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Ces métiers qui défient la patine du temps
RAS-JEBEL : MOIS DU PATRIMOINE
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 03 - 2018

La célébration du mois du patrimoine et les différentes manifestations et expositions qui y ont été organisées ont révélé à un public généralement indifférent une richesse insoupçonnée de notre héritage historique, culturel et social.
A Ras-Jebel, ma ville natale, du temps où je n'étais pas plus haut que trois pommes, je passais, sans vraiment y prêter la moindre attention ni le moindre intérêt, à côté d'une foison d'activités intimement liées à la vie quotidienne mais dont on soupçonnait peu qu'un jour elles disparaîtraient et que de simples « métiers de pauvres », elles acquerraient le statut de richesse patrimoniale à préserver.
Pourtant à peine quelques décennies ont passé, mais la vie a tellement et si rapidement évolué, les nouvelles techniques ont si brutalement investi les mœurs que les gens se laissèrent séduire et sacrifièrent toutes leurs activités ancestrales sur l'autel de la modernité.
Toutes ? Non, car certaines personnes continuent à résister et à faire front aux assauts répétés des vagues novatrices.
Nous sommes partis à la rencontre de ces quelques artisans. Précisément à Ras-Jebel, car, personnellement, je tenais à me rendre compte du degré de résistance physique, mentale et organisationnelle de ces « derniers tenants d'activités ancestrales».
En fait, ils ne sont plus que quelques-uns : un potier et trois menuisiers.
Ce sont ces trois derniers qui ont retenu notre intérêt.
En fait, l'on ne sait trop si l'appellation de menuisiers convient à ces artisans, le travail du bois en ameublement ou en bâtiment étant banni de leurs activités.
Tous trois s'adonnent à la confection de manches de houes, pelles, pioches et autres faux. L'on doit à la vérité d'ajouter que, de temps à autre, quelques commandes d'araires leur parviennent.
« Aujourd'hui, cela nourrit rarement son homme, nous dira Ben Aïssa Sta Ali, le doyen de ces artisans. Mais, dans notre famille, nous exerçons ce métier depuis quatre générations. Nous nous sommes légué ce gagne-pain de père en fils et lui avons accordé tout l'intérêt requis. Hélas, il est à craindre, aujourd'hui, que les générations futures ne sachent s'y intéresser comme nous l'avons fait».
«Nous ne saurons nous plaindre vraiment, annonce pour sa part, Med Zaïem, lui aussi héritier de la troisième génération de ce métier. Bien sûr, la demande n'est plus ce qu'elle était et cela se comprend aisément. Nous nous adaptons en réalité aux nouvelles exigences et essayons de satisfaire des demandes parfois surprenantes et n'ayant pas de rapport direct avec ce que nous faisons. Soit nous acceptons, soit nous déclinons. Mais nous restons fermement attachés à nos attributions».
Assis, à même le sol, sur une natte éculée, notre artisan donne l'impression d'appartenir à une autre époque. L'atelier lui-même a été gardé en l'état et ne semble pas avoir subi la moindre transformation depuis... « Depuis toujours, précise notre artisan, je ne l'ai jamais connu que tel qu'il est actuellement».
L'atelier en question est un local qui s'étale en largeur. Sombre et mal aéré, il se prête peu aux rencontres et seule une bille d'eucalyptus s'offre comme siège. Les murs sont noirs, le local est enfumé. «C'est la pure architecture andalouse, explique en bon connaisseur notre artisan. Voyez la voûte et la largeur des murs, les arches, les claveaux, les clés de voûtes. Tout est resté en l'état et je me sens tellement dans mon élément que je ne pense pas y introduire la moindre transformation».
L'atelier regorge de tasseaux de bois de tout gabarit, de différentes sections, accumulés sur une galerie surplombant le théâtre des opérations. «C'est là la provision en bois pour toute l'année. C'est exclusivement du bois d'olivier amené de la région de Sfax. La tonne nous coûte entre 280 et jusqu'à 400 dinars. Nous sommes obligés d'assurer nos besoins en bois qui n'est disponible qu'à l'époque de la taille».
Cependant, pour tous outils, notre artisan dispose d'un strict minimum : un « qadoum », sorte de marteau à lame destiné à éliminer les nœuds du bois, une petite scie, un maillet, une lime.
Chez Ben Aïssa Sta Ali, le matériel est plus «sophistiqué». Le regard est tout d'abord attiré par une énorme scie accrochée au mur. «Elle a au moins cent ans d'âge, dira non sans fierté l'artisan, elle servait à équarrir les grosses planches en vue de la fabrication des jougs, tel que celui-ci (il indique un bel objet, hélas perdu au milieu d'un énorme fatras de planches et autres billes de bois), ou encore à découper les troncs de grande section ». Puis, il arbore une multitude de vrilles, de forêts, de chignoles d'une taille impressionnante. «Elles sont d'une grande utilité pour faire des trous parfaitement adaptés aux araires, dit-il doctement». L'on ne peut s'empêcher, cependant de faire remarquer qu'il existe des perceuses électriques et chignoles davantage fonctionnelles. L'artisan rejette l'idée d'un revers de la main. «Quelle chignole peut vous donner un trou aussi net, aussi parfait. Nous tenons à la finition. Regardez nos charrues et admirez ces orifices». Des araires à petit timon à atteler à une seule bête et utilisées pour l'arrachage des pommes de terre, d'autres à long timon servant à labourer le sol, mais dont le soc, concave, rejette la terre sur les côtés, au lieu de la retourner.
Des commandes d'araires, il y en a peu, selon les besoins d'une population agricultrice exploitant de toutes petites parcelles et selon les saisons.
Les commandes de manches pour petit outillage de jardin constituent l'essentiel d'une activité que l'on n'exerce plus que par « habitude ou nécessité absolue ».
Nous avons commandé à Med Zaïem un manche pour une houe et avons demandé qu'il nous le monte de suite, mais qu'il nous fasse démonstration de toutes les phases.
Assis en tailleur, devant une bitte en bois enfoncée au sol, il choisit un beau bâton noueux et incurvé. Pourquoi incurvé ? «C'est plus pratique s'il s'agit d'une houe, par contre, pour une pelle, la courbure est à éviter». Consciencieusement, il commence par éliminer les nœuds, un à un. Cette tâche terminée, il lui reste à redresser certaines cambrures. «Cela se fait au feu, exclusivement. C'est pour cela que nous n'utilisons que le bois d'olivier qui obéit à cette opération». Joignant le geste à la parole, il allume un petit feu, place la courbure dans la flamme pendant à peine une minute, puis il introduit le bâton dans une échancrure et avec quelques pressions calculées, il donne au manche sa forme définitive. Vient ensuite la finition, exécutée avec une lime ancestrale, elle aussi, elle a pour but de polir le manche. Le montage, quant à lui, est tout un spectacle allant de la confection d'une fente, à l'introduction d'un tenon et à sa fixation grâce au maillet. Un manche qui nous a coûté la bagatelle de trois dinars et qui promet de durer ce que durera la partie métallique de notre outil.
C'est dire que ces gens ne gagnent ni des mille ni des cents. Ils font cela pour perpétuer un métier ancestral répétant à l'infini les mêmes attitudes, répugnant à introduire la moindre innovation, refusant d'y apporter la plus petite amélioration. Tant mieux toutefois pour la beauté des gestes que nous percevons aujourd'hui d'un autre œil, d'un regard nouveau et renouvelé.
Il est toutefois déplorable de se convaincre que la jeunesse ne voit pas d'un bon œil la reprise d'une affaire familiale peu lucrative, à l'avenir incertain et appelée, tôt ou tard, à disparaître.
Ben Aïssa Sta Ali, Med Zaïem sont les derniers représentants d'une corporation venue d'Andalousie. Avec acharnement, ils tentent de maintenir une tradition léguée par leurs aïeux. Si la société d'aujourd'hui les voit de l'œil de l'indifférence, il est heureux que la Tunisie du changement manifeste pour leur belle activité une sollicitude accrue. Cela leur permettrait de perdurer, de renforcer leur présence et d'intéresser davantage amateurs du beau et usagers de l'utile.


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