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Un voyageur priviligié de l'histoire récente
Livres - Dans les coulisses du Proche-Orient de Eric Rouleau
Publié dans La Presse de Tunisie le 27 - 04 - 2013

En soixante ans, Eric Rouleau, ancien ambassadeur de France en Tunisie, à l'époque où l'OLP y siégeait, en a accumulé des choses à dire... La sensibilité de ce juif d'origine à la cause palestinienne a conduit certains responsables sionistes à le considérer comme un traître, mais les partisans de la paix lui rendent hommage.
Membre du comité de parrainage du tribunal Russel sur la Palestine, il signe des articles du Monde diplomatique.
Une vocation cosmopolite
Humaniste par vocation, Eric Rouleau (qui s'appelait à l'origine Elie Raffoul) est né au Caire en 1926. Jeune journaliste à l'Egyptien Gazette, il est expulsé du pays des pharaons pour ses opinions progressistes en 1951. C'est alors qu'il entre au Monde avant que Nasser, grâce auquel il retournera en Egypte, ne lui accorde une interview historique. En primeur, Eric Rouleau recueille la décision de Nasser de libérer des prisonniers politiques et la diffuse. Les trois ennemis désignés du Raïs, qui entend moderniser le pays, sont les communistes, les Frères musulmans et les acteurs de l'ancien régime. En 1964, Kroutchev débarque à Alexandrie ; la collaboration avec le géant soviétique bat son plein.
Entre Le Caire, Tel-Aviv, Jérusalem, Paris, Amman, Eric Rouleau est un voyageur infatigable et un témoin privilégié de l'histoire récente. Ses analyses traduisent une intense implication qui, finalement, fera de lui un diplomate. Ce qui rend l'ouvrage de Rouleau passionnant est qu'il a rencontré les protagonistes importants dont il parle ; avec un mélange de clairvoyance et de sensibilité, il a saisi leurs convictions profondes. Par des anecdotes souvent amusantes et une fine observation, son récit les ressuscite.
Nasser et le conflit israélo-arabe
Incontestablement, le conflit israélo-arabe constitue l'objet de prédilection de la réflexion d'Eric Rouleau. Aussi, revenons à la fondation de l'Etat juif, entité qui, dès le début de son histoire, porte en elle ses divisions.
Les années 50 marquent les premières confiscations sur le sol palestinien des terres appartenant à des Arabes qui avaient quitté leur résidence habituelle depuis novembre 1947 pour s'établir à titre provisoire hors de portée des forces sionistes. Cette période consacre également le début des massacres de Palestiniens.
D'emblée, une importante différence de mentalité entre juifs ouest-européens, imprégnés de l'esprit des lumières, et leurs coreligionnaires d'Europe centrale et orientale, compromet l'unité du pays. Des variantes au niveau de la langue et de la culture séparent aussi les ashkénazes des séfarades (également appelés mizrahim), population déconsidérée et discriminée. L'historien André Chouraki relève à leur égard : «Les préjugés raciaux sont tels que des élus à un très haut niveau de responsabilité n'hésitaient pas à parler publiquement de ‘‘dégénérescence physiologique'', de ‘‘retard mental'' de ‘‘tares héréditaires'' des mizrahim.» En 1959, les séfarades déclenchent des émeutes, en particulier dans la banlieue de Haïfa, pour protester contre la ségrégation qu'ils subissent.
L'attitude ambivalente des rescapés de l'holocauste face à l'Etat juif incite elle aussi à réfléchir. Ces victimes ne sont pas hostiles à sa création, mais ne souhaitent pas pour autant forcément s'y établir. Pressentent-elles que, alors même qu'elles ignorent tout de leur pays d'accueil et ne parlent pas un mot d'hébreu, Ben Gourion les utilisera comme chair à canon, après les avoir intégrés à la Haganah, formation armée clandestine ? À la même époque, le Mossad, suscitant un scandale lorsque les faits seront découverts, perpètre des attentats contre des juifs d'Irak pour les inciter à rejoindre Israël. Avec la coopération du gouvernement de Bagdad, s'organise un exode massif des juifs irakiens, dans des avions battant pavillon américain, pour camoufler un accord secret avec l'Etat d'Israël. Sans que la communauté juive yéménite ne soit consultée, un tel accord intervient également entre Jérusalem et Sanaa. «Israël devint ainsi le pays d'accueil pour les juifs des pays arabes, qui représentaient désormais plus de la moitié de la population juive du nouvel Etat, et non pas le principal refuge des persécutions nazies, comme on l'a souvent soutenu pour justifier la création de l'Etat. Ce qui n'empêcha pas le gouvernement israélien d'encaisser la majeure partie des réparations allemandes destinées aux victimes du nazisme.» Jusqu'au bout, le sort de ces martyrs se révèle effroyable, à en juger par un scandale qui éclate durant l'été 2007. «On comptait alors 250.000 vieillards survivants du génocide, dont la moitié vivait dans le besoin, mal nourris, insuffisamment soignés, mal logés, handicapés. (...) La question demeure posée : à quoi avait servi la somme de 1,85 milliard de dollars versée par les banques suisses en l'an 2000 et destinée aux rescapés du génocide ?» Ce n'est que lorsque ces victimes manifestent arborant l'étoile jaune, vêtus de pyjamas rayés, ou de t-shirts sur lesquels est écrit «Pardonnez-nous de survivre» ou «Permettez-nous de mourir dans la dignité» que le gouvernement Olmert se décide enfin à réviser à la hausse leur allocation.
À la longue, les mythes et légendes érigés pour camoufler les exactions commises commencent à se lézarder de l'intérieur. Une nouvelle vague d'historiens, au nombre desquels Ilan Pape, estime que l'éthique comme l'intérêt de la paix obligent l'Etat d'Israël à admettre ses responsabilités dans le conflit israélo-arabe.
On comprend le tollé qu'avait provoqué, en 1969, la parution de l'ouvrage du journaliste israélien Marc Hillel, intitulé Israël en danger de paix, qui explique qu'un règlement du différend avec les Arabes ruinerait le peu de cohésion du jeune Etat israélien et risquerait de lui porter un coup mortel.
Guerre des Six Jours et sionisme
Le 5 juin 1967, en quelques heures, l'ensemble des forces égyptiennes dans le Sinaï, dépourvues de protection aérienne, est bombardé, incendié au Napalm, dispersé, décimé par Israël. C'est le début de la guerre des Six Jours qui coûtera à l'Egypte des dizaines de milliers de morts et de blessés. Curieusement, deux généraux se trouvent en congé et les radars sont orientés dans la mauvaise direction. Quant au commandant en chef des armées, qui se déplace à bord de son avion privé, il ne peut atterrir sur aucun des aéroports, soumis aux pilonnages ennemis. Corruption, népotisme et trafics en tous genres auront été fatals à l'armée égyptienne. En primeur, Eric Rouleau annonce à ses lecteurs l'arrestation du Maréchal Amer par Nasser. Cette défaite infamante entraîne une réorganisation en profondeur du régime nassérien. Un millier de Frères musulmans sont libérés de prison, des versets du Coran sont diffusés à la radio et des fonds octroyés par l'Arabie Saoudite affluent.
Le sionisme militant a le vent en poupe. Sans convaincre, le grand rabin Goren incite le haut commandement à dynamiter la Grande Mosquée d'Al Aqsa, troisième lieu saint de l'Islam. En Cisjordanie, des villages sont détruits au bulldozer et 350.000 personnes jetées sur les routes.
Depuis ses débuts, l'Etat juif pratique la politique du fait accompli, ce qui explique qu'en 2010, on compte environ 500.000 colons installés dans 230 agglomérations. En 1969, Eric Rouleau interviewe Moshe Dayan qui le reçoit dans sa villa, à quelques kilomètres de Tel-Aviv. Déroutant, le général mélange les références au «Peuple palestinien» et celles à la «patrie ancestrale du Peuple juif». Le général reconnaît : «Nous sommes une génération de colonisateurs (...) nous ne survivrons que l'épée à la main.» Continuant son enquête, Rouleau récolte de multiples témoignages sur l'usage généralisé de la torture comme sur l'inflation du nombre de captifs palestiniens, qui ne fera que se poursuivre. De 3.000 détenus en 1969, on est passé à 11.000 en 2008. (l'Association Droit pour tous relève que, depuis 1967, environ un cinquième de la population palestinienne dans les territoires occupés est passé par la prison. De nos jours, 1.500 règlements militaires gouvernent la Cisjordanie et 1.400 la bande de Gaza.)
Rencontres avec Arafat
En 1969, pour la première fois, Eric Rouleau rencontre Yasser Arafat, lors d'un dîner donné par l'ambassadeur d'Algérie au Caire. «Les lunettes fumées, vestige de la clandestinité, portées le soir en dépit du bon sens, la barbe hirsute projetaient l'image du parfait guérillero.» Le leader palestinien, ne rompant jamais le dialogue même avec ses adversaires les plus coriaces, préconise un Etat unifié et démocratique dans lequel juifs et Arabes vivraient en bonne intelligence. Arafat, qui échappe à plusieurs attentats, prône l'existence d'un Etat non confessionnel. De ce Palestinien charismatique, le poète Mahmoud Darwish dira : «Il est dur comme de l'acier, souple comme du caoutchouc, apparemment extensible jusqu'à l'infini ; il marche sous la pluie sans se mouiller ; il avance en zigzags dans un champ miné sans jamais dévier de sa destination (...). Il n'a pas balisé les routes, mais les a creusées entre des champs de mines.» Eric Rouleau est impressionné par le caractère monacal de la vie d'Arafat. «En 1985, après le bombardement de son quartier général près de Tunis par l'aviation israélienne, il tint à me faire visiter sa chambre, atteinte de plein fouet par une fusée à laquelle il avait échappé. La pièce, mesurant trois mètres sur quatre environ, était meublée de manière spartiate, un matelas déployé à même le sol lui tenait lieu de lit. Un placard et une étroite table de travail étaient posés contre un mur tapissé de livres en langue arabe ou anglaise.»
A la même période, dans un climat de guerre froide, Eric Rouleau est reçu par le roi Hussein de Jordanie, débordé par l'afflux de centaines de milliers de réfugiés palestiniens dans son pays ; son pouvoir est menacé. C'est à ce moment que surviennent la mort du Raïs égyptien et l'expulsion des fédayins de Jordanie.
L'après-Nasser
Autant les lignes que Rouleau consacre à Nasser vibrent d'admiration, autant les qualificatifs dont il gratifie Sadate, le nouveau chef d'Etat, respirent un mépris sans appel. Ancien agent de Berlin, nostalgique du IIIe Reich, celui que Kissinger traite de «bouffon ampoulé» a été radié de l'armée. Sa fameuse Infitah est synonyme de politique économique néo-libérale et d'américanisation du pays, visant à gommer les acquis socialistes.
Dans les années 70, Ariel Sharon, jugé même par ceux qui le connaissent sans scrupules ni principes, se livre à des atrocités en Palestine. Ses chars prennent d'assaut des camps de réfugiés et, au fil des mois, réduisent en cendres quelque 20.000 logements.
Pierre Mendès France, qui œuvre en coulisse pour la paix au Proche-Orient, proclame que la création d'un Etat palestinien est indispensable. Peu à peu, l'autorité palestinienne s'engage sur la voie de la diplomatie, ce qui vaut à Arafat d'être reçu au Kremlin en 1974 et de faire un discours à l'ONU, qui reconnaît le droit du peuple palestinien à l'indépendance et à la souveraineté. Les pacifistes israéliens font de plus en plus clairement entendre leur voix. Parmi eux Uri Avnery, Henri Curiel, du courant universaliste et libéral, grand homme du tiers monde, qui finit assassiné, et Nahum Goldmann.
Quant à Arafat, qui a sacrifié sa vie à la mise sur pied d'un Etat palestinien, il ne verra pas son projet aboutir. Assiégé à Ramallah à la fin de sa vie, il aurait été empoisonné. Uri Dan, admirateur et intime de Sharon, auquel il consacre une biographie, confirme cette rumeur. «Le premier ministre israélien avait obtenu dans une conversation téléphonique l'agrément implicite du président Bush. Arafat, selon son médecin personnel, aurait succombé à un «poison qui ne laisse pas de traces»». Eric Rouleau lui a rendu visite quelques mois avant sa mort.
Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen) reprend le flambeau, pour constater la virevolte d'Obama, sous les pressions israéliennes. En 2009, dans une allocution au Caire, le président américain qualifie d'intolérable l'occupation israélienne, mais, face aux vives réactions de Netanyahou, en 2011, il s'oppose à toute forme d'admission à l'ONU de l'Etat de Palestine.
Si Israël entendait récupérer une pleine légitimité sur le plan international, il serait contraint de mettre fin à l'invasion des territoires palestiniens.
Et Rouleau de conclure son ouvrage par cette interrogation lourde de sens : «La colonisation, menée systématiquement par tous les cabinets successifs, de droite comme de gauche, se révèle un piège mortel. Israël trouvera-t-il les moyens de s'en dégager ? La réponse à la question déterminera son avenir.»
Dans les coulisses du Proche-Orient de Eric Rouleau
Mémoires d'un journaliste-diplomate (1952 – 2012)
(Fayard, Paris 2012, 433 pages)


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