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Quand le désordre entraîne l'anarchie
Dispositifs de sécurité dans les stades
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2002

Tout ce qui figure dans ce dossier confirme le renforcement d'un esprit permissif qui gagne notre société et qui prend de l'ampleur. On ne peut rester les bras croisés et attendre la catastrophe qui s'annonce. Il y va de la sécurité de toutes les parties prenantes du sport, à tous les niveaux.
Vaste chantier que cette sécurité que l'on doit assurer aussi bien pour le pratiquant que pour le public comme pour les autres parties prenantes du sport de compétition ou de loisirs.
Au sein des pays développés, il y a des lois strictes qui régissent cette question de sécurité et en consultant ces lois et réglementations en vigueur, tout y est soigneusement consigné.
Les pratiquants ont leurs droits, les organisateurs (qui ne sont pas des agents de police) ont les leurs et le public qui bénéficie également de textes clairs et précis où son accueil, la qualité de cet accueil et les prestations minimums sont assurés.
Si nous considérons que la sécurité se limite à une affaire de service d'ordre et de police, nous allons droit dans le mur. La sécurité, dans n'importe quel domaine, est avant tout une question de conscience qui anime, motive, conseille et éveille l'aspect positif et les réflexes de bon sens qui se trouvent en chacun de nous.
Reflet de la société
C'est d'abord une question de milieu ambiant. C'est ensuite une question de comportement de société qui rejaillit dans les choix que fait cette société.
Pour être plus explicite, posons-nous une simple question : avec l'avènement des moyens de communication, avons-nous agi de manière positive pour exalter cette liberté et cette démocratie conquises de haute lutte ?
Pour y répondre, commençons par voir quelques titres qui barrent les pages d'un certain nombre de médias :
-La consommation de drogue dans le milieu scolaire est en progression. Trente et un pour cent des élèves interrogés (entre 15 et 17 ans) ont avoué avoir consommé, au moins une fois, de la drogue, sous différentes formes. La consommation a doublé en l'espace de trois ans.
-Arrestation de cinq individus, dont trois élèves, à la suite d'une attaque dirigée contre une école. Des dégâts importants ont été enregistrés.
-Des élèves ont attaqué à l'aide de cocktails Molotov un établissement scolaire, causant d'énormes dégâts.
-Il poignarde et tue son frère de deux coups de poignard.
-La maman gifle un enseignant et le père l'agresse sauvagement.
-Navrant spectacle de représentants de la nation qui se décochent des noms d'oiseaux en public et confondent liberté d'expression et vulgarité.
Si nous y ajoutons un arbitre évacué sur une civière parce qu'il a été « caillassé » ou un gamin qui perd la vie pour avoir été au stade, la boucle est bouclée.
Nous pouvons continuer à énumérer ce genre de nouvelles qui apparaissent dans les premières pages des journaux au point de se demander si les parents peuvent, de nos jours, ramener à la maison un journal où fleurissent des titres pareils et quoi répondre si un enfant vous demande s'il est possible de tuer son frère, ou qu'est-ce que c'est qu'une drogue et s'il lui est permis d'en goûter.
Des fondamentaux qui s'effritent
Voilà campé le décor dans lequel nous vivons depuis au moins sept à huit ans. Il n'y a pas donc de surprise. Notre société est en train de s'effriter sous nos yeux. Ni les éducateurs préoccupés par leur situation personnelle, ni les élèves qui, par les temps qui courent, passent plus de temps dans la rue qu'en salle de classe, ni les parents souvent débordés et complètement dépassés n'y peuvent rien. Une lame de fond semble emporter tout ce que bien des générations ont mis en place. Tout concourt, pour le moment, à ce que cette descente aux enfers aboutisse. A moins d'y mettre fin en revenant aux fondamentaux. Mais cette reprise en main ne saura réussir qu'au prix d'un grand effort qui viendrait réimposer cette rigueur perdue et ce respect devenu la qualité la moins partagée.
Qui sait actuellement ce qui se passe dans un club sportif avec des présidents qui menacent tous les jours de démissionner. Les pratiquants, surtout les jeunes, sont-ils protégés ? Subissent-ils des visites médicales ? Possèdent-ils une fiche qui, en principe, devrait les accompagner tout au long de leur carrière ?
Le sport en toute sécurité
En France, il y a ce qu'on appelle les « règles d'or » pour faire du sport en toute sécurité :
Ces règles d'or sont édictées par le Club des cardiologues du sport. Elles consistent à faire attention à sa santé, à respecter certaines consignes simples et de bon sens, à surveiller les signaux anormaux et à ne pas hésiter à aller consulter son médecin traitant.
Le pratiquant est tenu de signaler à son médecin toute douleur dans la poitrine ou tout essoufflement anormal survenant à l'effort. A signaler toute palpitation cardiaque survenant à l'effort ou juste après l'effort ou tout malaise. Il doit s'astreindre à un échauffement et une récupération de 10 mn lors de ses activités sportives. Il doit boire 3 ou 4 gorgées d'eau toutes les 30 mn d'exercice à l'entraînement comme en compétition. Le pratiquant est tenu de surveiller les activités intenses par des températures extérieures en dessous de -5°C ou au-dessus de +30°C et lors des pics de pollution. Il s'engage à ne pas fumer dans les 2 heures qui précédent ou qui suivent la pratique d'une activité sportive, à ne pas consommer de substances dopantes à éviter l'automédication en général. Il évite de faire du sport intense s'il a de la fièvre. De subir un bilan médical avant de reprendre une activité sportive s'il a plus de 35 ans pour les hommes et de 45 ans pour les femmes.
Une forte pression
Les compétitions de football sont soumises à de fortes pressions. Les tentations sont énormes et aucune disposition de contrôle antidopage n'est prise. Comment protéger les joueurs ?
Nous avons tenu à donner cet exemple pour démontrer que la pratique du sport est une responsabilité à assumer par les différentes parties prenantes. Qui en tient compte chez nous ?
Dernièrement, le MJS et la FTF se sont engagés à contribuer à l'achat d'appareils à mettre à la disposition des équipes. C'est bien, mais pour quelles sections ? Les jeunes en profiteront-ils ?
La sécurité c'est aussi la qualité des installations sportives destinées aussi bien aux entraînements qu'aux compétitions. Nous savons que nos installations, faute d'entretien, tombent en déliquescence. D'où des accidents et des incidents enregistrés chaque semaine. La conception de nos stades n'a pas évolué et le public y rentre comme dans une écurie (excusez le terme). Il n'y a pas d'eau, de buvette. Les blocs sanitaires sont dans un état lamentable.
Est-il nécessaire de rappeler l'état des gradins, des orifices ou vomitoires qui permettent d'évacuer le public de façon normale ou en cas de sinistre. Il y a toujours une porte fermée lorsqu'elle devrait être ouverte et ouverte lorsqu'elle devrait être fermée. La clé est toujours quelque part et personne ne sait où elle est.
La qualité des installations
Nous connaissons les répercussions de ces handicaps, de cette promiscuité coupable.
En effet, au niveau des installations d'entraînement, les choses sont pires.
A titre d'exemple, une « salle » a été aménagée dans des vestiaires à l'école normale supérieure d'éducation physique de Kassar Saïd. (Nous y reviendrons !)
Comment peut-on assurer la sécurité des pratiquants si les équipements de sport et les agrès ne sont pas conformes aux directives et aux normes. Les risques d'accidents sportifs sont les plus faibles lorsqu'il y a des équipements de protection. Qui en possède ?
Quant à l'organisation, elle demeure le dernier souci de ceux qui en devraient être responsables : les clubs qui s'en remettent au seul service d'ordre alors que ce n'est point son rôle.
Cela nous rappelle cet animateur de TV qui dandinait de la tête lorsqu'un de ses invités a soulevé le cas des « stadiers ». Il n'était pas convaincu, parce qu'il donnait tout simplement l'impression qu'il ne savait même pas de quoi il s'agissait.
Dans tous les pays du monde évolué on a recours à ce corps formé pour l'organisation.
On en a parlé chez nous, mais juste pour siroter du thé et grignoter des petits fours.
Et c'est le service d'ordre qui reste confronté au public. Jusqu'à quand ?
Le MJS et la FTF doivent réagir.
Voilà ce que nous relevons dans la réglementation régissant l'organisation en France :
« La sécurité de la manifestation sportive relève avant tout de l'organisateur de la manifestation qui doit assurer la sécurité tant des sportifs que des spectateurs. Dans ce cadre, il doit respecter la réglementation relative aux équipements sportifs et veiller aux démarches d'homologation de l'enceinte sportive. Il lui appartient également de se conformer aux règles relatives à la notion d'établissement recevant du public et aux règles édictées par sa propre fédération. L'organisateur doit souscrire une assurance couvrant sa responsabilité civile, celle de ses préposés ainsi que celle des pratiquants ».
Le rôle de la police est bien ailleurs.
De toutes les façons, le « tout répressif » a été essayé partout dans le monde et cela n'a rien donné. Des jeunes menottés ou gardés à vue, c'est dépassé. On a recours à des moyens plus pédagogiques. Il faut dialoguer et même responsabiliser les meneurs.
De toute évidence, personne ne comprendra que pour promouvoir un match national ou international on montre des gradins enflammés mais on sanctionne les publics qui utilisent des fumigènes.
Au vu de la situation qui règne, ce dossier est très important. Il mérite réflexion et non pas seulement une réunion pour créer des commissions chargées de l'enfouir dix pieds sous terre.
Tout ce qui figure dans ce dossier confirme le renforcement d'un esprit permissif qui gagne notre société et qui prend de l'ampleur. On ne peut rester les bras croisés et attendre la catastrophe qui s'annonce. Il y va de la sécurité de toutes les parties prenantes du sport, à tous les niveaux.


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