Par Jalel Mestiri Le football tunisien ne s'est jamais réconcilié avec l'argent. Il serait de plus en plus une activité non rentable. Le statut des clubs oscille entre amateurisme et professionnalisme dit «non amateurisme». Ils sont considérés par les textes en vigueur comme des associations qui ne doivent pas se faire de l'argent. Le transfert de Neymar fait couler beaucoup d'encre. Il arrive au PSG pour plus de 220 millions d'euros. Il sera payé 150 M€ sur 5 ans, 2,5 M€/mois, 564.000€/semaine, 80.000€/ jour, 3.000€ heure, 60€/min, 1€/sec. Le football n'a jamais été aussi valorisé financièrement. C'est désormais l'une des activités les plus rentables. Mais aussi les plus insensées, les plus indécentes. Au fait, que vaut un joueur? Que vaut un club ? Le football a bien changé. Les recettes qui en découlent viennent essentiellement de l'activité des clubs. Ceux qui font vraiment de vraies recettes, qui gèrent bien leurs charges, qui dégagent du profit. Ils suivent une certaine logique d'investissement. Ils sont souvent valorisés en fonction de leurs effectifs. Une valeur de marché est alors accordée à chaque joueur composant l'effectif et le club acquiert par conséquent la valeur sommée de l'ensemble de ses joueurs. Il faut dire que si cette méthode permet de déterminer une hiérarchie sportive en fonction des forces en présence, elle ne repose en revanche sur aucune logique financière dans la mesure où il n'y a plus de limite, encore moins de morale, dans les transferts des joueurs et que la règle du fair-play financier n'est plus vraiment d'actualité. Les clubs qui suivent une certaine logique d'investissement selon leurs revenus, leur valeur ou encore leur capital de marque sont toutefois davantage liés à leurs résultats sportifs. Tant qu'un club n'est pas rentable, sa valeur n'est qu'estimation. La valeur des actifs des clubs devient ainsi incertaine. Quoi de plus imprévisible qu'une blessure. Les résultats de matches le sont aussi tout autant. Et la sanction est immédiate: les joueurs ne sont plus là, les résultats ne suivent plus et riment avec baisse de la billetterie et des revenus liés au sponsoring. On peut comprendre par là que la valeur des joueurs fluctue selon leurs performances, leur compétitivité et leur persévérance. Leur comportement aussi. La perspective de croissance prend chaque fois une dimension imaginaire qui fait tourner les têtes. Un an après le premier footballeur à plus de 100 millions d'euros (Paul Pogba), Neymar ne bat pas seulement les records, mais il les explose. Chez nous, le football ne s'est jamais réconcilié avec l'argent. Il serait de plus en plus une activité non rentable. Le statut des clubs oscille entre amateurisme et professionnalisme dit «non amateurisme». Ils sont considérés par les textes en vigueur comme des associations qui ne doivent pas se faire de l'argent. Techniquement, le championnat tunisien n'a pas réellement le potentiel pour attirer les investisseurs. Leur implication a été souvent synonyme de déception. Quand on investit à fonds perdus, on tombe dans le dopage financier. Perdre de l'argent de manière récurrente n'est pas sain. Le jour où le bailleur de fonds quitte le club, après avoir placé la barre de la gestion très haut et actionné la pompe, les acquis, les nouvelles normes et le système sont sérieusement endommagés. C'est ce que l'on craint justement pour la plupart des clubs. Dans notre football, les aléas sportifs nous paraissent encore trop contraignants pour pouvoir attirer les investisseurs. Et comme dans les affaires, on déteste l'incertitude, les clubs tunisiens restent toujours sous-valorisés parce qu'ils perdent de l'argent. L'impératif serait de retrouver la compétitivité souhaitée, réinitialiser un cercle vertueux, trouver d'autres financements aux activités sportives, lesquelles dépendent encore des traditionnelles subventions du ministère de tutelle, de la fédération, des municipalités, des gouvernorats, des dons d'entreprises et d'hommes d'affaires, sécuriser les places au classement Fifa et Caf et soigner l'image de marque du football tunisien...