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Une légende nous quitte
Décès de Asfour le gardien de l'île de Zembra

Asfour, le gardien de l'île de Zembra, s'est éteint en milieu de semaine à la tristesse générale, toute la famille de l'environnement est endeuillée. Inoubliable par son charisme et sa stature imposante, c'est une légende du monde de la nature qui nous a quittés.
Abdallah Ben Dhafer, connu par tous les défenseurs de l'environnement sous le nom de Asfour, pour l'amour qu'il portait aux oiseaux, a été toute sa vie au service d'une cause : celle de la protection du patrimoine naturel et cela avec une égale passion jusqu'à la fin de sa vie. A vingt ans, il est aide moniteur au centre de plongée et de voile nouvellement créé à Zembra. Avec un couple de Français, Doris et Jean-François, il découvre le monde sous-marin, côtoie les mérous et les pagres et initie les jeunes à la plongée sous-marine. Dix ans plus tard, lors d'une mission, il nous montre la grotte du phoque moine qu'il est une des rares personnes à avoir vue jusque vers les années 70; on lit la fierté dans ses yeux car il était devenu la mémoire vivante de ce patrimoine marin. Plus tard, Ali El Hili, président de l'Association des Amis des Oiseaux, le fera recruter comme garde forestier de l'île de Zembra devenue espace préservé. C'est alors qu'il devient le fervent défenseur des richesses naturelles de ce milieu protégé. Il aimait accueillir les scientifiques de tous bords, complétant ses connaissances à leur contact et il en étonnait plus d'un par sa curiosité insatiable. A son tour, il les régalait de ces récits inépuisables dont lui seul avait le secret, sur l'histoire de ce qui était devenu son île. Il la protégera pendant plus de trente ans.
Comme il était de toutes les missions scientifiques, il avait accumulé un riche savoir sur la biodiversité de l'île, espace exceptionnellement préservé en Méditerranée, au point que les scientifiques le recherchaient, car nul ne pouvait prétendre connaître Zembra sans côtoyer Asfour. Il en détenait tous les secrets qu'il racontait lors de veillées, tenant l'auditoire en haleine jusqu'à une heure avancée de la nuit. Le conteur fascinait par sa ferveur et son verbe souvent poétique, et il savait chanter son île au gré de son inspiration. Une de ses citations parues dans le journal La Presse le 27 juillet 2011 en témoigne: « Ma belle Zembra, j'ai vécu sur tes terres plus d'un quart de siècle. En hiver, j'ai cultivé dans tes entrailles de la pomme de terre et des fèves. Et en été, j'ai planté dans ton sol mes tomates et mes piments. Tes oiseaux ont fait leurs nids dans mes vêtements et beaucoup d'entre eux ont mangé dans mes mains. Même Cousteau, le Prince des mers à bord de sa Calypso, a goûté un de mes casse-croûtes à l'harissa et aux sardines grillées, pêchées sur tes rivages. Je lui ai soufflé tes secrets et tes charmes. Tu es ma vie et mon tout. Et mon seul souhait est qu'après mon décès, ma sépulture puisse être enterrée dans tes terres»
Les flammes du feu de bois éclairaient son visage de cette beauté sauvage, unique, avec ses sourcils fournis et relevés vers le haut, son imposante moustache et ses favoris blancs qui lui mangeaient le visage. Son œil de faucon au regard clair reflétait la bonté. Cet homme simple mais fier a gardé toute sa vie une âme d'enfant. Il était de toutes les missions de l'Association des Amis des Oiseaux et du Groupe d'études et d'exploration subaquatique, de Zembra à Kerkennah, égayant les séjours par son humour et sa verve, initiant les jeunes à la vie des 40.000 couples de puffins cendrés qui colonisent l'île. De Aïn Kabbar à Oued Zitoun en passant par l'observatoire culminant à 600 mètres, il avait recensé tous les nids, nous montrant au passage ici une plante rare, là un insecte, et les jeunes avaient souvent du mal à le suivre durant ces randonnées pédestres. Cette force de la nature, qui, jusqu'à plus de soixante ans, plongeait du plus haut rocher de Zembretta, a marqué durablement les jeunes ornithologues ou plongeurs souvent citadins qui découvraient à travers lui une richesse inestimable : l'authenticité d'une vie simple et joyeuse vouée à la nature. Car c'est avec lui que nous faisions l'apprentissage de la vie sauvage. Son physique, son tempérament et surtout sa connaissance du terrain l'avaient rendu célèbre bien au-delà de nos frontières. Ainsi, Falco en personne, le légendaire capitaine de la Calypso, le compagnon de Cousteau, avait lors d'un voyage en Tunisie et malgré son âge avancé fait le détour par El Haouaria pour rendre hommage à cet homme rencontré plus de cinquante ans auparavant qu'il n'avait jamais oublié. Asfour était fier de nous montrer les nombreux articles de presse et les émissions qui lui ont été consacrées malgré sa situation restée très modeste, à l'écart des calculs et des plans de promotion sociale. Il avait figuré dans de nombreux films dont Raïes Labhar de Hichem Ben Ammar, car il avait tout naturellement un talent d'acteur.
Il mérite un vibrant hommage du monde de l'environnement, qui transmettra à la jeunesse son action pour la défense de la nature. Les vagues, les vents et les battements d'ailes des puffins raconteront à jamais la légende de l'amoureux de Zembra.


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