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« Objectif : créer des richesses en dehors du contrôle de l'Etat »
Alaya Allani :
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 11 - 2013

Les systèmes de finance islamique ont toujours coïncidé avec les périodes où l'Etat s'est désengagé de garantir les droits vitaux aux citoyens, affirme Alaya Allani, professeur d'histoire à l'Université de Tunis, spécialiste des groupes islamistes et salafistes au Maghreb.
«Les courants religieux considèrent que la justice sociale se réalise à travers les dons, alors que dans l'Etat démocratique, la justice sociale est une prescription des droits de l'Homme».
A défaut d'inscrire l'Etat religieux dans la constitution, le mouvement Ennahdha est-il en train d'en jeter les bases sur le terrain économique et social ? Cela relève-t-il d'une stratégie ?
L'édification de l'Etat islamique repose sur trois étapes : le prêche, l'islamisation de la société et l'instauration du pouvoir islamiste. Le problème du mouvement Ennahdha, c'est qu'il s'est précipité à engager les trois étapes en même temps et dans un contexte de pouvoir transitoire. Il s'est aussitôt confronté à une société civile qui n'accepte pas ce projet. Faisant une erreur d'appréciation, Ennahdha a cru que le patrimoine du pays et la salafisation satellitaire de la société depuis les décennies 80 et 90 étaient suffisants pour garantir la construction de l'Etat islamiste rêvé par les Frères musulmans. Les islamistes tunisiens n'ont pas tiré les leçons des expériences du Soudan et de l'Algérie. Alors que Hassan Ettourabi, grand ami de Ghannouchi, vient lui-même de reconnaître — lors d'une conférence tenue en 2012 — que l'islam a échoué comme expérience au pouvoir et n'a plus aucune perspective à offrir. Il faut ajouter à cela ce qui s'est passé en Egypte.
Les idéologies salafiste et islamiste s'étendent à travers les mosquées, les associations, les écoles coraniques mais aussi par le biais des filières du commerce parallèle. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Le commerce parallèle était là avant la révolution. Mais depuis, il a atteint 40% des activités économiques et continue à s'étendre en raison de l'affaiblissement de l'Etat, de l'absence de toute volonté politique et de contrôle efficace. Avec l'écoulement libre et massif de l'argent étranger et la persistance de la corruption, ces réseaux se sont renforcés et on est face d'une force économique ascendante qui a le soutien des lobbies du pouvoir issu du 23 octobre. A présent, les activités économiques des milieux islamistes et salafistes se limitent pour l'essentiel au commerce parallèle. Les secteurs privilégiés sont le textile, les produits compensés comme les céréales, l'électroménager, les fruits secs... Aux anciens contrebandiers qui s'activent dans les domaines de l'alcool, du tabac, des vêtements et des parfums, s'ajoutent les contrebandiers salafistes qui fondent leur activité sur le trafic des armes et autres produits prohibés.
Quelle est la place du capital et du profit dans les économies islamistes et salafistes ?
Dans les courants de l'islam politique et du salafisme, le gain est totalement libre et le bénéfice illimité. Réaliser des profits sans limiter de plafond les rapproche de la théorie ultracapitaliste du laisser-faire laisser-passer. L'essentiel est de gagner, s'enrichir et de verser la zakat directement à l'organisation. Il existe des fatwas à l'intérieur de la confrérie des Frères musulmans qui dictent de verser sa zakat à l'organisation. Leurs capitaux proviennent en partie de la zakat et des subventions. En Tunisie, à la naissance du groupe «Al Jamaâ Al Islamia» antérieur à l'Ittijah Al Islami, l'organisation a pu compter sur les adhésions de ses membres (entre 10 et 20% de leurs salaires) et les dons de livres qui provenaient gratuitement d'Arabie Saoudite, d'Egypte et du Koweït. Depuis les années 80 et 90, des bailleurs de fonds constitués en associations caritatives ont commencé à financer le mouvement depuis l'Europe et le Golfe. En revanche, les salafistes en Tunisie ne sont devenus une force économique qu'après la révolution. Leurs finances viennent localement de l'aide des commerçants conservateurs mais essentiellement des organisations et associations salafistes étrangères qui ont pour objectif de promouvoir l'idéologie salafiste en Tunisie. D'où l'expansion des commerces parallèles de gros et des articles salafistes. De leur côté, les salafistes jihadistes sont financés par le courant Ansar Echaria dont les richesses viennent directement d'Al Qaïda. Un rapport du ministère de l'Intérieur dévoile la « bayâa » ou l'adhésion d'Abou Yadh à l'émir d'Aqmi qui s'engage en contrepartie à lui fournir toutes les formes d'aide et de soutien. Al Qaïda au Maghreb détient un budget équivalent à 300 millions de dollars provenant essentiellement de la contrebande, du trafic des armes et des rançons sur chaque otage libéré. Les rapport du ministère montent aussi la répartition du budget d'Ansar Echaria en trois chapitres relatifs à la prédication, l'aide sociale et l'organisation militaire et sécuritaire.
Au lieu de faire partie d'une vision de développement, les activités financées par la mouvance islamiste et salafiste relèvent justement de l'assistance et la charité. Pourquoi ?
Ce type de financement constitue une voie de recrutement politique et comporte le double avantage de consolider les rangs des partisans et de créer des richesses en dehors du contrôle de l'Etat et de la contribution aux impôts. Exonérer les bénéficiaires de tout remboursement permet de constituer un important réseau de sympathisants et d'adhérents dont les intérêts deviennent liés à ceux du parti. D'autres partis de par le monde le font plus ou moins. Mais les courants à référentiel religieux exploitent le sens religieux de la solidarité et tentent de prouver que la justice sociale se réalise à travers les dons. Les islamistes et les salafistes se distinguent par leur expérience dans le domaine associatif et caritatif. En cela, ils s'inspirent des missionnaires chrétiens qui diffusent les préceptes religieux à travers l'aide sociale et humanitaire, avec cette différence fondamentale que les missionnaires chrétiens n'aspirent pas à la construction d'un Etat religieux. Les islamistes, eux, font le travail de prédication et de charité dans le but de mobiliser les populations déshéritées autour du projet de l'Etat religieux.
Alors que dans l'Etat démocratique, réaliser la justice sociale est une obligation inscrite dans les droits de l'Homme que l'Etat est dans l'obligation de garantir. Depuis son accession au pouvoir, le mouvement Ennahdha n'a pas pu construire une approche économique et sociale spécifique. Il utilise les outils de l'économie ultralibérale sous le couvert religieux. Dans la précipitation, il propose des législations à référence islamiste mais dont l'application est improbable. Il n'a même pas étudié l'expérience des banques islamiques qui n'est pas du tout rose.
Est-ce dans cette logique qu'il faut interpréter les projets de loi sur le waqf, le fonds de zakat et le développement du système de finance islamique en général ?
Certainement, mais il faut rappeler que le waqf est une institution historique apparue au 2ème siècle de l'Hégire qui ne fait pas partie des fondements de l'islam. Il constitue une forme d'ijtihad qui a généré des problèmes insurmontables de mauvaise gestion et de discrimination envers les femmes en les privant d'héritage. Historiquement, le système du waqf et de finance islamique en général a coïncidé avec les périodes où l'Etat s'est désengagé de fournir le minimum de droits vitaux aux citoyens. A chaque fois, ces systèmes ont voulu combler la défaillance de l'Etat et contribué à l'affaiblir davantage. Dans l'Etat moderne, la politique des impôts est basée sur la vérité des déclarations publiques des revenus individuels alors que la zakat est une déclaration privée. Les fonds de zakat sont des structures de dons qui ne doivent pas être confondus avec les impôts. Au lieu de payer les impôts à l'Etat, beaucoup de commerçants conservateurs préfèrent s'acquitter d'un acte de dévotion en versant des dons aux courants religieux. Or, l'Etat ne peut pas se passer des impôts. Ennahdha tente de reconstruire le système de finance islamique et de ressusciter celui du waqf à ce moment si difficile de la transition, ce qui fait planer des interrogations sur ses vrais mobiles. A travers ces projets, il cherche à gagner un bénéfice électoral en même temps qu'à éloigner l'opinion des préoccupations principales tel le départ du gouvernement. La solidarité avec les populations déshéritées ne doit pas être dégagée de son aspect social et humanitaire et instrumentalisée politiquement et religieusement pour l'achat des voix électorales.
Quelles sont les conséquences de cette islamisation économique et sociale parallèle ?
Le résultat est la création d'un système économique précaire et vide, car les bases d'une politique économique réussie sont le travail, la création de richesses, le bénéfice et la transparence des impôts. La charité induit naturellement une instrumentalisation partisane et idéologique discriminatoire dont ne bénéficie qu'une seule catégorie. L'attachement d'Ennahdha à ressusciter le régime du waqf, le fonds de zakat, les banques islamiques et l'enseignement zeïtounien indéfini n'ont qu'un objectif qui est de sensibiliser les catégories conservatrices et préparer à l'Etat religieux sous le couvert démocratique. Les islamistes croient que la construction de mosquées, d'écoles coraniques, l'intéressement et le ralliement des populations contribuent à l'édification d'une société parallèle qui devient un microcosme d'une société islamique à l'intérieur d'une société considérée comme anti-islamique du moment qu'elle ne se réfère pas à la charia.


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