Institut Pasteur de Tunis et Commune de la Marsa : Conférence de presse et Cérémonie de remise de prix    Postes au sein de l'Etat | Saied affirme son refus de la nomination de quiconque faisant l'objet d'une demande en justice (Vidéo)    Foot : Bertrand Marchand séduit par l'Espérance de Tunis    Qui sont les pauvres en Tunisie ?    41 nouveaux cas à Sidi Bouzid    Tunisie : Don de l'UNICEF de 25 500 tests PCR au ministère de la Santé    La Turquie et la Grèce prêtes à des discussions exploratoires    Alassane Ouattara, le dernier round    Pour Bhiri, il faut garder Ghannouchi à la tête d'Ennahdha    Zoubeir Baya en colère !    Tunisie: Tabarka et Ain Draham célèbrent la Journée mondiale du tourisme, le 27 septembre    Pas de distribution communautaire des portefeuilles régaliens    Du cinéma belge plein la vue!    Des nouveautés variées    L'ange blanc rejoint le ciel    Honte à nous ! Le phosphate importé est arrivé aujourd'hui    CS Sfaxien – US Monastir : Voici les formations probables    Libye: Des pourparlers politiques prévus début octobre à Genève    Covid-19 : 1219 nouveaux cas de contamination et 10 décès supplémentaires en 48h    Baromètre de la santé des PMEs MIQYES 2019 : Les entreprises tunisiennes face à la pandémie COVID-19 !    Tunisie : Une plainte contre le maire de Bannene après avoir publié une liste nominative des personnes atteintes de la covid-19    La Tunisie a enregistré 1219 nouveaux cas de Coronavirus et 10 morts à la date du 21 et 22 Septembre    France: Alexandre Benalla positif au Covid-19    CONDOLEANCES : Pr Mohamed KAMMOUN    L'ANSI met en garde contre une vulnérabilité critique dans le service Microsoft Netlogon    Opinion | Afrique-Covid-19 : Reconquête de la souveraineté économique et monétaire    BILLET : Fléau silencieux    En vidéo : Shinohara Shunei présente la JICA en Tunisie    DECES ET FARK : Maître Ahmed MEDDEB    Coupe de Tunisie : liens streaming des demi-finales CSS vs USM & CSC vs EST    Présentation de l'ouvrage "Médias et recompositions politiques dans la Tunisie post-Ben Ali" à l'IRMC    Sabah Bouzouita revient après 11 ans d'absence de la scène théâtrale avec "Mémoire"    Volley-ball | Play-off (10e journée) – play-out – (8e journée) : Le verdict    2 nouveaux décès à Sousse    Météo : Pluies attendues sur le Nord et le Centre    Coupe de Tunisie (1/2 finales) : le programme et programme TV    Sihem Ayadi visite les infrastructures sportive à Bizerte    « 1000Kelmawkelma » 100% online dévoile son palmarès : Sept prix et de belles découvertes d'écrivains en herbe    Cyclisme | Grands prix de la BH Bank et la municipalité de Ksar Said : La palme à Habouria, Kammoun et Tliba    News : Ben Halima rejoint le CA    Tunisie: Coupures d'eau ce mercredi sur ces zones de Tunis    Commentaire | La poudrière libanaise : quand il n'y en a plus, il y en a encore !    Prix Littéraires "COMAR D'OR": "Merminus infinitif "remporte le Comar d'or (Lauréats de l'édition 2020)    Une explosion suivie d'un incendie dans le sud du Liban aurait fait des blessés    Deuxième édition de "Les Cordes Méditerranéennes" du 24 au 31 octobre 2020    Des tunisiens et des turcs forment les officiers de police ivoiriens    Pandémie de la Covid-19 : Les saints seraient-ils fâchés ?    Kamel Chaabouni: Et si la Tunisie adhérait à l'union des Etats-Unis d'Amérique !    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Ahmed Ounaïes: Béji Caïd Essebsi, l'esprit destourien (Album photos)
Publié dans Leaders le 06 - 08 - 2020

Béji Caïd Essebsi appartient à la première génération des disciples ayant accompli le plus long parcours à l'ombre des aînés qui avaient pris en charge les destinées de la Tunisie et réalisé son indépendance. De surcroît, l'autorité de Habib Bourguiba, sa démarche intellectuelle et son exemple marquent le jeune commis de l'Etat et éveillent en lui le sens politique et l'esprit de la haute mission. Béji Caïd Essebsi ne s'y dérobera pas. Il ne quittera pas la scène, il prend date avec le destin pour voler à son tour au secours de la Tunisie, pour fixer à nouveau le cap et pour refonder l'espoir.
Appelé à diriger le gouvernement dans les premières semaines qui suivent la chute de Ben Ali, il jette les bases de la transition démocratique et gère habilement les retombées de la guerre civile en Libye. A travers lui, la Tunisie participe pour la première fois au sommet du G-8. La Révolution ayant déjà redressé l'image du pays ternie par vingt ans de despotisme, Béji Caïd Essebsi lui donnait un relief et créait un élan de sympathie dont nous étions fiers. Il organisait les élections pour l'Assemblée constituante et cédait le pouvoir au gouvernement issu des élections. Comment taire, dès lors, que l'Etat s'enlisait et que l'Assemblée s'affranchissait cavalièrement des obligations et des engagements qui fixaient son mandat ? S'il appartient désormais aux partis de dénoncer les égarements, de veiller à la liberté et à la sécurité du citoyen, de préserver la transition démocratique et le crédit de la Tunisie, aucun n'y répond, aucun n'en a le poids.
C'est au-dessus des partis, loin de tout calcul partisan, que Béji Caïd Essebsi lançait l'alerte. Le déséquilibre de l'échiquier politique mettait en péril l'acquis de la Révolution et menaçait l'intégrité même du pays. Le régime démocratique ne saurait s'affirmer en l'absence de l'équilibre et de l'alternance. Dans sa Déclaration du 26 janvier 2012, il recommande ‘‘ aux forces politiques et intellectuelles qui rejettent l'extrémisme et la violence et qui s'inscrivent dans la tradition historique tunisienne de réforme de mettre en commun leur énergie au service d'une alternative qui renforce l'équilibre politique et garantisse le jeu de l'alternance pacifique, sans laquelle nulle démocratie ne saurait s'établir''. C'est dans cette recommandation que se reconnaissent les initiateurs de Nidaa Tounes.
Ainsi naît un nouveau parti qui, dans son fond, est plus qu'un parti politique : un élan qui puise aux sources du nationalisme, du syndicalisme et de la gauche et qui subsiste dans les cœurs. Des indépendants, non roués aux jeux politiques, y plongent volontiers. La composante de gauche, en particulier, affirme des exigences qui vont loin en doctrine et en méthode. Or, Béji Caïd Essebsi, à l'exemple de Bourguiba, ne s'enferme guère dans une doctrine, ni dans une méthode. Armé de ses convictions propres, il doit poser le problème national, recentrer la scène et relancer l'espoir : tel est son art politique. La détente consécutive et la consolidation démocratique sont saluées par le prix Nobel de la Paix.
En s'élevant à la présidence de la République, il s'empresse de redresser la barre en politique extérieure et, sur la scène intérieure, il s'attache à consolider le processus de la transition en privilégiant la non-exclusion, l'entente et, quant aux fondamentaux, les compromis d'étapes. Ainsi assurait-il la poursuite de la véritable transition. Le terrorisme, qui s'était implanté à l'abri de l'islamisme et dont nous sous-estimons aujourd'hui l'ampleur, dictait des contraintes de politique intérieure et de politique extérieure. Béji Caïd Essebsi veillait à moderniser les moyens de la lutte et à la structurer : en moins de cinq ans, le terrorisme était brisé.
L'année 2016, soixantième anniversaire de l'indépendance, était particulièrement sensible. Au début de l'année, à temps avant le 20 mars, je demandais un entretien avec le Président pour attirer son attention sur quelques thèmes à clarifier et sur des propositions à étudier dans l'espoir de proclamer, à cette échéance, des réformes substantielles. Deux propositions étaient acceptées d'emblée, sans doute parce qu'il y avait déjà songé de lui-même. La troisième semblait difficile : il s'agissait de l'abolition de la peine de mort. « Quant au fond, me dit-il, j'y veille. Sous mon mandat, je n'admettrai pas d'exécution. Mais légaliser l'abolition, je crains que l'opinion, dans le contexte présent de la menace terroriste, ne l'admette pas et qu'il ne soit pas facile non plus de former une majorité parlementaire à cette fin. » Mon argument était que l'emprise terroriste sera mieux combattue par le choc culturel de l'abolition formelle : l'Etat n'a pas à répondre à la menace de mort criminelle par la menace de mort légale. Cependant, selon le Président, le contexte n'était pas propice à la symbolique culturelle. «L'abolition, dit-il, prendra tout son sens quand le risque terroriste aura été normalement surmonté. Un tel geste correspond à la philosophie de réforme de la Tunisie : un jour, nous l'accomplirons, mais je n'en réponds pas dans l'immédiat », conclut-il. Je ne saurais affirmer qu'il avait orienté la Commission Colibe, désignée l'année suivante, mais le rapport de la Commission recommande l'abolition de la peine de mort : ses recommandations, en juin 2018, constituent, à notre sens, le testament moral de Béji Caïd Essebsi. A nous de l'accepter et de l'assumer, nous sommes la société arabe d'avant-garde.
En admettant la coalition avec le parti Ennahdha, qu'il avait durement combattu dans la campagne électorale, et en cultivant l'entente qui lui est inhérente, Béji Caïd Essebsi ne cédait pas seulement à l'arithmétique parlementaire, mais aussi à la logique de la responsabilisation qui induit, inéluctablement, la mise en question et le dépassement. Le parti Ennahdha, qui se proclame islamiste, est formé de Tunisiens qui assimilent d'eux-mêmes, dans leur propre pays, les valeurs de la liberté, de l'égalité et de la modernité. Ces valeurs sont indestructibles. Le dogme ne saurait supplanter, ni en intelligence ni en conscience, l'impact de la praxis. Si le discours dogmatique, tant qu'il se réclame de l'opposition, se prétend cohérent, il en va autrement dans la dialectique de la gestion et dans la vie. Le citoyen, a fortiori la citoyenne, aspirent à la liberté et la revendiquent. A l'épreuve, le vernis craque. Le discours et la politique retardataires se résorbent dans les valeurs qui fondent notre socle commun.
Dans le temps, la société arabe démocratique s'édifie au cœur de cette dialectique. L'exercice du pouvoir est une grande école. Dans le temps, l'islamisme ne saurait tenir dans la Tunisie moderne, ni par la violence ni par la ruse. Fidèle à elle-même, la Tunisie avance en résorbant les écarts, les intrus et les prétendus libérateurs.
La démarche est bourguibienne, l'esprit destourien. Béji Caïd Essebsi, héritier d'une grande école est, à lui seul, une école politique.
Ahmed Ounaïes
Lire aussi
Taoufik Habaieb: Avec Beji Caïd Essebsi
Taoufik Habaieb - Béji Caïd Essebsi, 1 An déjà: L'exigence de loyauté
Dr Moez Belkhodja - Beji Caïd Essebsi: L'homme et l'homme d'Etat
Exclusif - L'hommage de Rached Ghannouchi à Béji Caïd Essebsi, un an après son décès
Mohamed Ennaceur - Beji Caïd Essebsi: Il était resté à la barre jusqu'au dernier jour, sauvant la Tunisie du naufrage
Giuseppe Conte- Beji Caïd Essebsi: Cette « alchimie » spéciale qui s'est créée entre nous deux


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.