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Un hommage amplement mérité
Istanbul, capitale de la culture européenne 2010
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 01 - 2010


• Cette désignation est, en quelque sorte, une œillade colorée d'une lueur ardente décochée par une Europe, enfin reconnaissante, au rôle joué par les Ottomans dans l'édification de cette grande entité. C'est aussi un rappel aux réalités civilisationnelles souvent omises de l'Andalousie arabo-musulmane en terre, aujourd'hui chrétienne. La consécration d'Istanbul en tant que capitale de la culture européenne 2010 a été saluée par un tonnerre d'applaudissements, qui en dit long sur le sentiment de fierté, d'orgueil et de satisfaction qui s'est emparé d'un peuple profondément imbu de l'idée légitime qu'il est dépositaire d'un legs civilisationnel unique dans son genre. Après la désignation de la ville de Tlemcen, en Algérie, capitale de la culture islamique 2011, succédant à l'Aghlabide Kairouan et après le sacre de la ville martyre Al-Qods, capitale de la culture arabe 2009, voilà qu'à notre bonheur, Istanbul, une des plus importantes villes de l'Islam, est plébiscitée capitale de la culture européenne 2010. D'autant qu'en ces temps d'incertitude et de doute, il est grisant qu'une ville musulmane de l'importance de cette métropole de 18.000.000 d'âmes soit investie du pouvoir et de la dignité de la charge solennelle de représenter la culture européenne. L'ancienne Constantinople fondée entre 324 et 336 par Constantin, siège tour à tour de l'Empire chrétien de l'Orient latin puis byzantin, tombe le 29 mai 1453 aux mains des Turcs ottomans et devient musulmane sous le nom de Stamboul. Sa promotion en capitale de la culture européenne 2010, Istanbul la doit principalement à son dynamisme, à son énergie créatrice et à l'exceptionnelle majesté des nombreux palais, édifices, monuments, mosquées, basiliques et cathédrales qui ont fait sa réputation. Principale ville de Turquie, elle a perdu son statut de capitale politique, siège du trône du califat ou de l'Empire ottoman, au détriment d'Ankara avec l'avènement de la Nouvelle République d'Atatürk. Un pied en Asie et l'autre en Europe, elle se trouve donc à cheval sur deux continents, au cœur de la cité et du détroit du Bosphore qui relie la mer Noire, la mer de Marmara et la Corne d'or. Capitale de trois empires successifs : romain, byzantin et ottoman, Istanbul fascine le visiteur. Ses musées, ses églises, ses palais, ses grandes mosquées, ses bazars (souks) vous entraînent dans un tourbillon irrésistible de nostalgie et de regret attendri sur un passé où tout est beauté, calme et volupté. On ne peut rester insensible à la lumière rougeoyante qui se reflète, au coucher du soleil, sur le Bosphore, dans les façades des palais de Topkapi, de Dülmabahçe, de Yildiz, de Göksu, des grandes mosquées d'Eyüp, de Yeni, de Sultan Ahmet, de Süleymaniyé, des pavillons, des musées, d'autres lieux historiques, sites remarquables et somptueux monuments où résidèrent, les siècles derniers, dignitaires, princes et empereurs orientaux et européens qui ont fait la grandeur d'Istanbul, une des villes les plus splendides du monde. En hommage à cette grande cité impériale dont l'histoire s'est intimement confondue à la nôtre depuis déjà le XVIe siècle, les Tunisiens, reconnaissants, partagent aujourd'hui le bonheur de leurs frères turcs avec cette heureuse et légitime consécration d'Istanbul, capitale de la culture européenne 2010.

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