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C'est l'Alhambra que je pleure aujourd'hui
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 04 - 2011


Par Kahena ABBES*
Ce jour-là, je n'ai pas saisi le sentiment d'amertume de notre professeur d'arabe lorsqu'elle a interrompu le cours sur la poésie andalouse pour nous raconter les merveilles de l'Alhambra , le monument historique majeur construit à Grenade en Espagne, par les Arabes au cours du 13e siècle.
Le fameux palais mythique dont l'architecture fut planifiée au gré du mouvement solaire, d'où son appellation : la rouge en arabe «Alhambra».
Elle nous racontait qu'en visitant le palais en compagnie d'un groupe de touristes, une émotion l'a envahie et l'a poussée à s'isoler dans un coin, car l'envie irrésistible de pleurer l'a prise subitement : l'effet d'assister au prestige et à la gloire de la culture arabo musulmane révolue, en comparaison de sa décadence actuelle.
J'étais lycéenne à l'époque, je ne pouvais pas comprendre l'intensité de son émotion ni la signification profonde de son message.
Plus tard, j'ai été étonnée d'écouter, ce même témoignage raconté par plusieurs personnes aussi différentes les unes des autres. Elles disaient qu'elles ressentaient le même trouble profond, en visitant ce monument.
L'architecture de l'Alhambra retrace l'itinéraire du mouvement solaire, en permettant à la lumière de s'infiltrer à chaque moment de la journée, par ses multiples fenêtres, en fonction de ses orientations. Œuvre géniale et ingénieuse, qui dénote un savoir scientifique, mathématique d'une extrême rigueur, dont on n'a jamais pu explorer tous les secrets jusqu'a nos jours. L'illustre édifice incarne quelque part le reflet du paradis sur terre, dont la représentation symbolique tente d'unir le temporel au spirituel.
Des années ont passé… Ce sont mes lectures qui vont me permettre de découvrir la grandeur de cette culture à travers, Ibn Khaldoun, Ibn Rochd, El Jahedh, Ibn Mokafaâ, les mootazilites , Ibn Arabi et bien d'autres penseurs arabes, ainsi que de grands poètes comme Kais Ibn Moulaeh dénommé Majnoun Leïla, El Hallaj, Omar El Khayyam, El Maâri...Paradoxalement, exception faite du poète El Maâri, tous les autres n'ont pas été enseignés à ma génération ni à celles qui lui ont succédé. C'est ainsi que toute cette phase lumineuse de notre culture leur a été cachée, voilée.
Je me suis aperçue alors que l'œuvre architecturale d'Alhambra n'était pas seulement le produit d'un savoir scientifique rigoureux , elle est aussi le fruit d'une pensée rationnelle , d'une poésie qui a glorifié l'amour , d'une multiplicité d'interprétations du texte coranique qui ont fait émerger des valeurs humaines comme la sagesse, la fraternité, la tolérance, la liberté d'expression et de réflexion.
Le discours islamiste et la pensée libre
Et au-delà de toutes ces valeurs, l'Alhambra était un chant éternel qui célébrait l'amour de la vie dans une ambiance spirituelle.
Aujourd'hui, le discours islamiste semble occulter, cette pensée libre, cette poésie considérée par certains historiens comme étant l'un des piliers de notre patrimoine culturel,pour réduire l'identité arabo musulmane à l'interprétation littérale et stricte du texte coranique, tout en sachant qu'elle ne favorisera ni le progrès de la pensée ni celui de la science, car l'un est étroitement lié à l'autre ?
Pourtant ,c'est cette pensée transmise par Ibn Rochd à l'Occident qui lui a permis de réaliser la renaissance et le progrès technologique.
Doit on considérer l'identité collective d'une nation comme, une constante immuable, définie jusqu'à ses moindres contours et précisions par l'habit des femmes (el khimmar) et par la rigidité de nos traditions (la répartition des rôles entre mari et femmes) au sein de la famille ?
L'Islam a -t-il réellement organisé tous les domaines de la vie sociale et politique ? Quel est le régime politique et économique qu'il a prévu ? S'il n'a prévu que quelques principes de base et quelques règles qui s'accommodaient des spécificités de son époque comment les interpréter aujourd'hui ? Est-ce d'une manière anachronique ou plutôt en les situant dans leur contexte historique ?
Peut-on aborder une règle de la chariâ selon une approche dogmatique, alors qu'elle a été édictée pour régir les relations humaines qui sont, par définition en perpétuel changement ?
Une identité supposée immuable, fondée uniquement sur des pratiques de l'Islam et non de ses principes en excluant d'autres éléments (les cultures précédentes, l'histoire du pays...) résistera -t-elle aux contraintes et difficultés de la vie moderne sans prendre le risque d'être marginalisée ?
Nous adoptons à chaque moment de la journée des rôles différents : sociaux, professionnels, familiaux et politiques. Comment entrer dans tous ces rôles à travers une culture et une identité qui ne laissent aucune marge de liberté et de réflexion ? Doit-on se renfermer sur soi pour se prémunir contre tous les aspects de la modernité ? Comment résoudre les problèmes du quotidien sans opter pour une certaine flexibilité, une ouverture de l'esprit ?
Si la chariâ a tout dit , tout prévu , quel rôle sera dévolu donc aux hommes et aux femmes dans nos sociétés musulmanes ? N'est-ce pas impératif d'inventer d'autres solutions et d'autres principes pour contribuer à l'évolution de l'histoire de l'humanité ? Le Coran ne considère-t-il pas l'homme comme le représentant de Dieu sur terre et l'a investi d'une mission fondamentale et d'une grande responsabilité ? Quel est le sens de cette mission si ce n'est, entre autres, créer, inventer et réfléchir ?
Les horaires des cinq prières ont été fixées selon la variation de la lumière, à commencer par l'aube jusqu'à l'arrivée de la nuit, permettant ainsi aux musulmans de prendre conscience de la durée. Alhambra n'incarne-t-elle pas en fin de compte une excellente illustration de l'enchevêtrement subtil entre les deux dimensions temporelle et spirituelle ?
De quel droit aujourd'hui certains prétendent détenir la vérité absolue de la religion musulmane au nom du savoir et de la spécialité en matière de fikh, tout en niant l'historicité du texte coranique en occultant la dimension temporelle qui se trouve être au cœur de la prière musulmane ?
La Révolution tunisienne est une œuvre qui n'est pas moins grandiose que l'Alhambra. Ce moment historique unique a bouleversé toutes les données politiques du monde arabe par l'effet domino. Comme nous pleurons aujourd'hui l'intelligence des Arabes, je crains qu'après nous, nos enfants ne pleurent la gloire de cet instant révolutionnaire ,faute de l'achever et de l'accomplir.
Que nous enseigne l'histoire sur les raisons de la défaite des Arabes et de leur décadence ? Leur soif du pouvoir quel que soit le prix, quitte à anéantir tous les horizons d'une pensée libre et user de la violence...
L'histoire se répétera-t- elle dans une autre version ?
Que cachent ces interminables discussions sur l'application de la chariâ et l'obligation pour les femmes de porter le voile après cinquante cinq ans d'application du Code du statut personnel et au moment où notre pays est ruiné économiquement ? Que cachent ces logorrhée au moment ou nous devons reconstruire une vraie citoyenneté sans discrimination entre les deux sexes ?
C'est grâce à cette citoyenneté que nous avons été unis par une seule voix, hommes et femmes, quelles que soient nos appartenances idéologiques ,politiques, régionales ou religieuses ? Qui va profiter de cette division islamistes/musulmans. Probablement ceux qui aspirent à détenir le pouvoir à n'importe quel prix.
Et pourquoi le pôle des partis politiques démocrates et modernistes est-il aussi émietté, divisé ? Certainement pour les mêmes raisons, à la différence, qu'il n'a pas de référent dogmatique, et ne risque pas, par conséquent, de faire appel à la violence…


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