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L'univers dans une avenue
La Presse Lettres, Arts et Pensée : Rétro sur la 23e édition des JCC
Publié dans La Presse de Tunisie le 05 - 11 - 2010

On considère les Journées cinématographiques de Carthage de plusieurs façons. Pour certains, c'est une excellente aubaine pour voyager. Quoi de plus opportun que la section «Cinémas du monde», Gros plan et Aspects de tel ou tel cinéma, ou les hommages à telle ou telle filmographie ? Cela permet de bien vastes détours, d'arpenter les immensités de l'imaginaire universel tout en restant sur place. Et pour bien des cinéphiles, c'est ce qui importe le plus dans les Journées. Il se trouve même qu'ils ont bien souvent raison.
La 23e session a baissé ses rideaux. Restent les souvenirs. Bribes d'émotions, contentements, déceptions. Dans tous les cas de figure, les JCC ne démentent point leur vocation affective intense.
Cette année, l'offre a été particulièrement généreuse. Tellement généreuse qu'elle a tôt fait de compenser certaines prestations plutôt falotes et indigestes, du côté de nos films nationaux surtout. On a eu droit, y compris ceux retenus pour la compétition officielle des longs et courts métrages, à quelque cent cinquante films étrangers.
Pour une aubaine, c'en est bien une.
Ces films se déclinaient sous plusieurs casquettes : Cinémas du monde, Aspects du cinéma mexicain contemporain, Gros plan sur le cinéma d'Afrique du Sud, Cinémas des pays de l'ex-Yougoslavie, Hommages à Sotigui Kouyate, Rachid Bouchareb, Hiam Abbas, l'Univers de Ghassan Salhab…
Pour bien des vieux routiers des JCC, la 23e session affichait un maintien plutôt honorable. Tout cet univers dans une avenue centrale et quelques rues de traverse. Il faut le faire.
Quantitativement, il y avait la promesse de ne point rester sur sa faim. Reste le qualitatif. Ce qui importe le plus en somme. On daigne bien regarder tel film dans une salle de projection qui n'en est pas une en fait. Tout comme il arrive qu'un bon mets excuse une mauvaise présentation.
La palme de l'ennui
A tout seigneur tout honneur, le film thaïlandais Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, palme d'Or du festival de Cannes 2010, était particulièrement couru. En mai dernier, souscrivant à la psychanalyse de bambou, Le Figaro avait titre «La palme de l'ennui». Et, tout compte fait, Le Figaro avait raison.
Des goûts et des couleurs, on ne discute pas, dit-on. Soit. Mais là, on n'est ni dans la palette du goût et encore moins dans celle des couleurs. Le film est particulièrement hermétique, ésotérique, sombre. Un homme vit retiré dans son domaine apicole dans la jungle thaïlandaise. Il assiste à l'apparition du fantôme de sa femme défunte et de celui de son fils, perdu depuis des années, sous une forme inhumaine. Il sent que sa fin est proche. Il se souvient alors de ses vies antérieures et fait une projection dans le futur.
Nous voilà partis pour deux bonnes heures de fantasmagories lentes à en bâiller d'ennui. Le réalisateur, Apichatpong Weerasethakul, est le chef de file du cinéma expérimental thaïlandais. Il a voulu, à 40 ans, filmer une espèce d'odyssée spirituelle au pays de la réincarnation. Cela a débouché sur un mouroir esthétique (qattel) couronné d'une palme de plomb. Pourquoi diable le prestigieux jury de Cannes lui a-t-il attribué la Palme d'or ? On a beau chercher une raison logique, il n'en est point une qui tienne la route.
Pour certains, les Français ayant abondamment financé ledit film, il fallait bien le récompenser à Cannes. Pour d'autres, ce type de divagations grimées en art serait la tasse de thé de Tim Burton, président du jury du festival de Cannes 2010. D'autres font valoir que le cinéma du XXIe siècle a changé de forme et de contenu et Oncle Boonmee en serait le signe avant-coureur.
Quelle qu'en soit l'explication, elle ne saurait élucider le mystère et du film et de son surprenant sacre à Cannes.
Mais bon, il faut de tout pour faire un tiers-monde, se dit-on à part soi. Cannes n'est pas Carthage. Assurément. Et les JCC ont le mérite de présenter une large gamme de propositions esthétiques et d'approches cinématographiques.
Hors-la-loi, le clou des JCC
D'ailleurs, il y a bien eu les excellents films de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi en prime. Ce film était bien le clou des JCC 2010. Film de l'identité et de la mémoire, film politique, film dérangeant, Hors-la-loi n'a pas fini de défrayer la chronique, en Hexagone plus qu'ailleurs. Il remue le scalpel dans des plaies encore ouvertes, béantes comme un grand mystère. Et il s'agit bien d'une douloureuse histoire de familles dont on n'arrive ni à faire le deuil, ni à en exorciser les démons têtus et récalcitrants.
Une histoire qui taraude et exaspère, opposant les deux rives de la Méditerranée. On l'évite délibérément, la confinant sous la lourde chape de plomb de l'oubli coupable.
Et de ce fait même, on n'en finit guère de l'évoquer inconsciemment, dans l'appréhension et la crispation propres à un univers feutré, chargé d'appréhensions biaisées et de préventions suspectes.
Rachid Bouchareb ose. Il défonce les illusoires murailles de la fausse conscience. «Les choses vont se régler et les relations (entre la France et l'Algérie) vont aller plus loin quand le passé colonial sera évoqué, complètement évoqué, et que tout sera dit», a-t-il notamment affirmé dans une interview. Son film est très bien charpenté, excellemment servi par une grande prestation d'acteurs, Sami Bouagila, Bernard Blancan, Jamel Debbouze, Roschdy Zem…Il a été tourné en Tunisie (producteur Tarak Ben Ammar), moyennant la participation de 10.000 personnes au total. Les décors et le topo du Paris des années 40, 50 et 60 du XXe siècle y ont été fidèlement reconstitués. Une occasion de se dire que notre pays est bien capable de créer des superproductions hollywoodiennes, pour peu qu'on s'en avise. Comme l'a rêvé et agréablement «fauté» Tarak Ben Ammar.
Hors-la-loi a été hué et chahuté à Cannes. Il a eu tous les honneurs à Carthage. «La Corrèze plutôt que le Zambèze», martelait le journaliste français Raymond Cartier qui préconisait l'abandon de toute aide française aux anciennes colonies françaises en route vers l'indépendance. «Carthage plutôt que Cannes», serait-on tenté de rétorquer à des décennies d'intervalle. Chacun privilégie les saints patrons de son pays (koll wahid yadhreb ala soullah bladou). C'est de bonne guerre au bout du compte. Proverbe pour proverbe, il n'y a guère mieux que tes cils pour te pleurer et tes propres ongles pour te lacérer (de douleur).
Parce que le cinéma exprime aussi les pleurs et les douleurs. Agréablement.


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