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La citoyenneté comme pédagogie
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 07 - 2010

Par Azouz Ben Temessek (Assistant en droit public à la faculté de Droit de Sousse)
Il existe des savoirs spécifiques relatifs à la citoyenneté et qui ne sont pas présents, du moins dans leur dimension et dans leurs enjeux contemporains, dans les disciplines scolaires existantes et qui demandent d'être travaillés et construits de manière explicites. L'apprentissage du pouvoir demande d'y être préparé; lié au faire et à la pratique, il implique le fonctionnement des établissements scolaires et l'expérience de la vie scolaire pour les élèves. Enfin, pouvoir débattre dans l'espace public des questions sur lesquelles il convient de prendre des décisions pour aujourd'hui et pour l'avenir implique la mobilisation de nombreux savoirs.
Education à la citoyenneté, une discipline spécifique
Puisqu'il y a des savoirs spécifiques, savoirs qui relèvent du droit et du politique, et compte tenu du fonctionnement de nos systèmes scolaires qui se fondent sur un découpage du temps qui est aussi découpage des savoirs en disciplines distinctes, il est nécessaire qu'il existe une discipline «éducation à la citoyenneté». Autrement dit, qu'il existe un moment prévu dans l'emploi du temps des élèves et qui soit consacré à un travail et une construction de ces savoirs.
En ce qui concerne le droit, il ne s'agit pas de faire des juristes, pas plus qu'en enseignant les mathématiques nous faisons des mathématiciens ou en enseignant le sport des champions olympiques. Il s'agit bien de construire les savoirs et compétences nécessaires au citoyen pour qu'il puisse exercer au mieux possible sa citoyenneté, exercer ses droits et répondre à ses obligations. Cette initiation au droit a pour objet de construire des concepts juridiques, non pas, encore une fois comme le ferait un spécialiste, mais pour que l'élève, le citoyen comprenne ce que représente, ce que constitue cet univers du droit, ce que des mots comme liberté, justice, identité, loi, etc., signifient lorsqu'on les met dans cet univers. Cette construction s'appuie avant tout sur des études de cas, sur la mise en évidence des acteurs, de l'enjeu de la situation, des manières dont se prennent les décisions, sur la place et l'importance de l'interprétation…
Quant au domaine politique, il est évidemment hors de question de se limiter à une étude systématique et descriptive des institutions politiques. Des études montrent que le fait d'avoir suivi des cours d'éducation civique n'a pas d'effet significatif sur l'intérêt porté à la vie politique ou sur l'engagement politique. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire, mais nous avons, sans doute, à inventer des modes de travail, sur les questions politiques et sur les questions sociales, lesquelles impliquent, presque toutes, une dimension politique, qui fassent leur place aux différences et divergences d'intérêts, d'opinions, de croyances, d'attentes, de conception de la justice, etc. La démocratie est un régime politique, le seul pour le moment, qui fasse place, une place positive à la diversité.
Se construire une opinion
Il est ici question de munir l'élève de quelques outils et références pour s'informer, prendre la mesure de différents points de vue, se construire une opinion, construction qui ne se fait pas de façon solitaire, mais en relation avec les autres. La conséquence qui s'impose et s'énonce souvent est celle d'approches ou de travaux pluridisciplinaires. Cela signifie que l'on ne peut pas mettre en œuvre des travaux ou des dispositifs qui les impliquent sans avoir réfléchi de façon rigoureuse sur les disciplines. Quels que soient les exemples, souvent intéressants, qui sont proposés dans cette perspective, leur analyse plus approfondie laisse terriblement sur sa faim dès lors que sous le terme d'approche ou de contribution disciplinaire, on range autre chose qu'une pluralité d'informations, mais aussi des concepts, des manières de construire le réel, de le questionner, des procédures d'enquête et de traitement des données, etc.
Sur un autre plan, il est utile de rappeler que les problèmes que nos sociétés se posent et que nous, citoyens, concitoyens, sommes appelés à résoudre, n'ont pas de solution scientifique, mais une solution politique, au sens où elles relèvent de décisions qui émanent ou devraient émaner des autorités politiques démocratiques. Ces solutions résultent de débats, de confrontations d'opinions, d'intérêts, de points de vue différents. Elles sont aussi le résultat de rapports de force. Ces réalités, triviales pour tout adulte, tout citoyen un peu au fait de ce qui se passe autour de lui et dans le vaste monde, ne sont pas aisées à scolariser, à introduire dans la classe. Nous nous heurtons là à une difficulté majeure qui met en tension une finalité de l'école qui porte sur la construction d'une vision suffisamment partagée du monde pour vivre ensemble, d'une culture commune et les réalités de nos sociétés divisées, voire conflictuelles. Cette difficulté questionne aussi la déontologie de l'enseignant, son honnêteté citoyenne, pour ne pas employer le terme souvent illusoire d'objectivité. C'est là un des nombreux objets sur lesquels il serait important de développer des recherches.
Education aux droits et aux devoirs
Sur le plan de la formation des élèves, de nombreux travaux soulignent à quel point l'expérience scolaire contribue à construire les conceptions que les élèves ont de la vie sociale, des règles qui président au vivre ensemble, des comportements qu'il convient d'adopter dans telle ou telle circonstance, etc. Je retiens trois thèmes. D'abord, libertés et pouvoirs, ensuite, dispositifs et organisations institutionnels et, enfin, règlement des conflits.
Libertés et pouvoirs. Puisque l'éducation à la citoyenneté est une éducation aux droits et au pouvoir, la première question est simple au moins à poser : quels droits, à savoir quelles libertés et quels pouvoirs, les adultes sont-ils disposés à laisser aux élèves ? Reconnaître des libertés ne signifie absolument pas renoncer à nos responsabilités d'adultes. L'école est une institution où travaillent des adultes et des jeunes qui n'ont pas le même statut, pas les mêmes fonctions. L'école n'est pas une démocratie. Mais, l'école est un lieu de formation à la citoyenneté et à la démocratie et cette affirmation qui nous réunit aujourd'hui ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur le fonctionnement des établissements. Enfin, définir des droits et des pouvoirs ne préjuge pas de leur usage. Cela dépend, d'une part, des initiatives des personnes, en l'occurrence des élèves et, d'autre part, des attitudes des adultes et est, également, lié à la conception que les enseignants ont de leur métier. Chacun sait aussi que ce métier est en train de changer comme l'exprime le terme de professionnalisation.
Dispositifs et organisations institutionnels. Une orientation connue de tous et largement développée dans de nombreux textes qui émanent des autorités scolaires porte sur les dispositifs de dialogue, de régulation, de participation, de débat mis en place dans les établissements. Il faudrait longuement développer cet aspect lié à l'éducation à la citoyenneté, son intérêt, voire sa nécessité, mais aussi les risques et les dérives. Je mettrai en évidence deux éléments très différents. Le premier est la nécessité pour que les expériences de ces dispositifs soient éducatives pour les élèves, qu'il y ait, par exemple, durant les heures «d'éducation à la citoyenneté», des moments consacrés à une réflexion, un retour sur ces expériences. C'est aussi le moment de travailler explicitement sur certains concepts politiques, comme la représentation ou la délégation. Ce qui est intéressant n'est pas vraiment seulement les procédures d'élection, par exemple, mais ce que ces procédures signifient, les raisons pour lesquelles certaines ont été retenues et pas d'autres, de travailler sur ce qui est lié à ces élections, aux dispositifs, aux rôles des élus, aux pouvoirs des électeurs, etc. Le second élément souligne la position contradictoire des adultes. En effet, ceux-ci doivent à la fois reconnaître que la parole des élèves est une parole vraie, que ces élèves sont des sujets pensants et des sujets de droits et qu'eux-mêmes sont là pour aider cette parole à se construire et à s'affirmer. On est bien dans un moment d'éducation.
Le règlement des conflits. Les occasions et objets de conflits sont nombreux. Ils recouvrent une très vaste gamme de comportements et de réactions qui vont des incivilités aux délits. On peut citer certaines exigences liées au droit démocratique dans la manière de traiter et de résoudre les conflits: l'appel à un tiers, puisqu'on ne peut être à la fois juge et partie; le débat contradictoire, avec l'établissement des faits sous la recherche de la vérité; la référence à un texte antérieur au conflit; le temps nécessaire à l'instruction du dossier, temps qui met de la distance entre le conflit et sa résolution, temps de pacification des émotions (mais non de leur ignorance), etc. A ces exigences, on peut ajouter l'accès au dossier, la clarté de la procédure et la publicité, la possibilité de recours. Tout ceci a des conséquences importantes sur les dispositifs et procédures à mettre en place dans les établissements pour résoudre les conflits. Il ne s'agit évidemment pas de sombrer dans un tout judiciaire, une juridicisation à outrance de notre vie relationnelle. C'est effectivement un danger que la médiation peut contribuer à pallier, mais les principes énoncés précédemment restent des garde-fous indispensables contre l'arbitraire. Le danger de la médiation est de rechercher un accord qui entérine un rapport de force et qui serait alors considéré comme injuste, mais impossible à refuser par la plus faible des parties.
La référence à la loi nous demande aussi de considérer que la loi protège, répare et sanctionne. Elle protège les élèves comme les adultes. Mais, à nouveau, des élèves interrogés expriment le sentiment que cette protection est trop souvent absente, que certains lieux sont laissés aux rapports de force que les plus grands imposent aux plus faibles. Elle répare, mais à ce propos, également, les élèves disent souvent qu'il y a oubli de cette dimension du droit. Elle sanctionne, il semble que très souvent, notre attitude prioritaire relève de la sanction. A nouveau, la référence au droit apporte quelques jalons. Ainsi, la sanction doit être proportionnelle et avoir un contenu en rapport avec le délit. En ce domaine, un travail ne devrait pas sanctionner autre chose qu'un manquement au travail. Il est contre-éducatif de donner un travail supplémentaire pour un délit lié à un comportement, à moins que nous ne souhaitions ancrer, définitivement, le travail, notamment le travail de l'intelligence qui est l'ambition de l'école, comme une punition ! Mais, tous ces dispositifs, toutes ces références, connus de tous, ne suffisent pas à offrir une éducation à la citoyenneté. L'expérience ne suffit pas, quelle que soit la qualité de son cadre. L'expérience ne se transforme pas spontanément en savoir explicite, maîtrisé et utile. Il faut la lier avec des moments où elle est réfléchie, reprise, analysée.
Education au vivre ensemble et au partage
Sans être, en aucun cas, la totalité de notre vie collective, de notre vie publique, de notre vie avec les autres, loin de là, l'éducation à la citoyenneté est le lieu où se construit une certaine conception de vivre ensemble si souvent invoqué. Ce dernier n'est pas quelque chose de mou, vague situation où la tolérance devient indifférence. Elle est appel à l'action commune et à l'invention de l'avenir au-delà de tous les discours qui nous répètent à satiété que nous sommes autonomes et libres, à condition de répondre aux impératifs du moment. Deux remarques, deux appels pour terminer :
1- Si l'éducation à la citoyenneté est importante, alors il faut absolument que la formation des enseignants suive. Bien sûr, cette éducation n'est pas présente au même titre que d'autres branches plus installées. Bien sûr, il n'y a pas de lobby pour la défendre, ni du côté de nombreux enseignants qui l'enseignent tout en préférant leur discipline d'origine, ni du côté des universités où les références nécessaires ne se rencontrent pas dans une branche universitaire dûment estampillée. C'est une question de choix, à nouveau politique. L'école n'appartient pas aux seuls enseignants.
2- Nous savons encore peu de choses sur la construction de compétences citoyennes. La littérature pédagogique nous offre de très nombreuses présentations d'initiatives souvent très intéressantes et très pertinentes, dans lesquelles les enseignants trouvent des idées, des supports, des exemples tout à fait intéressants pour mettre en œuvre cette éducation. Mais, cette littérature est plus souvent l'expression d'une position militante que l'expression de recherches rigoureuses. Certes, sur un objet, une intention, comme la citoyenneté, il n'y a ni discours, ni proposition, ni réflexion qui n'emportent avec eux la personnalité du citoyen qui les énonce. Cela ne doit pas être un obstacle, mais au contraire, une invitation pour toujours plus de rigueur dans la connaissance et dans l'action. Cela nécessite, exige, qu'en collaboration avec des praticiens, des équipes éducatives, nous développions des recherches dans ce domaine.
La citoyenneté et l'éducation à la citoyenneté sont sous notre responsabilité. Il en est de l'école comme des autres institutions ou de la société dans son ensemble.


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