Vivez une expérience Samsung Galaxy Camera fluide pour une création de contenu facile    Météo en Tunisie: temps peu nuageux, températures stationnaires    Temps printanier et hausse des températures... Les prévisions de la semaine    Le Stade Tunisien demande les enregistrements du VAR    Ramadan : plus de 71 tonnes de produits alimentaires impropres à la consommation saisies    Lancement des examens du 2e trimestre : le calendrier complet    Le paradoxe de la primauté du matériel informatique dans la région MENA : pourquoi nous privilégions les boîtes sur l'intelligence    L'Espérance réclame des explications sur les décisions arbitrales    L'empreinte des siècles sur le Maghreb: Quel potentiel unitaire?    La Marsa en deuil : Décès du Dr Slim Meherzi, pédiatre de cœur et ancien maire    Un nouveau livre de Faouzia Farida Charfi : Lettre à mon petit-fils sur l'islam d'aujourd'hui    Ouvrage Les plus belles mosaïques de Tunisie : l'art ancestral de la mosaïque à l'honneur    Ramadan en Tunisie : rester proche malgré la distance grâce à Taptap Send    Gemini 3.1 Pro lancé : Google avance un modèle d'IA plus intelligent que les autres    11.000 tonnes sur le marché, mais l'huile subventionnée reste introuvable    L'ISCAE Manouba et IFC Cairo signent une convention de partenariat stratégique    Reprise du trafic ferroviaire du TGM sur toute la ligne Tunis – La Goulette – La Marsa    Météo en Tunisie : pluies éparses dans les régions côtières    Leila Shahid: une vie à raconter la Palestine au monde    Annonce officielle des arbitres pour le derby tunisien    La suspension simultanée de Land'Or et Poulina annonce-t-elle un rachat stratégique ?    De Tunis aux plus hautes sphères : le parcours exceptionnel de Rachid Azizi dans son livre « Un sur un million »    Attijari bank célèbre la transmission et les liens intergénérationnels au sein de la diaspora avec une campagne baptisée "يعيش فينا رمضان" à l'occasion du Ramadan 2026    La Voix de Hind Rajab primé au gala Cinema for Peace à Berlin, Kaouther Ben Hania refuse la récompense    Abderrazek Kéfi, ancien ministre de l'Information, est décédé    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    Ramadan en Tunisie: entre spiritualité et gourmandise (Album photos)    Visa Schengen 10 ans : qui pourra en bénéficier ?    Zoubeida Khaldi: Ce cavalier    Ooredoo Fintech Tunisie obtient l'agrément de la Banque Centrale pour lancer walletii by Ooredoo en Tunisie    Iran : Guerre probable, versus, paix improbable ?    Arabie Saoudite annonce le début officiel du Ramadan 2026 avec le Qatar et les Emirats    Qui est Anne-Claire Legendre, la première femme à réinventer l'Institut du monde arabe ?    Festival Gabès Cinéma : Afef Ben Mahmoud à la direction    CIVP : vers une augmentation de l'indemnité des stages en Tunisie    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Conférence de Munich 2026: l'Europe face au duel Washington–Pékin    Lancement de la première session de recrutement 2026 : dates et modalités    L'odorat des chiens au service de l'oncologie médicale    Anis Lassoued : ''Enda a été le déclic qui a permis à Moez de briser les chaînes du silence''    De la culture générale (II): l'apport arabe à la Renaissance européenne    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    L'Université de Tunis El Manar et l'Université japonaise d'Hiroshima signent un accord de coopération    Mondher Msakni: L'orfèvre    Israël intensifie sa politique d'annexion et de colonisation en Cisjordanie    ATMEDIA lance la première session de formation sur l'intelligence artificielle pour les journalistes    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Ahmed Ounaïes: Béji Caïd Essebsi, l'esprit destourien (Album photos)
Publié dans Leaders le 06 - 08 - 2020

Béji Caïd Essebsi appartient à la première génération des disciples ayant accompli le plus long parcours à l'ombre des aînés qui avaient pris en charge les destinées de la Tunisie et réalisé son indépendance. De surcroît, l'autorité de Habib Bourguiba, sa démarche intellectuelle et son exemple marquent le jeune commis de l'Etat et éveillent en lui le sens politique et l'esprit de la haute mission. Béji Caïd Essebsi ne s'y dérobera pas. Il ne quittera pas la scène, il prend date avec le destin pour voler à son tour au secours de la Tunisie, pour fixer à nouveau le cap et pour refonder l'espoir.
Appelé à diriger le gouvernement dans les premières semaines qui suivent la chute de Ben Ali, il jette les bases de la transition démocratique et gère habilement les retombées de la guerre civile en Libye. A travers lui, la Tunisie participe pour la première fois au sommet du G-8. La Révolution ayant déjà redressé l'image du pays ternie par vingt ans de despotisme, Béji Caïd Essebsi lui donnait un relief et créait un élan de sympathie dont nous étions fiers. Il organisait les élections pour l'Assemblée constituante et cédait le pouvoir au gouvernement issu des élections. Comment taire, dès lors, que l'Etat s'enlisait et que l'Assemblée s'affranchissait cavalièrement des obligations et des engagements qui fixaient son mandat ? S'il appartient désormais aux partis de dénoncer les égarements, de veiller à la liberté et à la sécurité du citoyen, de préserver la transition démocratique et le crédit de la Tunisie, aucun n'y répond, aucun n'en a le poids.
C'est au-dessus des partis, loin de tout calcul partisan, que Béji Caïd Essebsi lançait l'alerte. Le déséquilibre de l'échiquier politique mettait en péril l'acquis de la Révolution et menaçait l'intégrité même du pays. Le régime démocratique ne saurait s'affirmer en l'absence de l'équilibre et de l'alternance. Dans sa Déclaration du 26 janvier 2012, il recommande ‘‘ aux forces politiques et intellectuelles qui rejettent l'extrémisme et la violence et qui s'inscrivent dans la tradition historique tunisienne de réforme de mettre en commun leur énergie au service d'une alternative qui renforce l'équilibre politique et garantisse le jeu de l'alternance pacifique, sans laquelle nulle démocratie ne saurait s'établir''. C'est dans cette recommandation que se reconnaissent les initiateurs de Nidaa Tounes.
Ainsi naît un nouveau parti qui, dans son fond, est plus qu'un parti politique : un élan qui puise aux sources du nationalisme, du syndicalisme et de la gauche et qui subsiste dans les cœurs. Des indépendants, non roués aux jeux politiques, y plongent volontiers. La composante de gauche, en particulier, affirme des exigences qui vont loin en doctrine et en méthode. Or, Béji Caïd Essebsi, à l'exemple de Bourguiba, ne s'enferme guère dans une doctrine, ni dans une méthode. Armé de ses convictions propres, il doit poser le problème national, recentrer la scène et relancer l'espoir : tel est son art politique. La détente consécutive et la consolidation démocratique sont saluées par le prix Nobel de la Paix.
En s'élevant à la présidence de la République, il s'empresse de redresser la barre en politique extérieure et, sur la scène intérieure, il s'attache à consolider le processus de la transition en privilégiant la non-exclusion, l'entente et, quant aux fondamentaux, les compromis d'étapes. Ainsi assurait-il la poursuite de la véritable transition. Le terrorisme, qui s'était implanté à l'abri de l'islamisme et dont nous sous-estimons aujourd'hui l'ampleur, dictait des contraintes de politique intérieure et de politique extérieure. Béji Caïd Essebsi veillait à moderniser les moyens de la lutte et à la structurer : en moins de cinq ans, le terrorisme était brisé.
L'année 2016, soixantième anniversaire de l'indépendance, était particulièrement sensible. Au début de l'année, à temps avant le 20 mars, je demandais un entretien avec le Président pour attirer son attention sur quelques thèmes à clarifier et sur des propositions à étudier dans l'espoir de proclamer, à cette échéance, des réformes substantielles. Deux propositions étaient acceptées d'emblée, sans doute parce qu'il y avait déjà songé de lui-même. La troisième semblait difficile : il s'agissait de l'abolition de la peine de mort. « Quant au fond, me dit-il, j'y veille. Sous mon mandat, je n'admettrai pas d'exécution. Mais légaliser l'abolition, je crains que l'opinion, dans le contexte présent de la menace terroriste, ne l'admette pas et qu'il ne soit pas facile non plus de former une majorité parlementaire à cette fin. » Mon argument était que l'emprise terroriste sera mieux combattue par le choc culturel de l'abolition formelle : l'Etat n'a pas à répondre à la menace de mort criminelle par la menace de mort légale. Cependant, selon le Président, le contexte n'était pas propice à la symbolique culturelle. «L'abolition, dit-il, prendra tout son sens quand le risque terroriste aura été normalement surmonté. Un tel geste correspond à la philosophie de réforme de la Tunisie : un jour, nous l'accomplirons, mais je n'en réponds pas dans l'immédiat », conclut-il. Je ne saurais affirmer qu'il avait orienté la Commission Colibe, désignée l'année suivante, mais le rapport de la Commission recommande l'abolition de la peine de mort : ses recommandations, en juin 2018, constituent, à notre sens, le testament moral de Béji Caïd Essebsi. A nous de l'accepter et de l'assumer, nous sommes la société arabe d'avant-garde.
En admettant la coalition avec le parti Ennahdha, qu'il avait durement combattu dans la campagne électorale, et en cultivant l'entente qui lui est inhérente, Béji Caïd Essebsi ne cédait pas seulement à l'arithmétique parlementaire, mais aussi à la logique de la responsabilisation qui induit, inéluctablement, la mise en question et le dépassement. Le parti Ennahdha, qui se proclame islamiste, est formé de Tunisiens qui assimilent d'eux-mêmes, dans leur propre pays, les valeurs de la liberté, de l'égalité et de la modernité. Ces valeurs sont indestructibles. Le dogme ne saurait supplanter, ni en intelligence ni en conscience, l'impact de la praxis. Si le discours dogmatique, tant qu'il se réclame de l'opposition, se prétend cohérent, il en va autrement dans la dialectique de la gestion et dans la vie. Le citoyen, a fortiori la citoyenne, aspirent à la liberté et la revendiquent. A l'épreuve, le vernis craque. Le discours et la politique retardataires se résorbent dans les valeurs qui fondent notre socle commun.
Dans le temps, la société arabe démocratique s'édifie au cœur de cette dialectique. L'exercice du pouvoir est une grande école. Dans le temps, l'islamisme ne saurait tenir dans la Tunisie moderne, ni par la violence ni par la ruse. Fidèle à elle-même, la Tunisie avance en résorbant les écarts, les intrus et les prétendus libérateurs.
La démarche est bourguibienne, l'esprit destourien. Béji Caïd Essebsi, héritier d'une grande école est, à lui seul, une école politique.
Ahmed Ounaïes
Lire aussi
Taoufik Habaieb: Avec Beji Caïd Essebsi
Taoufik Habaieb - Béji Caïd Essebsi, 1 An déjà: L'exigence de loyauté
Dr Moez Belkhodja - Beji Caïd Essebsi: L'homme et l'homme d'Etat
Exclusif - L'hommage de Rached Ghannouchi à Béji Caïd Essebsi, un an après son décès
Mohamed Ennaceur - Beji Caïd Essebsi: Il était resté à la barre jusqu'au dernier jour, sauvant la Tunisie du naufrage
Giuseppe Conte- Beji Caïd Essebsi: Cette « alchimie » spéciale qui s'est créée entre nous deux


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.