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Il ne faut pas désespérer de la culture
Entretien du lundi avec Fadhel Jaziri
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 05 - 2018

Figure de première ligne du théâtre tunisien, il est celui qui a réhabilité plus d'une facette de notre culture populaire, mais aussi un cinéaste inclassable à l'univers particulier. Dans cet entretien, Fadhel Jaziri nous parle de la nouvelle version de El Hadhra 3 qui sera présentée pour la première fois à la salle de l'Opéra à la Cité de la culture le 24 et le 25 mai, mais aussi de son nouveau film «Guirra» et de son regard sur la situation politique.
El Hadhra 3 sera de retour, mais cette fois à la Cité de la culture, à la salle de l'Opéra, c'est-à-dire dans des conditions que vous avez toujours souhaitées...
Pour moi, c'est un privilège de se produire dans cet espace parce que cela me permet de revoir le spectacle et de le réaliser dans des conditions techniques correctes. Les éléments du spectacle sont là, la structure d'accueil est conséquente avec des conditions acoustiques à la hauteur, ce que nous n'avons trouvé qu'à l'étranger jusque-là. C'est véritablement un événement même pour moi ! Cela me donne la possibilité de revisiter à la fois et la scénographie et l'ensemble du travail.
On va assister à une Hadhra revisitée ?
C'est toujours une Hadhra révisitée ! Je suis un homme qui n'est pas très adroit... J'ai toujours des difficultés à faire du bon travail. Ça dépend des conditions là aussi. Ce n'est pas une affaire d'inspiration, c'est plutôt un souci de présenter de la meilleure manière possible ce qui a été pendant des années un peu délaissé. Il s'agit d'interroger les signes les plus importants, essayer de redonner du souffle à ce travail et probablement une certaine dignité.
Pourquoi une «certaine dignité»?
Bien que Hadhra soit un spectacle populaire destiné à une consommation massive, je tiens à ce que ce soit un travail bien fait et l'unique manière d'atteindre cette dignité, c'est d'être dans une performance maîtrisée, ce qui suppose énormément d'effort.
El Hadhra attire également un public d'élite...
Quand je dis «populaire», je parle du discours qui en est un, mais il est vrai que dans l'ensemble elle attire un autre public. Il y a une espèce de rapport qui s'est établi dans le temps et qui est un peu particulier. Nous avons toujours eu en haute estime notre spectateur.
Par quoi expliquez-vous le succès de ce spectacle pendant toutes ces années ?
Je crois que c'est parce que les gens ont saisi le fait qu'il y avait un rapport extrêmement sincère entre le spectateur et nous. Le discours soufi est un discours qui remonte à loin. Fêter les Saints, réanimer leur souvenir, interroger leurs actes... Parce que c'est souvent des gens lettrés, des hommes de sciences, des pharmaciens et des gens qui ont été à la base de l'organisation sociale mais ce sont aussi des militaires, des gens qui ont défendu bec et ongles ce pays. Derrière cette évocation des Saints, il y a une manière de renouer avec le sentiment d'appartenance nationale. Il y a aussi une espèce d'élégance que j'ai constatée dans le comportement des cheikhs. Une espèce de retenue mais paradoxalement le spectacle que je propose n'est pas une manière de réanimer l'ancien. C'est une manière d'interroger le présent.
C'est toujours en rapport avec une situation sociale et politique?
Absolument ! C'est aussi une manière d'interroger cette grande économie soufie à l'aune de la modernité. Quelle est la meilleure manière de la représenter ? C'est ça la question.
Le discours soufi aujourd'hui permet-il au spectateur de se situer par rapport à d'autres discours qui véhiculent une autre image de la spiritualité ?
C'est vrai qu'il s'agit de la spiritualité dans sa représentation du sacré. Qu'est-ce que la spiritualité ? Comment la représenter ? Comment lui donner corps, comment l'incarner ? Cette incarnation est un effort, une perspiration et pas une inspiration. Là-dedans il y a une attitude. Le spectacle nous transcende, c'est un idéal qu'on tend à atteindre.
Comment aborder le spirituel avec la maîtrise technique ?
Il s'agit de respecter entièrement les lois de la scène. Cette théâtralité est très importante et j'insiste beaucoup là-dessus car il y a un travail sur l'incarnation de l'indicible, la représentation de l'inouï. Et il s'agit de parvenir dans ce travail là à une certaine épure sans rompre avec les conditions dans lesquelles nous vivons tous, et la situation problématique dans laquelle nous sommes. El Hadhra est aussi une manière de donner une bouffée d'espoir, un souffle, une énergie mais aussi du plaisir. Très probablement on est en train de transformer les codes à titre d'exemple dans El Hadhra nous avons des interprètes féminines. On l'a fait, on insiste, on y revient et je crois que c'est extrêmement important. D'ailleurs on donne une image de premier plan à la femme dans ce spectacle. Dans le trio de tête, il y a une femme.
On a l'impression que vous avez développé un rapport charnel avec El Hadhra. Que vous a apporté ce spectacle sur le plan personnel ?
Non, j'ai développé un rapport intellectuel avec El Hadhra! Pour moi, c'est probablement avec «Arab» (Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar) deux pôles assez importants dans mon parcours. El Hadhra c'est quelque chose de tout à fait singulier dans mon parcours... mais j'y suis venu tout à fait par hasard. Je l'ai rencontrée comme on trébuche sur un site enfoui. Il y a eu cette rencontre avec mon monde, avec ce territoire et c'est devenu quelque chose de très important.
Et par rapport à «Nouba» ?
Nouba aussi était quelque chose de très important dans mon parcours. C'était une manière d'interroger l'underground. El Hadhra c'est autre chose... Je suis allé au cimetière comme on dit. Au moment où on a commencé à travailler avec Samir Agrebi sur El Hadhra, c'était considéré comme une forme appelée à disparaître. Petit à petit on s'est aperçu qu'il y avait là-dedans des choses très belles. Agrebi a fait un travail extraordinaire puis moi, j'ai continué à interroger cela avec Samir Ressaïsi, Riadh Sgaier, et avec les cheikhs et c'est ainsi que c'est devenu quelque chose d'assez singulier. Cela a créé toute une mouvance et c'est une bonne chose. Beaucoup de gens font des choses dans cette direction...
«Nouveau film» mise également sur les nouveaux talents...
Nous cultivons une certaine fidélité dans nos rapports avec les artistes. Et parmi ces artistes il y a un certain nombre de jeunes comme Nasreddine Chebli par exemple. Il a fait un spectacle à partir de cette expérience et qui porte le titre de Fellaga. C'est un travail qui a connu une sorte de maturation et ce désir d'exister a toujours été fort chez nos artistes. Pour ma part, ça a toujours été un souci de les pousser à dépasser leurs limites. Haythem Hadhiri est un chanteur d'opéra, un ténor et en même temps il a une volonté de dire le texte local qui l'a poussé à créer ce spectacle qui s'appelle «Arboun», une manière plaisante d'aborder la question de la fête. C'est un quintette qui revisite les textes et les musiques d'une certaine époque mais qui ne se limite pas à ce qui se fait ici ou ailleurs. Pour ce qui est de Emna Jaziri, elle a travaillé pendant quinze années consécutives avec nous à la Hadhra puis elle a exprimé le désir de faire quelque chose qui correspond tellement à son tempérament, d'où son spectacle de cabaret qui porte le titre de «El hob fi Zaman El Harb». Ces deux spectacles auront lieu respectivement le 31 mai et le 7 juin. Quant à Ali Jaziri, il est passé par Paris et Los Angeles pour revenir avec un spectacle de Rock Tribal. C'est un projet sur lequel il a travaillé pendant deux ans et que nous allons voir en clôture du festival de la Médina. Le spectacle s'appelle «Hemlyn».
Vous prenez du temps pour réaliser des choses, c'est du perfectionnisme ?...
Je trouve qu'on est vraiment loin du compte ici. On est juste au début de quelque chose... Nous sommes vraiment loin du compte pour ce qui est des spectacles vivants comme pour le cinéma ou la télévision... C'est très compliqué ! C'est pour cela qu'on doit essayer de faire le mieux qu'on peut. Je suis un artisan... Je me découvre à chaque fois et j'ai toujours eu de grandes difficultés à écrire. Je me souviens quand on était jeunes on mettait parfois plus de deux ans pour écrire une pièce de théâtre. Ça n'a jamais été facile.
Mais aujourd'hui les jeunes ont la facilité de faire sur le plan technique surtout. Est-ce un obstacle pour créer des œuvres profondes et puissantes ?
Les moyens actuels ne nous permettent de faire que les choses qui coûtent un peu moins cher mais pour maîtriser ces techniques, il faut du temps et je m'aperçois que ça nécessite beaucoup d'efforts. Cela dit, il y a des gens qui sont plus à l'aise en travaillant rapidement... Moi, j'ai toujours été un homme très lent.
Où en sont les choses avec votre film «Guirra» ?
Nous sommes en train de terminer la composition de la bande-son et ça, c'est quelque chose d'extrêmement délicat. C'est la colonne vertébrale d'un film. Mon souci principal est de parvenir à faire le meilleur travail possible.
Ce film raconte la conquête d'un groupe islamiste d'un territoire au Kef pour étendre ensuite ses conquêtes. Au début, c'était une pièce de théâtre ?
Oui, au début c'était cela... Et c'est venu suite à une longue discussion avec Ezzeddine Madani sur «Saheb El Himar» dont on a fait une adaptation pour le théâtre en 2012 mais le spectacle a été très mal accueilli. Ennahdha venait de prendre le pouvoir et tout le monde se souvient de cette époque très trouble où ils ont fait des efforts pour changer le projet sociétal du pays. En réponse à cela, on avait écrit ce spectacle. Et comme je pense qu'il y a toujours ce risque, j'ai voulu montrer de l'intérieur comment cela allait se passer et c'est en réalité l'histoire d'un complot. La menace réelle c'est lorsqu'il y a une volonté de transformer la société dans son ensemble, il y a des réactions qui font que petit à petit on creuse de l'intérieur et on essaie d'abattre le projet sociétal. Le film est donc l'histoire d'un complot.
La menace de changer le projet sociétal existe toujours selon vous ?
Je pense qu'il y a toujours ce risque évidemment !
D'aucuns pensent que la culture serait insuffisante pour faire face à une telle menace...
Il ne faut pas désespérer de la culture. C'est un moyen de lutte réel. C'est ce qu'on appelle le «soft power»... je pense qu'on ne réussira pas à faire taire les voix.
La personnalité du Tunisien en général qui est très ouverte peut-elle le sauver du discours obscurantiste et rétrograde ?
En tout cas historiquement nous savons que la lettre de Mohamed Abdelwaheb a rencontré la résistance de la Zitouna. Nous savons qu'il y a des moyens très sérieux pour lutter contre l'obscurantisme et l'esprit guerrier. Nous sommes une société qui se veut civile et elle l'a montré à plusieurs occasions... Bardo a été une démonstration et un moment historique.
Votre engagement politique est-il toujours de mise auprès du parti Nidaa ?
Je me suis engagé au début parce qu'il y avait un sentiment d'urgence. Quand Béji Caïd Essebsi m'a demandé de le soutenir, je me suis engagé mais je ne suis pas un homme de calcul. J'ai fait ce que j'avais à faire mais tout le monde savait autour de moi que je n'avais pas d'ambitions politiques personnelles. Cette histoire s'est conclue pour moi avec l'accession de Nidaa au pouvoir et de Béji au palais de Carthage; après cela, je n'avais plus rien à faire. Je ne me vois pas en train de continuer et je suis revenu à mon travail de création. Cela dit, je n'ai pas d'activité politique.
Votre lecture de la situation politique aujourd'hui ?
Je suis très inquiet ! Ce qui s'est passé aux élections municipales est déjà quelque chose d'inquiétant. Le net recul de Nidaa m'inquiète également mais en même temps je me dis qu'il y a encore de l'espoir du côté de la société civile. Il ne faut pas oublier que les élections législatives et présidentielles sont pour demain, pour ainsi dire ! Je crois qu'il va être nécessaire pour tous ces acteurs politiques de s'interroger sur l'avenir... S'ils se représentent en rangs dispersés, on va se retrouver dans une situation similaire à celle de 2011. Et ça c'est très inquiétant ! Je pense que les gens sont appelés à travailler ensemble pour mettre en place une force qui permette de refaire ce qu'on a déjà fait en 2014. Ça sera nécessaire...


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