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La maladie de la culture
Tribune
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 08 - 2018


Par Mohamed KOUKA
Le problème de la culture dans sa complexité n'est pas seulement circonscrit au ministère de tutelle, d'autres ministères n'en sont pas moins quittes, citons en premier le ministère de l'Education, celui de la Jeunesse, le ministère de la Femme, etc. Mais le ministère de la Culture est tenu de sortir de son dilettantisme chronique pour tracer la voie, proposer une vision, élaborer une stratégie concrète. Choisir entre occuper le temps libre ou remplir le temps vide !
Que veut-on signifier par le terme «culture» ? Les acceptions du mot sont assez nombreuses ; il se prend en plusieurs sens. Entre ces divers sens, le rapport n'est pas simple, ni sans ambiguïté. Cependant, il ne revient pas à cet article de démêler l'écheveau. Dans un sens qu'on pourra dire ontologique, «la culture» recouvre tout ce par quoi l'existence humaine apparaît comme s'élevant au-dessus de la pure animalité, et plus généralement, à travers elle au- dessus de la simple nature.
On peut remonter, à travers le processus culturel universel jusqu'à Platon, pour trouver, suite à une évocation mythologique, une définition concrète de la culture dans le mythe de Protagoras, tiré du dialogue du même nom. De quoi s'agit-il ? Dans l'Olympe, terminée la guerre des dieux, pour se désennuyer, les dieux décident de créer les mortels. Zeus charge les dieux Titans, Prométhée — celui qui réfléchit avant — et son frère Epiméthée — celui qui réfléchit après (en clair le crétin) — de répartir les différentes capacités entre les différents vivants. Il a obtenu de Prométhée de faire le travail, s'attachant tout d'abord à préserver chaque espèce de la destruction réciproque en maintenant un équilibre dans la répartition qu'il opère : il donne aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force et ainsi de suite...
Il répartit ensuite l'équipement naturel qui les protège des rigueurs du climat, puis les modes d'alimentation et les taux de natalité en vue de préserver chaque espèce. Mais l'homme, oublié du partage d'Epiméthée, reste démuni, dépourvu de moyens de défense et de subsistance, sans protection face aux dangers de toute nature. Prométhée, constatant la bourde de son frère, vole alors chez les dieux le savoir technique d'Héphaïstos le dieu forgeron et d'Athéna, ainsi que le feu, qui permet de le maîtriser et d'en user et les donne aux humains en détresse. L'homme apparaît, donc, originairement dépourvu de nature.
Nul don initial positif pour l'homme. C'est parce que l'homme est essentiellement un produit de la culture, de l'histoire, de l'éducation, de la société qu'il est différent de l'animal. Il s'en distingue par sa faculté d'acquérir. Ce qui différencie de façon irrécusable l'homme de l'animal est que seul l'homme est perfectible. L'animal est régi par l'instinct ; il «est au bout de quelques mois ce qu'il sera toute sa vie et son espèce au bout de mille ans ce qu'elle était la première année de ces mille ans», observe Jean Jacques Rousseau, un des plus grands philosophes du siècle des Lumières. Il n'existe pas d'essence permanente de l'homme. L'homme est une création de l'homme. Mais fondamentalement ce qui définit l'homme chez Rousseau, c'est la liberté.
Où veux-je en venir avec ce préambule ?
A ceci : il n'existe pas d'essence permanente de l'homme. L'homme est un produit de la culture. Ce que nous attribuons à la nature humaine, langage, passions, existence politique, etc. est le résultat d'une histoire, d'une évolution, d'une liberté. Nous sommes ce que le culturel fait de nous. La culture n'est donc pas un simple supplément d'âme. Une parure pour embellir le quotidien. C'est bien plus grave que cela... un malentendu subsiste depuis des années, depuis l'ère Ben Ali et la série de ministres de la Culture qui avaient servi et non moins sévi sous son mandat ; ces ministres en étaient venus à identifier divertissement et culture, poussés en cela par les derniers responsables du comité culturel national de l'époque qui — à titre d'exemple — avaient transformé un aussi prestigieux festival international comme celui de Carthage en un café chantant à ciel ouvert, déboursant des sommes folles de dinars (argent public, faut-il le rappeler), pour programmer des starlettes venues du Croissant fertile, confondant pur divertissement et culture, bref, la promotion du divertissement au rang de culture.
Depuis un certain 14 janvier 2011, le pays a changé de paradigme institutionnel, mais l'ancienne politique pseudo-culturelle perdure. Il y a même aggravation de la situation générale avec la diminution du budget de la culture, et là je vais peut-être étonner quelques- uns...Oui je ne vois pas d'inconvénient à cette diminution si c'est principalement pour payer les gros cachets des starlettes orientales au détriment de la création et du labeur artistique tunisien. Et c'est ce qui se passe réellement.
Dans certains pays d'Europe occidentale dits capitalistes, pratiquant un libéralisme à toute épreuve, les festivals publics financés par l'argent public ne programment jamais pour leurs publics des soirées de galas avec des stars de la variété. On n'imagine pas Céline Dion à l'affiche du festival d'Avignon payée avec l'argent public. Ou le festival d'Edimbourg programmer Beyoncé. Cela n'effleure même pas l'esprit des responsables de ces festivals. C'est pareil pour Berlin, Milan, Rome ou Vienne. Les galas sont affaires de gros sous, de profits de bénéfices, de producteurs privés et d'impresarii. Ces galas à gros sous ne sont pas l'affaire du ministère de la Culture qui doit gérer l'argent public à bon escient. Cette gestion doit s'inquiéter, principe, du devenir des actions culturelles difficiles sur le terrain de la création authentique... Qu'est-ce que cela veut dire ? Je dois d'abord rappeler qu'à l'aube de l'Indépendance, lors d'une partie de mon adolescence et une large part de ma jeunesse, le pays était quadrillé par feu les ‘maisons du peuple', « dour echaab » disparus depuis, les maisons de jeunes, les maisons de la culture. Les associations scolaires de la jeunesse et le scoutisme étaient triomphants. L'espace social était débordant d'activités culturelles et paraculturelles.
Mais qu'en est-il aujourd'hui ?
Cet ancien bel héritage disparu, une option a vu le jour sous l'ère Ben Ali, fabriquée avec la complicité active de ses ministres de la Culture, qui avaient privilégié la variété et le pur amusement au détriment de l'esprit et de l'intelligence afin de plaire à l'oligarchie de l'époque. Nous avons eu alors un ministère de la Culture dont la fonction administrative est très pesante mais simple. Il gère quelques festivals plus ou moins importants, en plus de quelques directions de service pour régir les affaires du théâtre, du cinéma, de la musique, puis basta ou à peu près. Vous avez là, résumée, la structure vertébrale bureaucratique, qui fait tourner la machine ! C'est exactement le même mode de fonctionnement d'il y a trente ans qui perdure, la même technique. Révolution ou pas révolution.
Les choses continuent de fonctionner au sein du ministère de la Culture comme si l'histoire s'était arrêtée. Le glissement consistant à considérer la variété et les formes du divertissement voisines comme ‘culture' s'est même aggravé. La mondialisation de la technologie médiatique complique la tâche. Nous ne nous y sommes même pas préparés. Nous nous enfonçons davantage dans l'insignifiance la plus radicale, nous assistons à la liquidation du sens. Notre ministère n'a pas l'air de s'en soucier. Ce que le philosophe allemand Heidegger avait nommé, à juste titre, la victoire absolue du «monde de la technique», un univers dans lequel les fins disparaissent au profit des seuls moyens. C'est le royaume de l'insignifiance.
La révolution technoscientifique nous fait entrer dans un univers artificiel où le bruit de la communication illimitée se substitue à l'épaisseur physique de la matière. L'automatisme numérique est en passe de s'étendre jusqu'au domaine de la subjectivité ; la réalité virtuelle se substitue chaque jour davantage au réel et la mobilité sans frein a complètement transformé notre appréhension du temps et de l'espace. Dans une société encore sous-développée comme la nôtre, cette technicisation a aggravé la superstition et l'obscurantisme. FaceBook croule sous les « sms » délirants que les ‘croyants' envoient directement à Dieu pour implorer Sa miséricorde. (Interdiction de sourire). L'irrationnel s'en tire victorieux. Situation aggravée par le vide culturel, l'absence d'une stratégie culturelle, défaillance d'un discours rationnel, pour remédier à cette situation d'indigence intellectuelle désastreuse qui laisse le champ libre aux faux dévots, aux charlatans, et autres frères musulmans d'induire en erreur de pauvres innocents égarés, et un grand nombre de jeunes désœuvrés, désappointés .
Si nous prêtons attention un tant soit peu au monde qui nous entoure, nous verrons partout cette tendance à nourrir une sensualité insatiable par des produits de consommation immédiate, à viser en toutes choses le divertissement. Le triomphe de la variété dans les festivals publics ! Par ailleurs le triomphe de l'image virtuelle et cet attachement addictif des jeunes et même des moins jeunes au Smartphone sans évoquer la misérable dépendance à la télévision et ses feuilletons bêtes et niais. L'époque se caractérise par une séparation nette entre la vie subjective et l'intelligence, de sorte que la vie subjective est ramenée à sa vitalité la plus fruste et l'intelligence consignée dans un savoir qui s'est peu à peu coupé de la vie. Qui a perdu sa dimension de Culture.
Dans ce paysage quasiment apocalyptique — il n'y a pas d'autres mots — la quasi-absence du ministère de la Culture laisse songeur. Il faut reconnaître que la tâche n'est pas aisée mais encore faut-il l'assumer ! Le problème de la culture, dans sa complexité, n'est pas seulement circonscrit au ministère de tutelle, d'autres ministères n'en sont pas moins quittes, citons en premier le ministère de l'Education, celui de la Jeunesse, le ministère de la Femme, etc. Mais le ministère de la Culture est tenu de sortir de son dilettantisme chronique pour tracer la voie, proposer une vision, élaborer une stratégie concrète. Choisir entre occuper le temps libre ou remplir le temps vide !
La culture vivante
Il s'agit ici de culture vivante : c'est-à-dire l'effort des hommes pour donner sens à ce qu'ils font, dans quelque circonstance que ce soit. Cette culture, on ne peut la concevoir qu'en termes de rapports humains au sein de nos cités et dans nos quartiers. Il s'agit de fournir à une population différents moyens de se rencontrer en dehors de festivals et des galas de variétés ; ce qui ne les exclut pas bien évidemment. Il s'agit d'inciter les citoyens de prendre conscience d'eux-mêmes, de se concevoir dans leur complexité de se confronter à eux-mêmes, de se rencontrer, de s'appuyer sur l'ensemble de leurs dimensions pour progresser effectivement au niveau de chacune d'elle.
Ainsi, l'action culturelle doit être faite de toute tentative de contribution à l'existence politique de la cité. Le propos de l'action culturelle est de susciter les consciences et de les aider à prendre en charge dans toute la complexité de leur vécu. Sachant que l'homme est une exigence de sens, la culture, c'est très précisément ce partage de sens, ce qui permet d'acquérir des prises sur le monde. De se construire, de se perfectionner. De ne plus avoir peur. D'être libre. De vivre selon la raison enfin. A cet égard ce qu'on appelle l'élite, les gens dits «cultivés» ne sont guère mieux lotis que les autres, préoccupés qu'ils sont à cajoler leurs connaissances acquises avec un narcissisme à toute épreuve. Ils croient détenir le secret de la pierre philosophale. La culture ne se réduit pas à une instruction fondée sur un ‘savoir objectif' qui serait détaché de soi. Elle n'a rien à voir avec une simple érudition objective.
La culture se reconnaît dans toutes les formes à travers le bouleversement intérieur qu'elle rencontre en chacun de nous au sein même de sa propre subjectivité et dans l'éclat de son intelligence. Qu'est-ce que désigne en effet le terme «culture» ? Culture désigne l'auto-transformation de la vie, le mouvement par lequel elle ne cesse de se modifier soi-même, afin de parvenir à des formes de réalisation et d'accomplissement plus haute afin de l'accroître. Mais l'élite est nécessaire, n'est-ce-pas, comme aiguillon, dans le meilleur des cas. J'ai pu rencontrer dernièrement quelques représentants de cette dite élite afin d'échanger, de débattre et de s'interroger sur l'état de désarroi dans lequel vit le pays. Pour comprendre. J'avoue ma déception. L'élite est à l'image du pays, je n'en dirais pas plus... Mais cela confirme la rationalité du réel.


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