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« Toute notre culture pacifique est aussi remise en cause par l'envoi de milliers de jeunes en Syrie... »
Entretien avec Riadh Sidaoui, Directeur du Centre Arabe de Recherches et d'Analyses Politiques et Sociales à Genève
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 07 - 2013

Entre les assassinats politiques, les boucheries terroristes et les discours fatalistes des dirigeants du dernier quart d'heure, comment expliquer cette banalisation du crime en Tunisie ? Eléments de réponse avec le politologue Riadh Sidaoui
La mort poursuit nos opposants les plus entreprenants et nos soldats dans l'opacité et dans l'impunité totales. La Tunisie est sous le choc. La classe politique a du mal à convaincre. Sommes-nous devant un agenda du crime ? Et cet agenda est-il local ou international ?
Je n'ai pas l'habitude d'être pessimiste mais je ne vois pas la sortie. Nous sommes devant un scénario pire que le scénario algérien et très différent du scénario égyptien. La Tunisie ne supportera pas le terrorisme tel qu'il a sévi dix ans en Algérie, tel qu'il sévit en Irak, en Syrie, en Libye. La première raison est que la lutte contre le terrorisme requiert une armée forte. Contrairement à ce qu'on dit de l'armée qu'elle est à l'antipode de la démocratie, celle-ci reste la colonne vertébrale de l'Etat. L'Etat c'est l'armée. C'est l'armée qui le protège. Car le terrorisme, ce n'est pas de l'imagination. Techniquement, il faut 100 soldats pour dix terroristes. Techniquement, dans l'assassinat du militant Mohamed Brahmi, un groupe terroriste pourchassé ne devait pas être capable de sévir ! Deux explications restent alors plausibles. La première est l'extrême faiblesse des services de sécurité et l'absence quasi totale des services de renseignements. La seconde est la possibilité que ce groupe ait exécuté un crime commandité par d'autres. La question n'est pas de savoir s'il s'agit de commanditaires locaux ou de services de renseignements étrangers. La piste du terrorisme international n'est pas à exclure mais elle n'est jamais indépendante de la piste locale, des commanditaires et des acteurs locaux qui l'exécutent.
Les différentes lectures montrent que les tueurs de Mohamed Brahmi et de Chokri Belaïd seraient de petites mains. A qui profitent ces assassinats et les actes terroristes en général ?
Tous deux ont critiqué ouvertement et méthodiquement le parti Ennahdha. Tous deux ont insisté sur la fin de la légitimité. Sur le plan technique, les deux n'avaient pas de protection rapprochée. Objectivement, les tueurs ne pouvaient pas approcher Hamma Hammami ou Houcine Abbassi qui bénéficient d'une protection. Avec l'assassinat de Chokri Belaïd, le ministère de l'Intérieur n'était pas clair ni rapide. Il a accumulé les rendez-vous manqués. Les premiers états sur le premier assassinat n'ont été rendus publics qu'après le deuxième assassinat. La thèse la plus proche avancée par le ministre de l'Intérieur est celle des salafistes jihadistes. Or doit-on se fier entièrement à la thèse officielle ? Pourquoi les jihadistes salafistes qui ne sont pas concernés par la lutte du pouvoir élimineraient-ils des opposants ? Existe-t-il des jihadistes tunisiens qui, quand ils constatent que des personnalités dérangent le parti Ennahdha, les éliminent illico presto ? Mais on a toujours constaté que les terroristes jhadistes peuvent être manipulés. Ce sont des assassins naïfs et manipulables. Ted Gurr s'est interrogé si le terroriste est un rationnel ou un psychopathe ? A-t-il un projet politique ou est-il sujet de psychiatrie ?... D'un autre côté, on sait qu'Ennahdha a des faucons d'un côté et des leaders «modernes» de l'autre. Plus qu'un parti ou un mouvement, Ennahdha est un front qui réunit plusieurs courants : des wahhabites pro-saoudiens, des pro-iraniens... Sa force réside dans son isolement et l'esprit de corps qui l'anime, d'autant plus fortement qu'il est souvent amené à protéger son existence, malgré tout et à tous les prix. Ses contradictions et ses dissensions internes sont énormes. Les partis islamistes ne peuvent pas manifester leurs contradictions. D'un autre côté, les cellules isolées du terrorisme qui n'obéissent à aucune hiérarchie n'attendent qu'un feu vert, une fatwa pour agir. Le problème en Tunisie, c'est qu'on a banalisé les menaces de mort. Toutes doivent être prises au sérieux. Au plan symbolique, les menaces de mort sont des crimes or à ce jour le ministère n'a pas réagi vis à vis de ces menaces. Dans tous les cas de figure, les assassinats de Belaïd et Brahmi montrent l'extrême faiblesse des services de sécurité et de renseignements. En avons-nous et pour qui travaillent-ils ? Voilà la grande question... Dans tous les cas de figure, le crime profite à ceux qui ne croient pas à la démocratie...
Avec les assassinats politiques et les crimes terroristes, le cours de l'Histoire serait-il en train de changer en Tunisie ?
Peut-être pas le cours de l'Histoire. Mais sûrement celui des évènements. L'assassinat de Chokri Belaïd a conduit à la chute du gouvernement de Hamadi Jébali. Ce n'était pas suffisant. La crise aurait dû induire une accélération du processus, amener à fixer au plus près la date des élections. Mais aucun agenda n'a été respecté. Aucun calendrier n'est venu définir les délais et les termes de la légitimité. Or il n'y a pas de légitimité indéfinie. Le deuxième assassinat a complètement bouleversé le paysage déjà instable en Tunisie. Pour savoir ce que ces assassinats changeraient, on doit distinguer entre trois concepts : l'Etat, le régime – qui sont inchangés – et le gouvernement qui, au contraire, peut à tout moment chuter. Au plan démocratique et constitutionnel, le changement de gouvernement est un exercice fréquent et l'appel à la chute du gouvernement n'est pas un crime. Reste l'ANC qui n'est pas un parlement ordinaire. C'est une assemblée élue pour une mission déterminée; celle d'écrire une constitution en 12 mois. Pourquoi n'en a-t-elle toujours pas fini ?
Ce qui a été touché en Tunisie, c'est aussi une culture pacifique ancrée, une société moderne, civile, non habituée au sang et aux explosions. Aujourd'hui, cette culture est remise en cause non seulement par ces évènements mais aussi par l'envoi des jeunes tunisiens en Syrie par milliers. Ils partent Tunisiens pacifiques et reviennent avec une mentalité et des dispositions de guerriers. Ils vont perdre cette culture. Ils vont trouver des armes cachés en Tunisie, une tension politique, une crise économique et sociale, des failles sécuritaires... Bref, tous les ingrédients qui favorisent le terrorisme. En Algérie, les premiers qui ont pris les armes étaient les Algériens afghans. De retour d'Afghanistan, ils ont construit les premières cellules terroristes. Je crains que ce scénario ne soit réédité en Tunisie. D'autant plus que la Tunisie ne supporte point le terrorisme. Notre pays a une économie de services, de tourisme et d'investissements étrangers. La Tunisie n'a pas la rente pétrolière de l'Algérie, de l'Irak ou de la Libye. Toute sa prospérité est liée à sa stabilité et ce fil vient d'être fragilisé, ce qui va conduire à l'augmentation des prix, à la chute du pouvoir d'achat... La donne économique va déboucher sur une crise sociale et une crise politique. Et c'est cette fragilité qui va alimenter à son tour le cercle du terrorisme.
Les jours de deuil national se succèdent sur un fond de profondes scissions politiques, d'un mouvement de colère sociale et de rébellion de la jeunesse qui a précédé de quelques semaines l'assassinat de Mohamed Brahmi. Pour les Tunisiens, la vision n'a jamais été aussi brouillée. Comment en est-on arrivé là ?
Le gouvernement actuel n'a pas respecté les slogans : travail, liberté, dignité. La révolution était une révolution sociale. Les slogans n'appelaient ni au wahhabisme, ni à l'application de la charia. C'était une révolution locale menée par des mouvements sociaux, avec des slogans humains. A 99%, ceux qui l'ont menée étaient des jeunes chômeurs et des ouvriers. Mais les premières élections qui ont succédé au mouvement ont hissé ceux qui avaient le plus d'argent pour assurer au mieux l'organisation et la mobilisation. Au passage, on n'a pas respecté les attentes des Tunisiens. On a juste traité avec des électeurs potentiels. Ce qu'il faut en Tunisie c'est l'instauration de l'Etat providence, l'Etat qui protège le citoyen, où le citoyen n'est pas perdu. Un peu le modèle de l'Etat en Europe occidentale. D'un autre côté, l'ANC élue a trop joué les prolongations. La Constitution américaine est un condensé de quatre feuilles; huit pages. La constitution française a été rédigée en quelques mois... L'erreur de l'ANC a été de s'essayer à la constitution comme à une thèse de doctorat. Le prolongement indéfini de son mandat a-t-il pour objectif d'étendre le pouvoir du parti majoritaire à tous les rouages de l'Etat ? Quoi qu'il en soit, on n'a pas respecté la démocratie. Le gouvernement nomme les autorités locales qui, dans les démocraties, sont élues à l'échelle locale, ce qui explique la colères des communautés qui refusent le pouvoir central. Un gouverneur qui n'est pas élu ne peut pas prétendre être légitime. Quoi qu'il en soit, cette prolongation a sérieusement entamé les rangs des partisans de la coalition au pouvoir. Les récents sondages effectués par un sérieux institut britannique donnent à Ennahdha 12% de voix aux prochaines élections. Il est clair qu'Ennahdha, Ettakattol et le CPR appréhendent plus que d'autres les prochaines élections et auraient des raisons de faire prolonger la transition. De surcroît, la carte politique a beaucoup changé depuis les dernières élections. Maintenant elle met en place trois pôles : Ennahdha, Nida Tounès et les démocrates, le Front Populaire. La grande question est de savoir si le parti Ennahdha est prêt à quitter le pouvoir au cas où il perd les prochaines élections, ce qui n'est pas exclu ?
A côté des changements internes, la Tunisie ne semble pas épargnée par les effets de la destitution du régime des Frères musulmans en Egypte, le changement du prince du Qatar et le nouveau rôle de l'Arabie Saoudite...
Sur le plan politique et militaire, l'Egypte est différente de la Tunisie, même s'il y a des similitudes entre les expériences islamistes des deux pays. Pour cette raison, le scénario tunisien devrait être celui du compromis et des élections. Quant au Qatar, il a certes subi le changement de son émir, néanmoins aucun indice de vie politique moderne, de démocratie, ni de libertés ne s'y profile. D'ailleurs, parmi les grandes contradictions et les tableaux surréalistes du Printemps arabe, c'est une dictature — celle du Qatar — qui finance et soutient les «processus démocratiques». Le Qatar reste une dictature absolue qui paie les factures des plans américains et qui ploie sous la protection totale de l'armée américaine. De quel printemps parle-t-on, par ailleurs, quand on sait que 40.000 prisonniers politiques continuent à périr dans les prisons saoudiennes ? Pourquoi ce sont les dictatures moyenâgeuses du Golfe qui financent les processus démocratiques ? Et pourquoi ces processus passent-ils par les expériences islamistes ? La réponse se trouve dans la politique lucrative et très pragmatique des Etats-Unis. Elle est basée sur la notion de pouvoir local. Il s'agit d'entretenir de bons rapports durables avec le pouvoir local, qu'il soit tribu ou démocratie sans essayer de changer la donne. En cela, les partis islamistes se présentaient comme de bons interlocuteurs en ce qu'ils s'inscrivent inconditionnellement dans l'économie de marché et dans l'Otan, contre les adversaires de l'Amérique. C'est dans cette logique que s'est tenue à Tunis la conférence des amis de la Syrie... Mais, en Egypte, les Américains ont compris que les islamistes ne sont pas populaires... Vont-ils continuer à les soutenir ?...


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