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Jebba et prestige de l'Etat
Cérémonie du Mouled
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000

La fête du Mouled a été célébrée en grande pompe le vendredi 2 janvier à la grande mosquée
de Carthage, rebaptisée Malek Ibn Anass
Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, suivant le rituel instauré par feu Bourguiba à la mosquée Zitouna, et perpétué par Ben Ali, présidait la cérémonie.
Une fête religieuse qui honore la naissance du Prophète, célébrée dans le recueillement et les résonances des versets du Coran, la sérénité et l'élégance, et à travers une évocation des coutumes locales bien de chez nous. Comment ne pas le relever ? Il fut un temps pas si loin où préparer l'assida était un acte de résistance (ou presque).
La fête à laquelle étaient présents tous les officiels, les présidents de partis et les hauts commis de l'Etat a été l'occasion de voir défiler la jebba, l'habit traditionnel masculin tunisien.
Entre la Tunisie et la jebba, il y a une longue histoire. Bourguiba dans son entreprise d'édification de l'Etat moderne, s'attachant à rompre avec un passé oppressant et paralysant, a délaissé l'artisanat et relégué l'habit traditionnel au rang de vêtement d'apparat porté dans de rares cérémonies officielles, et encore. Ce geste, se voulant libérateur, avait eu des répercussions désastreuses sur les arts et les métiers artisanaux qui ont sombré dans l'oubli et sous les couches de poussière. C'était une erreur.
Reproduire le même modèle
Ben Ali, pour se démarquer de son prédécesseur, a tenté de réanimer l'artisanat. Le 16 mars a été désigné comme journée nationale de l'habit traditionnel. Tout le corps de l'Etat et de l'administration publique devait s'y conformer.
Les femmes fonctionnaires avaient eu à se débrouiller comme elles pouvaient pour faire bonne figure et ne pas déroger au diktat présidentiel. Les femmes de la TV n'avaient pas vraiment le choix non plus. Le résultat était catastrophique. Cela sonnait faux et emprunté, les présentatrices de variétés et du journal télévisé n'avaient pu échapper au folklore, en ressemblant davantage à des touristes qui se cherchaient un quelconque dépaysement à travers une coutume vestimentaire étrangère.
C'est à ce niveau que se situe le nœud du problème. L'habit traditionnel, masculin ou féminin, est resté tel quel. Il n'a pas évolué ou très peu. Ben Ali a essayé de l'encourager, mais il était, comme on le sait, limité dans sa culture et ses horizons.
Résultat, d'année en année, on ne faisait que reproduire le même modèle sans aucune rénovation et adaptation avec la mode et l'ère du temps, pour verser davantage dans le folklorique. Parce que Ben Ali avait, de l'artisanat comme de l'habit traditionnel, une vision folklorisante. Aujourd'hui, on en est encore au même point. On ne fait que reproduire les mêmes gestes sans aucune innovation.
Comment porter la jàebba ?
Cela étant dit et si on devait donner des notes aux jebbas portées au Mouled, celle de Béji Caïd Essebsi, par la couleur, la matière, le tombé, la finesse de la broderie serait classée l'une des meilleures, voire la meilleure. Elle était bien portée, en gris perle rehaussée par un burnous crème. L'ensemble était élégant.
On est désolé de dire que la moins bien portée est celle de Yassine Brahim. Etant grand de taille, la jebba sied davantage à ceux qu'on qualifie dans notre dialecte tunisien de «marbouô kad», ce qui veut dire ni grand ni petit. Donc la jebba portée par le président du parti Afek n'était pas très adaptée à sa taille, ni à la saison. D'ailleurs, couleur crème et de texture fine, elle aurait été parfaite en été. De plus, ne pas porter de burnous en dessus par un temps si froid avait entaché l'ensemble d'un manque de grâce.
Si quelqu'un est en mesure de donner des leçons en la matière, c'est bien Abdelfatteh Mourou. Il porte des ensembles cohérents, parfois avec une broderie chargée. Mais contrairement aux autres, le vice-président de l'Assemblée ose les couleurs. Il peut porter des jebbas grises, comme il porterait le bleu turquoise, le mauve et le vert pistache et même le noir, couleur assez rare pour le genre. Il faut dire que dans ce registre et à sa manière, Mourou a innové et créé sa propre mode avec beaucoup de goût.
Rached Ghannouchi, président du parti Ennahdha, de son côté, affublé d'une chéchia tunisienne, rouge bordeaux, portait une jebba sobre de couleur foncée, rehaussée d'un burnous épais couleur terre sudiste qui lui ont octroyé un air à la fois authentiquement tunisien avec un rappel de la mode des régions du Sud. Il y avait une vision et de la recherche.
Ainsi, la jebba tunisienne, par sa spécificité, se démarque, Dieu merci, du «kamis» blanc du Golfe et de la tenue afghane à trois pièces. Elle préserve le cachet vestimentaire bien de chez nous. Nous y tenons. Cela dit pour la préserver, il faudra rénover. Tout dans notre artisanat devrait passer par une phase d'adaptation au temps présent et par la création. Les vêtements comme la déco, et même l'architecture. Vous avez vu ce placage de tapis de Kairouan et du mergoum dans les studios de TV ? Il est possible de faire mieux.
Pour preuve, Fadhel Jaziri, artiste et metteur en scène tunisien, en revisitant le patrimoine musical par son spectacle la Nouba ensuite le patrimoine soufi, par la Hadra, a créé quelque chose de nouveau en prenant comme point de départ le passé. Depuis, ces deux spectacles ont inspiré des centaines d'autres qui vivent à nos jours en reproduisant quelque chose d'original créé un jour par cet artiste.
La culture, ce n'est pas uniquement ce que l'on hérite du passé, c'est ce que l'on crée dans le présent. Notre tradition a été un jour une modernité, on ne se lassera jamais de le répéter. Créons aujourd'hui la tradition de demain. Sans cela, sans création, dans tous les domaines, la Tunisie restera un pays de répétitions et de sous-traitances.
Les erreurs de protocole
Cette fête, moment réussi, embaumée de mysticisme et de réconciliation avec la mémoire, a été une catastrophe sur le plan protocolaire. Pourquoi Mustapha Ben Jâafar était-il sorti fâché ? Eh bien, il avait revendiqué son droit d'être placé dans le rang VIP, ce qui lu a été refusé.
Mustapha Ben Jaâfar, à ne pas oublier, a été le président de l'Assemblée constituante. Il a présidé la naissance de la Constitution et de la deuxième République, qu'on le veuille ou pas, que l'on partage ou pas ses convictions. De plus, il a pris des positions courageuses au moment du sit-in du Bardo, lorsqu'il a suspendu presque seul, et contre l'avis de ses alliés, les travaux de l'ANC.
A titre comparatif, Fouad Mbazaâ, qui avait eu droit à tous les honneurs en étant placé après le président de l'Assemblée, et le chef du gouvernement, à la droite du président de la République a été un instant éphémère, président de la République, par défaut et contre sa propre volonté. Mustapha Ben Jâafar a été élu, et il est le président de la Constituante. Son nom sera retenu par l'histoire. Comment se fait-il qu'il soit placé derrière et que le service du protocole réponde par le refus à sa requête ?
Mais encore, comment se fait-il que Slim Chaker, dirigeant du parti Nida, mais sans aucun titre officiel, soit placé devant l'actuel ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jeddou qui, lui, était assis à la deuxième rangée ?
Le protocole, ce n'est pas uniquement tirer les chaises et montrer le chemin, c'est saisir exactement le rang de chacun de par le titre et la fonction et le placer conformément aux standards internationaux du protocole, et non pas selon le bon vouloir des uns et des autres et les amitiés. Et là visiblement, la nouvelle équipe a encore quelques leçons à apprendre.


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