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La dérive xénophobe italienne: quelques réflexions sur le présent et le devenir de la diaspora tunisienne.
Publié dans Leaders le 17 - 10 - 2018

j'ai l'impression que dans l'imaginaire du citoyen tunisien, l'idée que tout ceux qui résident à l'étranger sont riches et qu'ils ont la vie facile est restée toujours ancrée. En effet, qui d'entre les tunisiens restés au pays, n'a pas attendu le cadeau, le chocolat aux noisettes ou le bon café de la part d'un parent expatrié, lors de son retour, durant les vacances ?
Du coup c'est l'inconscient d'une frange non négligeable de la population, qui alimente la forte volonté de quitter le pays pour une vie meilleure. En revanche, ceux qui émigrent clandestinement sont considérés comme de la racaille et une sous catégorie, d'une population qui voudrait quitter le pays pour échapper à la justice, alors qu'en réalité, beaucoup d'entre eux, ne sont que des honnêtes citoyens qui ont perdu tout espoir dans une Tunisie meilleure, 7 ans après la révolution.
Pourquoi je fais cette introduction ?
C'est pour parler de la situation actuelle des tunisiens en Italie et de la dérive xénophobe qu'ils sont en train de subir !
Ces dernières semaines, dans une ville de l'inter land de Milan Lodi, la maire appartenant au parti d'extrême droite « Lega » a interdit aux enfants des étrangers extra communautaires l'accès au restaurant des écoles (et réfectoires) et a obligé ces innocents enfants à manger séparément leur sandwichs faits à la maison sous prétexte que leurs parents n'arrivent pas à payer leurs quotas. Évidement la solidarité des braves Italiens n'a pas manqué et un fond de plus de 60000 euro a été récolté en quelques jours.
Voilà où en est en Italie ! et c'est pourquoi j'essaye d'en informer, l'opinion publique, la presse tunisienne et bien entendu les politiciens tunisiens, préoccupés plutôt par une querelle de pouvoir préélectorale que par le sort d'une diaspora reléguée au rôle de tirelire à devises.
La situation actuelle des tunisiens en Italie depuis la crise économique de 2009 et maintenant avec la montée des mouvements de populistes et nationalistes ne cesse de se détériorer.
Je vous rappelle que les Tunisiens en situation régulière en Italie, sont aux alentours de 110 000 soit 3% du total des communautés sans compter ceux avec la double nationalité et les clandestins, on estime un total de plus de 200000.
40% de ces 110 milles sont des femmes et des mineurs soit 34 milles mineurs dont le taux scolarité est aux tours de 58,7%, le taux d'occupation est de 47,8 % dont la femme se trouve défavorisé à 18,3%. Le taux de chômage est 25% (statistiques officielles du ministère du travail et des affaires sociales Italien rapport 2017).
La majeure partie travaille dans le secteur agricole, constructions et industriels ce qui implique qu'à chaque fois que l'économie Italienne ralentie ceci se répercute directement sur notre communauté. Cette communauté est très fragilisé éparpillé de la Sicile jusqu'au nord ce qui n'aide pas à une cohésion. En 2016 les Tunisiens ont transféré seulement 51,2 Millions d'euro soit deux millions d'euro de moins par rapport à l'année précédente (peu par rapport à d'autres nations et ceci pour plusieurs raisons dont la principale est que les tunisiens préfèrent faire beaucoup de commerce et évitent les difficultés bureaucratiques et les commissions exorbitantes imposées par notre système bancaire).
A mon avis la situation socio-économique des tunisiens en Italie exige aussi bien une attention particulière de la part du gouvernement tunisien que celui Italien, autrement c'est une bombe à retardement pour les deux pays.
La personne qui perd son boulot est soutenue pendant une certaine période par les amortisseurs sociaux, une fois les indemnités finissent plusieurs conséquences en résultent, dont ce qu'on a observé durant cet été, beaucoup de familles tunisiennes ont renoncé aux vacances en Tunisie, mais ce qui m'inquiète le plus c'est le futur de la deuxième génération, trahie par une gauche italienne en perdition. Une gauche qui n'a pas été en mesure de faire approuver le projet de loi Ius-Soli (octroi de la nationalité italienne aux jeunes nés sur le sol italien).
Qu'en sera t il du sort qui sera réservé à des jeunes nés et grandis en Italie et qui doivent se sentir tout naturellement italiens au sens vrai du mot, avec cependant, un attachement aux racines de leurs parents? Ils se trouveront avec de problèmes identitaires et des parents qui risquent de ne pas voir leurs permis de séjour renouvelé si ces derniers perdent leurs boulots.
Problèmes économiques, moins d'investissements du gouvernement Italien actuel pour les périphéries des villes, problèmes identitaires et taux bas de scolarité cela veux dire échec scolaire ou orientation vers des branches qui mènent à des secteurs de travail au bas de l'échelle rémunératrice et sociale, c'est ainsi qu'il y a risque d'un entretien d'un cercle vicieux et de ghettoïsation, sans insertion sociale avec risque de déviation vers la délinquance.
La non participation de ces derniers à la vie politique au niveau local ou national n'est pas en faveur de l'Italie.
Certes les clandestins constituent un problème de plus mais je continue à insister à dire que les vrais problèmes sont les réguliers.
Le bien être des Tunisiens à l'étranger est fondamental pour le développement de la machine économique Tunisienne (voyages, investissement, transfert d'argent, constructions). Selon la banque centrale tunisienne les TRE ont transféré jusqu'au mois d'août dernier 2,56 Milliard de dinar soit plus des rentrés du tourisme. Malgré tout ça on assiste à un sous effectif dans les consulats tunisiens (le consulat de Rome fonctionne avec un consul intérimaire et sans attaché social faute de fin de mission), un manque d'encadrement des écoles de langue arabe et manque d'enseignants faute de désignation et accord de la part du ministère de l'enseignement, ministère des affaires sociale et l'UGTT (en tout cas ce qu'une source de confiance m'a fait comprendre).
L'amélioration de la situation des TRE passe absolument à mon avis à travers une synergie entre les deux gouvernements et leurs services sociaux mais aussi à travers un point commun représenté par les associations de volontariats. Les associations ont la capacité d'être insérés au sein de ces communautés avec un accès facile au citoyen, capacité de monitorer la situation sociale et aussi le pouvoir d'agir sauf qu'ils se trouve que ces associations se trouvent sans financements pour agir et sans encadrement qui les aides à agir en synergie entre elles.
L'éventail des problèmes, ci-dessus, évoqués, n'est pas exhaustif, car la liste est bien plus longue. évidement mais une approche sérieuse est nécessaire.
J'espère avoir pu attirer, encore une fois, l'attention sur une situation qui ne fait que s'aggraver et qui nécessite une approche collégiale pluridisciplinaire, au niveau des intervenants volontaires sur le terrain, et bilatérale au niveau des interventions et de l'adoption de mesures concrètes, notamment administratives et socio-économiques, au niveau officiel.


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