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Secrets de fabrique
Vendanges
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 04 - 2013


Par Hamma HANACHI
Même morts, les écrivains ont des secrets en commun, des écrits cachés, d'autres inconnus ou perdus et encore d'autres oubliés ou déchirés qui, par moments, refont surface. Tenez, par exemple Jules Renard (1813-1877). Il a écrit beaucoup, abrégé, supprimé des mots, coupé des passages entiers, il était connu, admiré de son vivant, avec des succès et quelques échecs, il était exigeant sur le style, n'avait pas beaucoup d'estime pour ses contemporains qu'il critiquait et esquintait sans réserve et sans gêne. A sa mort, sa femme a brûlé le tiers de son «Journal» qu'elle a jugé impubliable. La cause ? Des scènes inconvenantes, des descriptions licencieuses, des esquisses immorales ?
Mardi 12, dans Bibliothèque Médicis sur la chaîne LCP, Jean-Pierre El Kabbach s'est entouré de spécialistes de Georges Simenon (1903-1989) dont on édite un spécial Cahier de l'Herne, il y a son fils, John, écrivain lui-même, gestionnaire de l'œuvre de son père, Denis Malleval, cinéaste qui vient d'adapter l'Escalier de fer pour la télé, Laurent Demoulin, responsable du Fonds Simenon à Liège et directeur du spécial Simenon (l'Herne) et son incontournable biographe Pierre Assouline, écrivain, critique littéraire, il a écrit Simenon biographie (Julliard- 1992), une bio de référence et Autodictionnaire Simenon (Omnibus - 2009), rempli de citations, d'interviews et autres clés d'entrée à l'œuvre.
Ce dernier parle de l'écrivain comme d'une idole, une icône, un maître à écrire et une machine de production : plus de deux cents romans dont 75 enquêtes du commissaire Maigret, 3.500 traductions, 550 millions d'exemplaires vendus, des centaines de récits, plusieurs œuvres autobiographiques, 27 pseudonymes, 9.000 personnages, 1.800 lieux décrits et des milliers de lettres. Bref, la postérité assurée pour longtemps. Le commissaire Maigret est un vivier d'inspirations, il reste le plus adapté des romans, 75 films, 500 téléfilms. Maigret, c'est une atmosphère émouvante, le sujet est souvent ordinaire, l'intrigue y monte par palier, les personnages sont des êtres qui nous ressemblent, les intérieurs sont quelconques, des bistrots ou des restaurants simples, des plats comme en mange à la maison, savoureux, copieux, sans chichi et la bière en accompagnement. Simenon fréquentait les petites gens, les cordonniers, rencontrait les pêcheurs, les garçons de café, les paysans, les concierges qu'il décrit si bien «Mon père absorbait tout, dit John, et, dans ses romans, il nous rend ce qu'il a vu et découvert». Comment se fait-il que l'auteur boit de la bière, qui a enquêté et vécu dans les régions connues pour leur bon vin? C'est en rapport avec ses origines, à Liège, sa ville natale, répond Demoulin.
Pierre Assouline qui déclare avoir lu toute l'œuvre de Simenon évoque : «Un style épuré, abordable, vous ne trouverez jamais un anglicisme dans ses textes, j'ai déniché un seul mot étranger “Clenche" mais c'est un belgicisme qui signifie poignée de porte». Tout le monde porte une trace, un souvenir, une image, une phrase de Simenon, dans ses romans policiers, il a l'art de rédiger simple et rapide, de décrire une scène banale, du vocabulaire courant, mais il crée un climat qui lui appartient, «J'écris d'instinct, je ne pense pas, je veux comprendre, je ne juge pas», disait-il, lui, dont la douleur d'écrire s'est manifestée tard, dans la vieillesse. Sur la différence entre le roman et l'enquête, il cite des règles du genre policier, une sorte de rampes d'escalier. Sans torture. «Les trente premiers romans, c'était des amusements», dit-il. 70 feuillets par jour, sans ratures.
Ses Maigret sont traduits dans 45 langues. Quand Aung Sun Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix (1991) était emprisonnée dans sa cellule en Birmanie, elle lisait du Simenon pour apprendre le français, elle trouve «les Maigret très humains».
Humain, banal, ordinaire, des adjectifs qui reviennent fréquemment pour définir les romans de Simenon, et, jamais de comportement, une attitude de suffisance ou de mépris envers le monde d'en-bas. Dans l'une de ses interviews, Simenon déclare: «Je ne suis pas un phénomène comme on le prétend souvent, ni une énigme, non, je suis un artisan qui fait son travail tous les jours, à plus de 65 ans, je bricole, je bricolerai jusqu'au bout». L'écriture, c'est son métier, mais quand on lui a posé la question sur son métier, il a répondu: «Père de famille». Pas d'études poussées, à 16 ans, il commence une carrière de journaliste dans La Gazette de Liège, produisait beaucoup, un pisse-copie, comme on dit dans le jargon, mais ses copies sont soignées, de grande qualité, puis c'est la France, les premiers romans, succès immédiat, il est salué par Gide, Céline et Hemingway. Cas unique, en une année ses trois premiers romans sont adaptés au cinéma. De grands comédiens ont incarné Maigret, Jean Gabin, Bruno Cremer ou Jean Richard qui disait qu'un bon Maigret doit savoir bien articuler en fumant la pipe. Thèmes récurrents: la solitude, l'alcool et la difficulté de communiquer.
Les meilleurs romans de l'auteur ? Le chien jaune, Le chat, tout est bon à prendre chez Simenon, les invités, unanimes citent Pedigree, un livre sur son enfance, son adolescence, une sorte de biographie, une plainte adressée à sa mère qui lui a toujours préféré son jeune cadet : «Tu m'as peinée», lui disait-elle, il en souffrait.
Sur le style encore, Assouline raconte : «Avant de livrer la version finale du roman écrit à la machine, Simenon agitait, époussetait les feuillets, quand on en lui demandait la raison, il répond : “Pour faire tomber les adverbes"». Un point commun avec Jules Renard.


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