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Repartir du bon pied
Enseignement
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 04 - 2011

L'enseignement est, depuis plusieurs années, pris en otage dans le cadre d'agendas de politique politicienne. Il n'a cessé de subir les contrecoups et les interférences liés à ces pratiques. Les répercussions sont vérifiables. Et chacun le constate, aujourd'hui, sans l'ombre d'un doute: les critiques émanant de toutes les parties (enseignants, parents, employeurs…) prouvent que le secteur ne jouit pas de ses pleines capacités.
Certes, le diagnostic est quelque peu sévère. Mais il n'est pas trop tard pour remédier à une situation regrettable qui a fait perdre quelques années à la Tunisie et au peuple. Le plus grand problème qui illustre cet échec éclatant de la politique d'éducation menée jusqu'ici n'est autre que cette armée de diplômés du supérieur sans emploi. L'adéquation entre la formation et l'intégration dans le monde du travail n'a pas été probante.
On a eu beau essayer, «réformes» après «réformes», d'introduire des soi-disant correctifs, rien n'y a fait. Car le mal résidait dans l'absence de vision globale. A savoir mettre en place une politique éducative qui prenne en compte les différents paliers de formation en veillant à assurer une évolution conforme aux plans économiques.
Absence de vision claire
C'est ainsi que nous avons tous assisté, interloqués, aux décisions et contre-décisions dans l'enseignement primaire. Chaque année les parents apprenaient une chose et son contraire. On cite pour exemple l'examen régional en quatrième année avec la valse hésitation de suppression-rétablissement-suppression. L'annonce précipitée du retour du carnet scolaire puis son report pour l'année suivante, le flou qui entoure le statut de l'examen/concours de «sixième» sont autant d'indices qui montrent qu'il n'y a pas une vision claire.
Le phénomène du redoublement, par exemple, est alarmant au niveau du second degré de l'enseignement de base. Il se situe autour de 16,6 %. Le profil de ces élèves est, d'ailleurs, très étonnant. Ils réussissent, en «sixième» avec des moyennes de 16 et 17/20 ou plus et n'arrivent même pas à obtenir un 10/20 en septième année !
Toujours à ce niveau de l'enseignement on n'a pas encore tranché sur le devenir du diplôme de neuvième année. Instauré d'abord comme une étape obligatoire pour le passage dans le secondaire, il est devenu, quelques années après, facultatif. Son existence n'a aucun sens aujourd'hui. Sinon pour ceux qui veulent être admis dans un lycée pilote.
L'autre volet a trait à l'orientation scolaire. Depuis des années on a tout essayé : orientation en deuxième année secondaire puis une pré-orientation en première année suivie de l'orientation définitive en deuxième. Mais ce n'est pas fini puisque les élèves ont la possibilité d'une réorientation en… troisième année ! A première vue, le système semble attrayant et donne l'impression qu'il offre à l'élève une grande part de liberté. Il n'en est rien. Beaucoup d'enseignants voient que cette durée (trois ans) est de nature à perturber les intéressés. D'autant plus qu'après le Bac ils vont retomber dans le même dilemme de l'orientation et de la réorientation. Ce semblant de liberté qu'on prétend donner à l'apprenant est à double tranchant. Le message est clair : s'il y a échec après, il ne peut être imputé qu'à la personne et non au système.
Participation effective des compétences
L'examen du Bac ne déroge pas à la règle puisqu'il jouit de moins en moins de crédibilité. Le taux de réussite qui ne cesse d'augmenter ne signifie pas nécessairement que c'est le niveau d'apprentissage qui monte. En dix ans ce taux a gagné près de 20 points pour atteindre, en juin 2010, 69,2%. Cette année, aussi, les projections font état d'un taux semblable. On prévoit la réussite de 80.000 candidats sur plus de 130.000.
Ces effectifs qui proviennent du secondaire viennent grossir les rangs des centaines de milliers d'étudiants qui, à leur tour, fourniront la grande masse des diplômés-chômeurs. Et le cycle n'est pas prêt de finir si des mesures vraiment énergiques et courageuses ne sont pas prises.
Cela demandera une volonté politique sincère et la collaboration des compétences nationales reconnues.
Il est urgent de rompre avec les anciennes méthodes qui excluaient les personnalités et les spécialistes reconnus pour les remplacer par des figurants prêts à souscrire à n'importe quelle politique. Les consultations qu'on organisait pour aboutir à de nouvelles orientations ne se sont jamais adressées aux vrais intervenants. Or ce sont eux qui doivent élaborer les programmes et tracer les grandes lignes à suivre. Ce sont eux qui sont capables de connaître les vrais besoins et, par conséquent, de trouver les solutions appropriées. Une politique éducative ne se fait pas derrière les bureaux et sans la participation des hommes et femmes qui sont sur le terrain. La coordination doit être, aussi, très étroite entre les trois grandes étapes de l'opération d'enseignement (du primaire au supérieur en passant par le secondaire).
Le travail est de longue haleine; mais il prendra le temps qu'il faudra.


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