Ne pas se référer aux slogans pompeux tels que proposés par les banderoles, mais agir sur les consciences par une démarche participative via une véritable politique sportive de proximité L'attente aura été longue pour les amateurs du ballon rond, sevrés de football, pour la bonne cause et pour les bonnes raisons cela dit. La révolution tunisienne est passée par là, libérant le pays du joug de l'absolutisme, alors que, forcément, le sport, et précisément le football, a besoin d'un projet de refonte. Pointer du doigt les dysfonctionnements d'une instance fédérale sous influence, contrôler les dépenses faramineuses affectées aux recrutements, moraliser le sport roi du pays et éradiquer le régionalisme qui empêche l'émergence de l'esprit sportif parmi les jeunes et moins jeunes. On ne pourra jamais nier la présence de grandes charges passionnelles chez les supporters tunisiens pour leurs équipes, c'est un fait objectif. Ces supporters, en grande majorité jeunes, émanant de différents horizons culturels, économiques et sociaux, se réunissant autour d'une équipe. A défaut d'adhésion à d'autres espaces d'expression et d'appartenance dédiés aux jeunes (une utopie sous l'ancien régime), de grands clubs militants tels que l'Espérance Sportive de Tunis deviennent non pas un exutoire mais l'unique vecteur d'appartenance à une entité auquel ces jeunes s'identifient. Il ne s'agissait certes pas dans ce cas d'espèce d'instrumentaliser le sport roi tel que perçu dans la sphère des clubs pionniers et doyens du football tunisien mais d'épancher sa soif de revendications légitimes par le canal du football. Ainsi, si le football doit se défendre, se fructifier, conserver et étendre son espace vital, les décideurs avaient quant à eux choisi de contrôler les masses par la démagogie et un pragmatisme au gré des résultats enregistrés sur le terrain. C'est dire que le vent de liberté qui souffle sur notre pays ne peut qu'avoir des retombées positives sur notre football. A commencer par dépoussiérer certains bureaux directeurs, instaurer des règles de bonne conduite au cœur même des exécutifs des clubs, rassembler et instaurer une véritable culture du mérite, loin de toute lutte d'influence... Transposé à l'Esperance, ce grenier historique du football tunisien (chargé d'histoire, de lutte pour l'indépendance et d'émanation de la volonté populaire) constitue et constituera toujours l'un des baromètres sportifs du pays, un public que l'on doit écouter et non pas seulement réprimer lors des grands rassemblement où canaliser une foule par la force n'est qu'une solution de facilité. Il s'avère que l'effet boomerang (voire l'effet pervers) aura été cette surchauffe des gradins telle que vécue lors de certaines rencontres...Qu'à cela ne tienne, cela fait forcément partie du passé, car à l'EST, la conscience civique, la fierté d'appartenir à une nation militante, passe avant les résultats et les titres. C'est à ce juste titre que les yeux des puristes de tous bords seront rivés prochainement sur le public de l'Espérance, véritable levier et locomotive de l'association. Un savant dosage... La stratégie mise en place pour dépassionner le football sans pour autant le dénaturer. Responsabiliser les foules dans une perspective solidaire. Bref, ne pas seulement se référer aux slogans pompeux tels que proposés par les banderoles, mais agir sur les consciences par une démarche participative via une véritable politique sportive de proximité. Les signes avant-coureurs d'une embellie de notre football sont d'ailleurs plus que visibles. Le retour à l'entraînement des favoris du public «sang et or» s'est fait dans une cohésion encourageante. Certes, du point de vue sportif, l'EST restait sur un lourd revers enregistré face à l'Etoile, mais par la suite, comme tout grand club populaire qui se respecte, l'Espérance a laissé passer l'orage et la grogne pour retomber sur ses pieds et préparer convenablement la reprise et gérer certains dossiers urgents. Tout d'abord combler le départ de Michael Eneramo. Le Camerounais Pierre Boya était annoncé, mais finalement, il n'a pas été retenu. C'est finalement l'ex-Etoilé Mehdi Ben Dhiffalah qui a été engagé pour une période d'un an et demi. Idem pour l'entrejeu où l'EST avait un besoin urgent d'une doublure pour Darragi. Dans cette optique, Khaled Mouelhi, expatrié en Norvège ces dernières années, a rallié le Parc B. Sur le front de l'attaque, Saber Khalifa a été cédé a Ahly Benghazi, et ce, en raison de l'affaire «Evian» et de la volonté du joueur de quitter le giron du Parc B sans autorisation de son club. Ce départ prouve que l'on ne badine pas avec la discipline à l'Espérance, quels que soient les enjeux ou la valeur du joueur. Toujours en attaque, le retour de Bouazzi a mis du baume dans le cœur des puristes, alors que l'arrivée de Dramane Traoré constitue à coup sûr la bonne affaire réalisée par l'EST. Associés aux cadres de l'équipe (Darragi, Korbi, Traoui, Msakni, Hicheri...), les éléments nouvellement recrutés (ou de retour de blessure) ne manqueront pas de donner un nouveau souffle à l'équipe, sans compter l'apport des jeunes Mhirsi, Ben Hammoudda et autre Khénissi. Plus bas, en défense, et en dépit de la présence d'axiaux tels que Banana, Ben Mansour, Bachtobji et Hicheri, Wissem Abdi dispose d'une chance pour rebondir et démentir ses détracteurs. Dans le même temps, Derbali et Ghanem ont été cédés à titre de prêt, ce qui rentre dans l'ordre naturel des choses. Réaliser un savant dosage, préserver le vivier du club, ne pas dénaturer l'ossature et le cachet propre de l'équipe et se renforcer selon des postes précis à pourvoir. A l'Espérance, c'est forcément une question de culture, de bonne gestion et d'ambitions sans cesse renouvelées qui cadrent avec l'aura et la dimension d'un club chargé d'histoire.