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Quadrillage, intimidation et répression
Qui est Ben Ali ? (10e partie)
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 02 - 2011

Les médias inféodés au pouvoir évoquent souvent la soi-disant «faiblesse» des partis de l'opposition, légaux et légitimes, comme Ettajdid, le PDP et le FDTL, qui ne parviennent ni à participer et encore moins à faire bonne figure aux consultations électorales. Ils soulignent aussi leur division et leur incapacité de s'attirer les faveurs des électeurs, mais omettent sciemment d'évoquer, à leur décharge, l'impuissance objective dans laquelle les enferme le pouvoir en multipliant sur leur chemin les obstacles de toutes sortes.
Les autorités recourent en effet à mille et un stratagèmes pour maintenir ces formations dans une situation de fragilité constitutive et de crise permanente. Elles les empêchent d'organiser des meetings populaires et même parfois des réunions internes, en dissuadant les hôteliers de leur louer des salles ou en barrant la route aux militants qui désirent rejoindre les lieux de réunion. Ceux parmi ces militants qui essaient de forcer l'imposant cordon de police mis sur leur chemin sont parfois tabassés et jetés par terre en pleine rue comme de vulgaires malfrats.
Les plus convaincus, qui font preuve de courage et d'abnégation, résistant aux menaces et aux agressions, ne tardent pas à le payer chèrement. Certains perdent leur emploi. D'autres sont mutés inexplicablement dans un poste loin de la capitale. Tous deviennent la cible de tracasseries administratives ou judiciaires. Tous les moyens sont bons, même (et surtout) les plus exécrables, pour leur faire regretter leur adhésion à un parti d'opposition. Bientôt, leur vie et celles de leurs conjoints, enfants ou parents, deviennent un véritable enfer..., comme le note assez juste ment Béatrice Hibou: «L'immixion dans la vie privée de ces opposants réticents à la normalisation politique va plus loin encore puisqu'elle atteint leur entourage, qui le plus souvent n'est pas politisé. Celui-ci peut-être touché par les mêmes mesures de type administratif et économique, mais le plus souvent le châtiment collectif consiste à toucher à l'essence même des relations sociales et de la vie nue. Tout est fait pour que les proches s'éloignent du paria. Et qu'ils s'en éloignent physiquement, socialement et affectivement. On retire la carte d'identité de proches pour les empêcher de faire des visites en prison. Le contrôle administratif ou la fouille des maisons peuvent être étendus à des membres de la famille n'ayant jamais été inculpés, ni arrêtés, ni jugés. Les épouses de détenus ou d'anciens détenus peuvent être contraintes à enlever le foulard et même à divorcer» (‘‘La Force de l'obéissance: économie politique de la répression en Tunisie'', éd. La Découvrte, Paris 2006).
Ces pratiques, banalisées par l'exercice quotidien de la répression policière et administrative, visent surtout, selon Hibou, «la mise à l'écart, l'ostracisme et l'exclusion, la mise à l'épreuve, l'exacerbation du sentiment de vanité de l'engagement politique, et aussi la culpabilisation.»
Les autorités recourent aussi à la méthode connue des services de renseignement qui consiste à infiltrer les partis de l'opposition et les associations réfractaires par une multitude d'éléments chargés d'espionner leurs dirigeants et de susciter en leur sein des querelles internes.
Militants devenus des indicateurs
Parfois, des militants sincères, mais lassés de poursuivre un combat dont ils ne voient plus l'issue, sont captés par ces mêmes services qui parviennent, moyennant menaces ou promesses, par les détourner de leur voie, les débaucher et les transformer en de vulgaires indicateurs de police. Parfois, les éléments retournés sont utilisés pour constituer des groupuscules de soi-disant dissidents, en rupture de ban avec la direction du moment, et provoquer ainsi des scissions au sein du parti en question qui perd son temps et son énergie dans des querelles secondaires.
Autre moyen utilisé par le régime: les procès iniques intentés par des personnes ou des entités qui lui sont inféodées contre les opposants les plus récalcitrants de manière à les condamner au silence et à l'inaction. Ces procès, interminables car toujours renvoyés aux calendes grecques, deviennent une épée de Damoclès au-dessus de la tête de tel ou tel opposant pour l'empêcher de se mobiliser au service de son parti.
Des procès pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles portant atteinte à l'ordre public sont également intentés contre les journaux des partis de l'opposition. Ces procès sont utilisés comme un moyen de pression sur les journaux pour les amener à tempérer leurs critiques à l'endroit du pouvoir de crainte d'être frappé d'interdiction.
La non-attribution des subventions, pourtant prévues par la loi pour aider la presse partisane, et la rétention de la publicité, distribuée par l'Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE) au prorata de l'inféodation des journaux et leur allégeance au régime, affaiblissent l'assise financière des journaux, qui ne peuvent vivre des seules recettes de la vente au numéro. D'autant que ces recettes sont elles-mêmes souvent affectées par les retards de mise en vente en kiosque provoqués par la Sotupresse, société privée spécialisée dans la distribution des journaux et magazines, ainsi que par le ramassage, par les services de police, d'un grand nombre d'exemplaires après leur mise en vente. Ces pratiques détournées, qui permettent au régime de ne pas recourir aux interdictions, très mal vues par ses partenaires occidentaux, aboutissent finalement au même résultat que les interdictions: en perturbant la distribution des journaux de l'opposition, on réduit considérablement leurs audiences et leurs recettes, et ce, faisant, on les condamne à une mort lente.
Méthodes de quadrillage
Les méthodes de répression utilisées par les autorités tunisiennes pour harceler les opposants et les militants des droits de l'homme sont détaillées dans les rapports afférents publiés, à intervalle régulier, par les organisations internationales comme Amnesty International ou la Fédération internationales des droits de l'homme (FIDH), ou même par le département d'Etat américain et la Commission européenne. Parmi ces méthodes qui constituent des obstacles rédhibitoires au fonctionnement quotidien des partis et des associations non inféodés au régime, on pourrait citer le harcèlement administratif et/ou judiciaire, les menaces proférées au téléphone par des personnes anonymes, les agressions physiques et morales, les coupures ou les écoutes téléphoniques, l'impossibilité de louer des locaux (du fait de pressions sur les éventuels propriétaires), l'encerclement des lieux de rencontre, le cambriolage dans les bureaux professionnels et privés, le vol des données personnelle, les convocations régulières dans les commissariats ou au ministère de l'Intérieur, l'assignation à résidence, l'empêchement de circuler librement à l'intérieur du pays, le refus de délivrance du passeport ou son retrait, le contrôle du courrier (et du courriel) personnel, la limitation de l'accès au réseau Internet, le tarissement des sources de revenus et l'impossibilité de participer à des réseaux internationaux, souvent les seuls à permettre un certain financement, et, enfin, l'organisation de campagnes tendancieuses et diffamatoires dans la presse de caniveau, qui pratique la diffamation à l'encontre des opposants dans une totale impunité.
«Les pratiques policières sont donc réelles et pernicieuses dans leur effet d'intimidation, de diffusion de la peur et de violence physique», note à ce propos Hibou. Qui détaille, dans son ouvrage, les méthodes de quadrillage policier utilisées par le régime, à travers divers corps administratifs et sociaux, notamment:
- la police, omniprésente et omnisciente, avec ses innombrables corps et sa cohorte d'indicateurs, «supérieure à tous les autres pouvoirs, qui est là pour faire respecter la loi mais surtout pour imposer sa propre loi, bénéficiant d'une totale impunité et pouvant, à tout moment, exercer son pouvoir par la violence» (Hibou), une police dont le ratio varie, selon les chiffres avancés par les diverses sources, de 1/67 (1 policier pour 67 habitants) à 1/112, «alors qu'en France, pays le plus policier d'Europe, il est de 1/265 et au Royaume-Uni de 1/380» (Hibou) ;
- les cellules du RCD (7.500 locales et 2.200 professionnelles) et les comités de quartier (plus de 5.000 dans tout le pays regroupant plus de 35.000 volontaires), «qui se sont transformés en rouages essentiels de la lutte contre l'islamisme – et dans une moindre mesure contre l'extrême gauche et l'opposition en général – en œuvrant comme agents de l'administration policière, en maniant aussi avec insistance et souvent sans grande finesse les registres du chantage, de l'intimidation, de la menace physique et surtout de l'avertissement social, économique et financier» (Hibou). Selon l'universitaire américaine Celina Braun, citée par Hibou, Ben Ali avait souhaité financer les 3.000 comités de quartier grâce aux fonds de l'USAID (agence d'aide américaine au développement), mais cette dernière a refusé, le Département d'Etat ayant compris qu'il s'agissait de structures de contrôle de la population ;
- les organisations nationales, les associations affidées au RCD ou émargeant au ministère de l'Intérieur, les indicateurs officiels (salariés du ministère de l'Intérieur) et officieux, pratiquant la délation contre quelques avantages matériels ou relationnels, passe-droit ou privilèges, les omdas et délégués représentant l'administration déconcentrée, les assistantes sociales dépendant de l'administration centrale, les syndics, les gardiens d'immeubles, et les divers autres acteurs individuels ou représentants d'institutions, qui participent au quadrillage policier de la société en portant un regard ordonné sur elle et en relayant, à l'échelle locale, les ordres émanant du système répressif central.
Au regard de ce système implacable de surveillance et de répression, l'un des plus sophistiqués mis en œuvre après la chute des régimes communistes en Europe de l'Est, la marge de manœuvre des opposants – les vrais, et non les fantoches payés par les services pour jouer ce rôle – se trouve très réduite.
(A suivre)
(Source, Ben Ali le ripou de Aly Zmerli)


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