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Le spectre de la stagflation
Analyse
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 03 - 2012


Par Zouheir El Khadhi (Dr en économie)
Ce n'est pas sans raison que la situation actuelle fait peur. Elle appelle à la prudence. Le spectre de la stagflation menace l'économie tunisienne. Celle-ci tourne au ralenti au moment où l'inflation galope. Aujourd'hui, si ce scénario se confirme, cette configuration serait une première dans l'histoire de la Tunisie. Classiquement, l'analyse économique associe les notions de croissance et d'inflation si bien que l'association d'une croissance faible et d'une forte inflation n'est pas la plus courante. Les banques centrales sont habituées à arbitrer entre inflation et croissance et la lutte contre l'inflation se fait souvent au détriment de la croissance. Alors que ces deux notions étaient toujours associées de cette même façon, c'est Paul Samuelson, prix Nobel d'économie en 1970, qui fut, lors d'une conférence en 1974, le premier à employer le terme de «stagflation» après le premier choc pétrolier.
Ce mécanisme qui inquiète pourrait être résumé ainsi. Le terme de stagflation provient de la combinaison des mots «stagnation» et «inflation» et désigne une situation économique combinant à la fois un ralentissement sensible du taux de croissance (souvent caractérisé par un taux de chômage élevé) et une inflation forte. Il est largement admis que la stagflation rend la tâche des politiques économiques et, en particulier la politique monétaire, complexe. L'inflation devrait forcer la banque centrale du pays concerné à conduire une politique monétaire, plus restrictive mais cela a toutes les chances d'avoir un impact négatif sur une croissance déjà faible. Inversement, si la Banque centrale tente de mettre en place une politique monétaire expansionniste pour contrer le ralentissement de la croissance, cela peut finir par alimenter une forte inflation. Ainsi, la tendance générale à l'inflation qui commence à se manifester actuellement en Tunisie va-t-elle freiner la reprise déjà fragile et conduire à un nouveau ralentissement économique ? Ou pire encore, va-t-elle entraîner la stagflation, combinaison de poussée inflationniste et de croissance molle accompagnée de chômage élevé ?
Existe-t-il un risque de stagflation ?
La rare combinaison d'une croissance au ralenti (très en dessous de son potentiel), d'une inflation en hausse, de taux d'intérêt artificiellement bas avec des taux d'intérêt réel négatifs et d'un taux de chômage élevé laisse craindre une situation de stagflation. Aujourd'hui, de nombreux et éminents économistes craignent que ce risque se réalise, et cela serait dû essentiellement à plusieurs facteurs fondamentaux.
Nous pouvons évoquer tout d'abord la chute libre du PIB réel. En effet, et sous réserve des résultats non encore publiés du quatrième trimestre de l'année 2011, le taux de croissance économique de l'année écoulée se situerait dans une zone négative entre -1,5% et -2,0%. Même si la nouvelle loi de finances prévoit une croissance de 3,5%, d'importantes questions demeurent en suspens quant à la vigueur et à l'avenir de la reprise dans la mesure où le chômage demeure élevé et il n'est pas exclu que celui-ci atteigne les 19% de la population active. Précisons également que le déficit budgétaire pourrait dépasser en 2012 les 8% du PIB, ce qui ne serait pas sans conséquences sur la soutenabilité des finances publiques tunisiennes.
Un deuxième facteur est celui de l'inflation. L'indice des prix à la consommation a enregistré en février dernier et en glissement annuel une hausse de 5,4% et il est très probable que cette tendance haussière se poursuive tout au long de l'année. La Banque centrale de Tunisie (BCT) prévoit néanmoins un niveau d'inflation d'environ 5,1% pour cette année contre 3,5% en 2011. Cette hausse des prix est de nature à éroder le pouvoir d'achat des ménages, ce qui induit des dépenses de consommation moindres et donc une demande interne relativement faible.
Un troisième facteur fondamental est lié à la dépréciation du dinar vis-à-vis de l'euro notamment. Cette dépréciation est censée corriger la détérioration de la balance commerciale et limiter l'effondrement des réserves de change. Cependant, cette dépréciation du dinar pourrait alimenter l'inflation importée et pourrait même engager le pays dans des dévaluations successives si le redressement de la situation économique tarde encore.
L'ensemble de ces facteurs pourrait donc induire une légère stagflation et la situation actuelle laisse en fait penser que cette phase a déjà débuté. Il y a en effet lieu d'affirmer que la reprise économique demeurera très fragile avec une croissance atone durant l'année 2012. De même, des signes inflationnistes se confirment tous les jours et s'accompagnent d'une progression du chômage. La politique monétaire accommodante pratiquée par la BCT afin de pallier le risque d'une récession plus forte a commencé à créer quelques tensions inflationnistes. Par ailleurs, on peut facilement admettre qu'une monnaie plus faible crée les conditions favorables pour une inflation importée et il devient donc, à un moment, difficile de maintenir des taux d'intérêt extrêmement bas. La politique monétaire est donc aujourd'hui très limitée dans ce qu'elle peut accomplir. L'inflation étant déjà à la hausse et les taux d'intérêt réels déjà en territoire négatif, les stimulations monétaires deviennent pratiquement contre-productives, car des taux d'intérêt trop bas encouragent par ailleurs des sorties de capitaux, ce qui signifie alors que l'on importe toujours plus d'inflation sans que celle-ci ne provienne d'une véritable augmentation de la demande intérieure.
Une situation qui semble pour le moment assez inextricable...
L'économie tunisienne traverse une période extrêmement délicate. Des erreurs dans la stratégie de sortie de crise accroîtraient fortement la probabilité d'un ralentissement durable. Or, le risque d'erreur est important car la politique économique du pays peut conduire les responsables à suspendre les décisions difficiles concernant les déficits budgétaires qui ne pourront pourtant être maintenus indéfiniment sans oublier le risque important de la poursuite du recours à la dévaluation du dinar.
Afin de tenter de repousser le risque de stagflation, la politique économique doit mettre en même temps en œuvre les outils de la politique conjoncturelle et ceux des politiques structurelles. En définitive, la BCT est confrontée à un scénario cauchemardesque dans lequel elle doit à la fois resserrer sa politique monétaire pour combattre l'inflation et la relâcher pour diminuer les risques de ralentissement. Comme inflation et croissance peuvent se combiner de manières différentes et complexes, il lui sera très difficile de concilier ces impératifs contradictoires. Cela est l'un des enjeux considérables des prochains mois, voire des prochaines années.


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