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I- Pékin, très propre mais trop congestionnée
Reportage
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 05 - 2010

Par notre envoyé spécial en Chine Hmida BEN ROMDHANE
Le pilote était si talentueux que beaucoup dans les rangées du milieu croyaient qu'on était encore dans les airs alors que l'avion avait déjà atterri à l'aéroport international de Pékin et roulait tranquillement vers le terminal 3, «le plus grand du monde», selon les Chinois. On n'a aucune raison de ne pas les croire, tellement les dimensions de ce terminal sont époustouflantes : un million de mètres carrés, 42,5 mètres de hauteur, 50 millions de voyageurs par an, décollage ou atterrissage «en toute sécurité» en seulement 50 secondes, sans parler de la créativité architecturale et du luxe qui se lit dans pratiquement tous les matériaux utilisés pour la construction et l'équipement de ce terminal. En un mot, les Chinois ont trop bien fait ce «portail pour 5.000 ans d'histoire et de culture».
Des tapis roulants successifs aident le voyageur à raccourcir le long chemin qui sépare le satellite de débarquement et la zone de contrôle de la police des frontières. Là, des flux incessants de voyageurs, nationaux et étrangers, convergent. Après les formalités d'usage, il faut prendre un train. Un train robot qui vous amène vers l'aire de livraison des bagages avant de prendre l'un des innombrables taxis en attente et dont les couleurs verte et oranger dominent toutes les autres à l'extérieur de l'aéroport.
Pour ceux qui n'ont pas pris la précaution de se faire transcrire en caractères chinois l'adresse de leur destination, ils auront beaucoup de mal à se faire comprendre, car très rares sont les chauffeurs de taxis qui comprennent ou qui lisent une autre langue que la leur.
Il faut plus d'une heure pour parcourir les 20 kilomètres qui séparent l'aéroport de la ville, tellement la circulation est dense. On le voit dès la sortie de l'aéroport. Les 3,5 millions de véhicules qui circulent jour et nuit dans l'agglomération de Pékin, sont trop nombreux pour les grandes artères, les périphériques et les autoroutes de la capitale chinoise. Malgré les efforts gigantesques d'élargissement et de modernisation des infrastructures routières à Pékin, la ville étouffe sous le poids énorme des embouteillages et de la pollution.
Les réseaux des transports publics se sont développés d'une manière spectaculaire ces dernières années. Plusieurs lignes de métro et des centaines de lignes de bus et de tramways desservent la ville. Le prix des billets fortement subventionné et une augmentation assidue du prix de l'essence et des parkings visent à dissuader les Pékinois d'utiliser leurs voitures et à les encourager à prendre les transports publics pour leurs déplacements quotidiens. Mieux encore, il y a quelques semaines, les autorités de Pékin ont changé l'horaire des 850.000 fonctionnaires de l'Etat qui vont désormais au travail une demi-heure plus tard que les autres et quitteront une demi-heure après dans une ultime tentative de décongestionner les embouteillages asphyxiants de la capitale. Rien n'y fait. Les Pékinois continuent de souffrir. Dans les heures de pointe, il faut plus d'une heure pour parcourir cinq kilomètres.
En fait, le gouvernement chinois se trouve dans l'étrange situation où il est obligé d'encourager la vente de voitures, en multipliant les avantages fiscaux, pour maintenir la vitalité d'un secteur de plus en plus performant et qui emploie des millions de travailleurs, mais dans le même temps, il se trouve forcé de décourager l'utilisations de ces mêmes voitures pour ne pas aggraver les problèmes d'embouteillages et de pollution.
En attendant une solution à la quadrature du cercle, de plus en plus de Chinois achètent des voitures qu'ils utilisent pour se rendre au travail, pour faire des courses et pour rendre visite à la famille et aux amis. Après avoir été pendant des décennies la capitale des deux roues, Pékin est aujourd'hui la ville dont le parc automobile est l'un des plus grands et des plus neufs au monde. Des dizaines de milliers de vieux bus et de vieilles voitures, jugés trop polluants, sont interdits de circulation. C'est sans doute la raison pour laquelle qu'on ne rencontre jamais sur les routes pékinoises le genre de véhicules qu'on rencontre ailleurs et dont la question de la visite technique est souvent l'objet de plaisanteries…
Il y a une habitude singulière chez les nouveaux riches chinois. Les grosses cylindrées qu'ils conduisent ont toutes des vitres fumées, sauf, sécurité oblige, les deux triangles du côté des deux rétroviseurs extérieurs, de sorte qu'on ne voit que des silhouettes à l'intérieur des voitures. On ne sait si cette habitude répond au vieux principe «pour vivre heureux, vivons cachés», par modestie ou par crainte de susciter jalousie et convoitise. Mais quelle que soit la raison, c'est toujours mieux que cette autre habitude plus singulière encore qu'on rencontre dans beaucoup de pays et où les nouveaux riches contribuent fortement à l'aggravation de la pollution sonore dans le but puéril d'attirer votre attention sur leurs grosses cylindrées, en mettant la musique à fond ou en klaxonnant à tout bout de champ.
Fin avril, il a beaucoup plu à Pékin. Et quand la pluie vient, elle n'a pas grand-chose à nettoyer, sauf l'air peut-être qu'elle débarrasse momentanément de sa pollution. Car, malgré ses vingt millions d'habitants, Pékin est l'une des villes les plus propres au monde. Vous pouvez attendre longtemps, vous ne verrez aucun citoyen jeter son papier mouchoir par terre, ni aucun automobiliste baisser la vitre de sa voiture pour vous jeter à la tête une bouteille d'eau minérale après avoir bu son contenu. Ce phénomène est particulièrement frappant à Wangfujing Street. C'est l'artère la plus commerçante de Pékin et qu'empruntent quotidiennement entre 100.000 et 150.000 personnes. Pourtant, pas un papier, pas un mégot, pas un sac en plastique. Les beaux carrelages de Wangfujing Street sont d'une propreté d'autant plus saisissante que la foule est dense.
En fait, tout se passe comme si, ne pouvant rien contre l'extrême pollution de l'air qu'ils respirent, les Chinois s'acharnent à rendre d'une propreté exemplaire les endroits où ils vivent, où ils travaillent et où ils se promènent.
Il est vrai que la municipalité de Pékin déploie des efforts gigantesques en matière de propreté. Sur les centaines de kilomètres de trottoirs, il y a systématiquement tous les cinquante ou cent mètres une double poubelle, l'une comportant un carré vert pour «les déchets recyclables», et la seconde un carré rouge pour les «autres déchets». Il y a aussi une armée de nettoyeurs à l'affût du moindre bout de papier ou du moindre mégot. Mais la propreté de Pékin s'explique aussi et surtout par le savoir-vivre, la délicatesse et la conscience profonde des Chinois que la propreté de leur capitale est la responsabilité de tous et pas seulement des services municipaux.
Demain : II- Zhong Guo, la Nation du Milieu


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