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Le défi d'un nouvel engagement éthique
Commentaire
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 03 - 2015


Par Raouf SEDDIK
Depuis des décennies, la lutte contre le terrorisme met le monde devant deux voies possibles entre lesquelles il faut choisir... La situation est comparable à celle d'un médecin qui, face à une gangrène menaçant de s'étendre dans le corps du patient, doit opter, en gros, soit pour une chirurgie délicate mais en profondeur soit pour un traitement lourd mais de surface. Et le risque est que ce médecin cherche à faire passer pour la meilleure solution celle qui, en réalité, est la moins susceptible de mettre sa compétence à rude épreuve... Ou de révéler son inexpérience face à une complexité inédite.
Il semble que, aujourd'hui, la Tunisie doive elle-même faire clairement son choix. Deux événements en particulier la mettent au pied du mur : premièrement, sa révolution et sa nouvelle Constitution, qui rendent désormais impossible qu'un personnage tutélaire décide pour le compte du peuple de l'approche thérapeutique qui convient. Et, deuxièmement, le fait que le terrorisme ne s'affirme plus seulement comme un mal qui agit à la marge du pays mais comme un mal capable de s'installer à demeure au cœur des grandes villes et qui en affiche en tout cas clairement l'intention.
A ce propos, on aimerait que beaucoup de nos concitoyens, qui se piquent d'être des experts en matière de stratégie, fassent preuve d'un peu d'humilité. La remarque leur est faite généralement dans le domaine du football, en particulier quand le pays essuie une défaite. Elle est d'autant plus justifiée dans le cas de la guerre contre le terrorisme, où toutes les ressources de la dissimulation et de la mystification sont mises à contribution par les protagonistes dans le spectacle offert au public... Et où les réactions des gens peuvent être savamment provoquées dans le cadre d'un jeu psychologique dont l'importance est rien moins que décisive.
Pour reprendre la métaphore médicale, on est en présence d'une sorte de tumeur maligne, capable de développer des résistances aux traitements engagés et de surprendre par des réponses inattendues. Face à cela, il s'agit d'adapter l'approche en se gardant de céder à la tentation de répondre de la façon qui est souvent celle que l'ennemi souhaite nous voir adopter. Il faut être en mesure de le surprendre au moment même où il croit pouvoir le faire lui-même. Or une telle possibilité suppose des moyens de renseignement, une finesse psychologique et une capacité à concevoir rapidement des manières de déjouer ses stratagèmes au fur et à mesure qu'ils apparaissent.
Déjà, au fil des attaques subies par nos forces de sécurité dans les régions frontalières, et à la faveur de l'émotion que de tels événements ne manquent pas de susciter au sein de la population, une sorte d'intelligence s'est fait jour chez le commun des citoyens. On sait faire taire les différences politiques et faire prévaloir l'unité, en dépit de certains appels inopportuns émis par des individus qui tombent dans le piège tendu, soit parce qu'ils aiment se faire peur soit parce qu'ils aiment faire peur à autrui. Mais il y a encore beaucoup à apprendre, et il va nous falloir innover : nous sommes la première démocratie arabe et musulmane, qui va devoir apporter à la menace terroriste des réponses qui ne soient pas celles des anciennes dictatures et de leurs politiques sécuritaires... Terroriser les terroristes, comme le suggèrent des gens sans imagination, est une réponse qui est d'autant moins la panacée qu'elle est généralement synonyme d'injustices au sein de la population. Et que c'est précisément cela que recherche l'ennemi afin de gagner à lui la sympathie de tous ceux qui se verraient ciblés par ces injustices.
Non seulement il faut se garder d'offrir à l'ennemi l'argument de l'injustice, mais il faut aussi savoir aller l'affronter sur son terrain, celui dont il prétend puiser la légitimité de son action: le terrain religieux ! En tant que pays musulman, nous avons la capacité de mener la bataille sur un terrain qui reste assez largement interdit aux pays occidentaux ayant été confrontés à la menace terroriste. En tant que pays musulman, nous n'avons pas le droit de ne pas opposer à l'islam des terroristes un islam dont tous les musulmans du monde auraient à saisir qu'il est plus en accord avec la vérité du message, plus en accord avec les prétentions légitimes de cette religion à l'universalité et plus en accord enfin avec la capacité de l'islam à apporter des réponses pertinentes aux attentes de l'homme moderne... Quelles que soient les réticences que beaucoup d'entre nous peuvent avoir autour de cette dimension particulière de la lutte, il faut le dire clairement : il n'y aura pas de victoire décisive contre le terrorisme, dans sa version islamiste, sans un choc théologique. L'enjeu, ce n'est pas d'avoir les textes pour soi dans une querelle où l'ennemi pourra toujours opposer d'autres textes. L'enjeu, c'est de faire émerger de ce combat qui nous oppose à eux un islam au regard duquel le leur, malgré son littéralisme, aura le rôle de la contrefaçon, de la vile contrefaçon qui usurpe le sens et qui souille le message. Or, ici, il ne faut pas sous-estimer la difficulté, ni encore moins lui tourner le dos en se laissant aveugler sur les conséquences. Si le jihadisme marque des points dans les banlieues de nos villes et un peu partout dans le monde, malgré le spectacle de barbarie qu'il donne de ses actions, c'est autant parce qu'il a développé des techniques efficaces de séduction et d'endoctrinement que parce que, de l'autre côté, il y a une faiblesse pédagogique dans la manière de dénoncer ses prétentions en tant que représentant du vrai islam. Beaucoup trop de gens restent sensibles à son discours. Et s'en lamenter n'avance à rien... Pourquoi une telle faiblesse ? D'abord, parce que les élites de nos pays arabo-musulmans qui ont fait le choix d'une modernité héritée de l'Occident perdent leur légitimité à croiser le fer sur ce terrain particulier. Quand elles le font, elles sont rapidement récusées, traitées de traîtres à leurs ancêtres et à leur religion... Et ces accusations font mouche auprès de toutes ces populations qui ne se reconnaissent pas dans de telles élites. Ensuite, parce que celles qui sont restées attachées à l'héritage arabo-musulman ont développé durant les dernières décennies une rhétorique tournée davantage contre les régimes policiers qui les ont persécutées, ou les idéologies qui ont cherché à les disqualifier, et beaucoup moins contre les extrémistes dont ils ont souvent partagé les cellules de prisons et les mésaventures. Le conflit persistant, et inopportun, entre les modernistes et les islamistes modérés qui ont accepté le jeu démocratique, ce conflit empêche la mise en place d'une approche commune... A vrai dire, un tel rapprochement, du moins si l'on veut qu'il débouche sur une coopération stratégique face aux terroristes, ne peut advenir sans un travail de fond, qui est en amont d'ordre philosophique et, en aval, d'ordre rhétorique... Mais d'abord philosophique ! C'est pourquoi on s'étonne beaucoup que nos philosophes restent terrés dans leurs bibliothèques, ou prisonniers de positions défensives désuètes, alors que l'heure est grave et que les nouvelles formes d'engagement éthique et citoyen ont un besoin pressant de définitions et de conceptualisations. La jonction entre les deux camps, en vue de l'arrivée d'une élite qui prenne les choses en main et qui relève avec cran le défi d'une civilisation à créer sur le corps fumant de l'hydre terroriste, cette jonction ne se fera pas sans leur contribution... Alors où sont-ils ?


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