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Les dessous d'une diplomatie hyperactive
Turquie — Le retour de l'empire...
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 01 - 2018


Par Raouf SEDDIK
On assiste ces derniers temps à une multiplication des rencontres au sommet entre les responsables turcs et leurs homologues de différents pays : que se mijote-t-il en ce moment précis de l'histoire où l'islamisme jihadiste agonise et où la paix au Moyen-Orient refait surface d'une manière tout à fait inédite et inhabituelle ?
La diplomatie turque est incontestablement dans une phase active actuellement. Les 26 et 27 décembre dernier, le président Erdogan était à Tunis et il a fait des déclarations qui ne sont pas passées inaperçues. Lors d'une conférence de presse conjointe avec le président Caïd Essebsi, il a affirmé que la mobilisation autour du statut de la Ville sainte n'était que le premier pas d'une démarche qui, à terme, vise à revoir l'organisation du Conseil de sécurité et le principe du droit de veto accordé à ses membres permanents... On se souvient que c'est sous sa présidence que s'est réuni en urgence, le 13 décembre dernier à Istanbul, un sommet de l'Organisation de la conférence islamique suite aux déclarations du président américain au sujet du statut d'Al-Qods. Faut-il comprendre que le président turc entend prendre la tête du groupe des pays musulmans pour réclamer en leur nom un statut amélioré au Conseil de sécurité de l'ONU ? Il serait temps d'ailleurs que l'ancien ordre issu de la fin de la Seconde Guerre mondiale soit revu et que le privilège des pays vainqueurs à disposer d'un droit de veto au détriment des autres soit revu. Mais pour quel ordre nouveau ? C'est la question !
Vendredi dernier 5 décembre, il était à Paris, où il s'est vu signifier par Emmanuel Macron que l'adhésion à l'Union européenne n'était pas à l'ordre du jour. Qu'elle l'était même d'autant moins que les récentes évolutions de la politique intérieure en Turquie rendaient la candidature de ce pays encore plus problématique que dans le passé. Parlant devant les journalistes, le président français faisait référence à la vague de purges qui, au nom de la lutte contre le terrorisme, a touché de façon très large des professions comme celle des journalistes, des magistrats ou des professeurs universitaires. Mais, plus encore, en réalité, c'est à la réforme constitutionnelle engagée par Ankara et conférant au président des pouvoirs très étendus que pensait Macron. Notons qu'en soulignant ce problème, sans acrimonie, il se contentait de rappeler les «critères de Bruxelles»...
Défense de la cause de l'islam et jeu de la diplomatie
Mais Erdogan n'ignore pas ces critères et n'ignore pas non plus que la politique menée par lui depuis plusieurs mois l'éloigne d'une adhésion à l'Union européenne. En vérité, il est probable que sa visite à Paris n'ait eu absolument rien à voir avec cette question de l'adhésion. En revanche, on ferait bien de prêter attention à un propos qu'il a glissé de façon incidente lors de la conférence de presse, elle aussi conjointe, lorsqu'il a salué les «cinq siècles» de relations diplomatiques entre la France et la Turquie. Remonter aussi loin dans le passé, en effet, c'est faire revivre l'empire ottoman et inscrire son action politique dans le prolongement de cet empire.
La revendication de l'héritage ottoman est quelque chose qui est de plus en plus remarqué par les observateurs de la scène politique turque. Certains ont pu croire qu'elle relevait de leur part du discours polémique, destiné à dénoncer la «dérive islamo-autoritaire» du nouveau «sultan». Ce n'est pas le cas. Il s'agit bien pour l'actuel régime d'apporter une sorte de correction au nationalisme issu de Kamel Atatürk, en rompant avec la logique de rejet du passé ottoman.
L'islamisme de l'AKP n'est pas révolutionnaire comme celui des Frères musulmans : il se veut au service d'une tradition qui est à réhabiliter. D'où sa compatibilité de plus en plus affichée avec un certain nationalisme. Et ce retour voulu à l'ère ottomane obéit à un timing qui n'est pas le fait du hasard. Il intervient au moment où la version jihadiste et brutale du «califat islamique» est en train de produire au monde le spectacle de sa déconfiture et de son échec. Le vide laissé par ce dernier est à combler par autre chose !
La Turquie pense être la puissance susceptible de représenter pour l'avenir les aspirations politiques des populations sunnites dans le monde. D'où ce mixte de sa diplomatie où l'on trouve une affirmation sans concessions des valeurs de l'islam et un engagement franc sur la scène du jeu diplomatique... Bref, ce pays veut offrir, en particulier aux jeunes générations de musulmans, l'exemple d'un pays qui défend crânement le droit de la «communauté des croyants», mais qui le fait selon les exigences des règles de la diplomatie et selon celles de la civilisation. Ce qui correspond assurément à un besoin, même si un certain radicalisme moderniste n'est pas toujours disposé à le reconnaître.
Volonté de civilisation et... brutalité des mesures
Toute la question est de savoir si le passé ottoman suffit pour lui conférer la légitimité d'un tel rôle. Il est certain que si la situation des Palestiniens devait connaître une évolution favorable dans la période à venir et que le président Erdogan y avait joué un rôle remarqué, cela lui conférerait un supplément précieux de légitimité. La même remarque, bien entendu, est valable pour le cas où, par exemple, le groupe des pays musulmans obtiendrait au Conseil de sécurité un pouvoir à la hauteur de son importance véritable grâce aux menées de la Turquie.
Mais il reste que la dérive liberticide que connaît actuellement ce pays, aussi bien à l'égard de certaines franges de l'échiquier politique, des Kurdes qui sont sous pression, de certaines professions sur lesquelles on fait peser le soupçon d'avoir trempé dans le putsch manqué de juillet 2016, etc., tout cela est de nature à susciter une défiance qui, au-delà du gouvernement turc, touchera le modèle qu'il veut présenter au monde au nom du passé ottoman...
Dimanche dernier, Erdogan était présent, accompagné du Premier ministre bulgare, lors de l'ouverture à Istanbul d'une église orthodoxe, l'église Saint Stéphane. Il a déclaré que «Istanbul a montré de nouveau au monde entier qu'elle est une ville où différentes religions et cultures coexistent en paix». Cette volonté de civilisation, si l'on peut dire, est à saluer. Mais elle n'occultera pas la brutalité de certaines mesures prises contre beaucoup d'opposants turcs et ne nous garantit pas contre le risque que cette brutalité finisse par donner à l'islamisme turc une tournure néfaste à plus d'un point de vue.


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