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Un producteur discret
L'entretien du lundi : Saïd Ben Saïd
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 01 - 2012

Rien, à l'origine, ne le destinait à ce métier. Et rien dans son parcours ne l'y avait préparé. Fils d'ingénieur, il avait obéi au diktat « tu seras ingénieur mon fils ». Et après avoir fait ses preuves, sorti brillamment des plus grandes écoles, il choisit pour destin.... le cinéma. Un chemin de traverse dans un parcours sans faute, qui étonna, inquiéta, et, disons-le, fâcha une famille traditionaliste qui ne jurait que par les fondamentaux, et les valeurs sûres. Producteur, un drôle de métier, terriblement américain, qui traînait une sulfureuse image de gros sous, de gros cigares, de grosses voitures et de jolies femmes. Saïd Ben Saïd sut les convaincre que les producteurs n'étaient plus ce qu'ils étaient, que cette image d'Epinal était, quant à elle, totalement démodée, et que lui, scientifique rigoureux, allait l'exercer avec rigueur. Et très vite, on le vit faire ses preuves avec une discrétion qui n'avait d'égal que sa redoutable efficacité. Après une formation marketing ciblée, Saïd Ben Saïd commence à travailler avec l'une des plus grosses sociétés de production. Aujourd'hui, il est son propre patron, et se lance dans la cour des grands. Et pour son coup d'essai, il réussit un coup de maître puisque c'est avec Roman Polanski qu'il produit son premier film en cavalier seul sous le label Saïd Ben Saïd Production : Carnage , auquel la critique, et plusieurs festivals ont fait un excellent accueil.
Saïd Ben Saïd, que le public tunisien connaît mal, paradoxalement, et dont on va souvent voir les films sans savoir que c'est lui qui les a produits, a travaillé avec les plus grands réalisateurs de l'époque, de Téchiné à Barbet Schroeder, de Pascal Bonitzer à Corneau et de Yasmina Reza à Francis Veber. Avec les plus grands acteurs également, dont Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Emmanuelle Beart, Jean Reno et Kristin Scott Thomas pour n'en citer que quelques- uns. Aujourd'hui, son dernier film, Carnage, réalisé par Polanski, est sur toutes les affiches, a été très bien accueilli en avant-première à Venise, et a fait l'unanimité de la critique en Italie, en Allemagne et en Espagne…
Carnage n'est pas votre première production, mais il marque quand même un événement dans votre parcours de producteur...
Carnage est mon 17e film, mais le premier que j'ai produit seul. J'ai commencé en travaillant au sein d'UGC, puis j'ai créé une structure de producteur associé, «Saïd Ben Saïd Films», avant d'arriver à ce que je voulais : être mon propre patron avec « Saïd Ben Saïd Productions ». Cela s'est fait progressivement. Je voulais avoir plus de liberté dans mes choix. Bien sûr, cela implique aussi prendre plus de risques. Mais le métier de producteur est un métier d'artisan.
Mais comment produit-on un film, par quel bout commence ce deus ex-machina qu'est le producteur, par le financement ? Par les acteurs? Par le metteur en scène ? Quel est le poste qui conditionne les autres ? En un mot, comment se fait l'alchimie qui précède la réalisation d'un film ?
En général, c'est un metteur en scène, ou le producteur, qui a un projet à présenter. A partir de là, on choisit un scénariste d'un commun accord. Le scénariste écrit un scénario auquel le metteur en scène peut participer. Quant à moi, je suis toujours très présent dans cette étape. Je pense que je ne suis pas là uniquement pour trouver de l'argent, et je participe activement à l'élaboration du scénario. J'aime apporter la contradiction au scénariste ou au metteur en scène. Même s'ils ne sont pas d'accord avec mon avis, il est utile pour préciser le leur. Cette étape dure de six mois à un an. Une fois le scénario jugé lisible, on le fait lire par les acteurs qu'auront choisis le producteur et le metteur en scène. Et ce n'est qu'à ce moment que l'on aborde la dernière étape : celle du financement, qui durera trois ou quatre mois.
L'argent, bien sûr, le nerf de la guerre et élément majeur dans ce domaine, d'où vient-il justement ?
Je vous l'ai dit, le métier de producteur est un métier d'artisan. Pour chaque film, je cherche une nouvelle combinaison, un système de production rentable, et ce n'est jamais le même. Le financement émane des investisseurs qui préachètent les droits de télévision, ce qui correspond à peu près à 40% du budget. Il y a également les achats de droit de diffusion en salle, de diffusion en DVD. Il y a enfin les fonds propres du producteur.
Quand on finance un film, il est souvent nécessaire de revenir vers le metteur en scène et le scénariste pour opérer des modifications qui permettront de baisser les coûts. Il arrive aussi, quelquefois, que les distributeurs fassent des remarques pertinentes dont nous tenons compte a posteriori, et qui nous font voir les choses autrement que nous les avions imaginées…
Une fois le scénario ficelé, les acteurs et le metteur en scène choisis, le financement bouclé, le temps est-il venu de donner le premier tour de manivelle ? Pas encore, car parallèlement à ce plan de financement, on a commencé à engager les collaborateurs pour définir le plan de tournage, et sa durée : script, chef de décoration, et celui qui est la cheville ouvrière, une espèce de véritable chef de chantier : le directeur de production.
Ceci dit, aux USA, car je travaille actuellement à cheval sur les deux pays, les réflexes ne sont pas les mêmes qu'en France. Là-bas, les films ont un énorme potentiel commercial, et on ne travaille donc pas de la même manière.
Quand vient le temps du « Silence on tourne », on a envie de poser au producteur des questions plus personnelles et moins techniques sur ses choix, ses préférences, ses rêves et ses regrets peut-être. Sa filmographie impressionnante respecte une cohérence certaine : celle d'un cinéma d'auteur de qualité, sans concessions…
En général, je travaille avec des metteurs en scène proches de ma sensibilité : Téchiné est l'un des plus proches, mais aussi Barbet Schroeder, Corneau. Je ne tourne que des films que j'aime, et en lesquels je crois, et non des films dont je pense qu'ils vont marcher. Je ne fonctionne pas comme cela. Je n'ai pas de films préférés, sauf le prochain peut-être. Je n'ai pas de regrets non plus, et encore beaucoup de rêves.
Mais le cinéma, dit-on, est en crise. Cela implique-t-il que l'on produira moins, alors qu'en France, en tous cas, les cinémas sont pleins…
Plus qu'une crise du cinéma, c'est une crise du crédit. Les films que nous produisons ont pour ambition d'être distribués dans beaucoup de pays. Or, les distributeurs peuvent avoir des difficultés dans une conjoncture de crédit difficile. Et cela, évidemment, rejaillit sur nous. Le Japon, par exemple, représente pour le cinéma un énorme marché. Tout ce qui concerne son économie a un impact direct sur nos productions.
En attendant, Saïd Ben Saïd est entré dans la cour des grands, et travaille aussi bien en France qu'aux USA, chasse gardée emblématique du cinéma où se faire une place n'est guère chose aisée. Après avoir tourné avec Polanski, le voilà qui prépare un film avec Brian De Palma, Crime d'Amour. Et on ne peut manquer de se demander pourquoi lui et ses films ne sont pas plus présents sur la scène tunisienne. Il avoue qu'il n'a pas de réponse…
C'est, cependant en Tunisie, qu'est né en moi, le désir du cinéma. C'était il y a déjà 30 ans, et j'avais été passionné par l'expérience du Nouveau Théâtre, et particulièrement par Ghassalet Ennouader.


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