développé une activité curatoriale indépendante et me suis aussi mise à écrire sur l'art. Depuis un an, je suis rédactrice en chef de la revue Kaleidoscope, un magazine qui réinscrit l'art contemporain dans une culture visuelle au sens plus large.
L'art contemporain est un univers complexe, fermé, élitiste. C'est également un univers en perpétuel mutation qui relève autant de l'art que de la finance. Est-ce difficile d'y accéder, et surtout de s'y maintenir ? En quoi consiste votre mission ?
C'est ce que j'ai toujours entendu sur l'art contemporain mais mon expérience ne reflète pas cette fermeture. Lorsque j'ai commencé au Palais de Tokyo, je sortais de nulle part, je ne connaissais rien ni personne dans le milieu. A force de travail, de curiosité et de rencontres j'ai évolué. Il y a plusieurs acteurs dans cet univers. Bien sûr, si l'on parle du marché il y a une sélection naturelle qui se fait par l'argent. Mais si l'on se place du côté des artistes, des créateurs, et des institutions, je ne pense pas qu'on soit dans ce schéma. Les artistes aujourd'hui ont les mêmes références que tout le monde : ils s'intéressent aux séries TV, à la science fiction, à la politique, au tunning. On n'a plus besoin d'avoir fait 10 ans d'histoire de l'art pour comprendre l'art contemporain. Et la complexité que vous mentionnez vient certainement de clichés que certains se plaisent à entretenir. Dans les expositions que j'organise mais aussi au sein de Kaleidoscope, j'essaie en permanence de faire un lien entre la pratique des artistes et la culture populaire, le quotidien, la vie au sens large. Ma mission c'est justement de créer ce lien entre les artistes et le reste du monde, d'organiser leurs œuvres autour d'une idée, d'un propos qui puisse parler au plus grand nombre.
Dubaï et son Art Fair sont devenus une plate-forme incontournable de la scène artistique arabe et islamique qui y a pris ses marques. A partir de là, les jeunes artistes des régions Mena et du Maghreb ont acquis une visibilité internationale. Est-ce un mouvement profond, enraciné, irrépressible, ou une mode alimentée par les événements politiques ?
Il y a effectivement, d'une part, un phénomène de mode. Post-11 septembre et post-printemps arabes, il y a eu une corrélation entre situation politique mouvementée, production artistique prolifique et intérêt occidental pour l'art de la région. Cet intérêt est également dû à l'avènement des pétrodollars et à la présence de capitaux dans les pays du Golfe qui ont soudain constitué un marché sans précédent. Mais cet intérêt a aussi conduit les artistes de la région à produire en cherchant à répondre à une certaine demande, à certaines attentes venant d'ailleurs, à une sorte de «commission tacite».
Cependant, il y a eu d'autre part un vrai travail de certains artistes et institutions de la région pour construire quelque chose de plus durable, de plus profond, en favorisant une production artistique indépendante du regard occidental bien qu'ayant des ambitions internationales. Des lieux et projets comme Ashkal Alwan à Beirut, Ibraaz et la Fondation Lazaar à Tunis, récemment la Fondation Pejman à Téhéran, le magazine Bidoun, mais aussi les biennales de Sharjah, Marrakech, Istanbul ont contribué à créer ce que vous appelez un mouvement profond, en mettant en avant une scène et des artistes dont le travail est rigoureux et l'ambition cosmopolite.
Les artistes consacrés par ce prix ont-ils tenu leurs promesses ?
Le plus souvent, Abraaj récompense des artistes qui bénéficient déjà d'une certaine reconnaissance. Il ne s'agit pas forcément d'un soutien à des artistes émergents. Ce que le prix apporte est un soutien considérable à la production pour passer au niveau supérieur, ce qui est crucial dans le parcours d'un artiste. En ce sens, absolument, les artistes récompensés par Abraaj font partie aujourd'hui des plus grands noms de la scène Menasa. De Yto Barrada à Wael Shawky en passant par Rayyane Tabet pour n'en citer que quelques-uns.
Aujourd'hui, on a, semble-t-il, le sentiment que les grands courants qui sous-tendaient l'explosion de l'art arabe s'épuisent. Cette année, à Dubaï, la section d'Art Moderne a drainé plus de monde que celle d'Art Contemporain. Qu'en est-il selon vous ?
Je pense au contraire qu'il y a une nouvelle génération d'artistes qui prend la relève et crée quelque chose de nouveau.
La scène artistique tunisienne est particulièrement vivace et créative depuis quelques années. Comment la percevez- vous ?
Je dois avouer ne m'être intéressée que récemment à ce qui se passait en Tunisie au niveau artistique. Je me suis tenue à l'écart, sans doute à tort, de la scène locale pendant les années Ben Ali. Il me tarde évidemment de rattraper le temps perdu, et c'est une responsabilité importante pour quelqu'un de ma génération de contribuer à créer des échanges et à hisser les projets tunisiens à un niveau international. Effectivement, il est en train de se passer quelque chose d'intéressant, grâce aux artistes évidemment dont les pratiques se transforment, mais aussi grâce à des individus et à des lieux qui ouvrent la scène à une vision globale. Je pense aux galeristes comme Selma Feriani ou Lilia Ben Salah, à des mécènes comme Olfa Rambourg, mais aussi à de nouvelles initiatives et projets de résidences comme Dar Eyquem. Il y a aussi un important travail de revalorisation des œuvres d'artistes plus âgés qui sont le socle de la scène tunisienne. Je pense à Jalel Ben Abdallah, Abdellaziz Gorgi, ou Ali Bellagha par exemple.


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