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Tawhida Ben Cheikh: pour un hommage digne de sa stature
Publié dans Leaders le 07 - 01 - 2011

Il y a quelques semaines, une grande tunisienne nous quittait sur la pointe des pieds à l'âge de 102 ans, Tewhida Ben Cheikh , première femme médecin tunisienne, maghrébine et probablement arabe et africaine puisqu'elle a décroché son doctorat en 1936. Il faut se mettre dans le contexte de l'époque pour comprendre le mérite de cette grande dame qui débarque toute seule dans le Paris des années folles en 1930, pour y effectuer des études dures et longues qui rebutent jusqu'à nos jours un grand nombre de nos étudiants. Sa disparition est passée inaperçue ou presque à part quelques témoignages de ses élèves et proches.
Certes, Dr Tewhida Ben Cheikh avait toujours fui les feux de la rampe, et je me rappellerai toujours le mal que j'ai pris à la convaincre d'accorder une interview à la fin des années 80 au journal que je dirigeais, sans y parvenir vraiment. Mais la sobriété n'a jamais été synonyme et d'indigence ni d'ingratitude envers cette pionnière de la chirurgie obstétrique tunisienne. C'est pourquoi, l'Association Tunisienne des Etudes et Recherches sur le Patrimoine Intellectuel Tunisien, une association dont j'entends parler pour la première fois, a été bien inspirée de s'occuper de l'organisation de la cérémonie du 40ème jour au cours de ce mois. Dans une interview à un journal de la place, le secrétaire général de cette association, nous promet une célébration digne de la grande disparue qu'il présente comme étant la fille du Cheikh… Mohamed Salah Ben Mrad.
Ce qui est plutôt inquiétant de la part de quelqu'un qui s'occupe du patrimoine intellectuel tunisien. Tewhida Ben Cheikh était seulement la voisine des Ben Mrad sur la corniche d'Hammam-lif. Espérons qu'il s'agit-là d'un simple lapsus ou d'une mésinterprétation de ses propos par le journaliste. En tout cas, si le but de l'ATERPIT est bien de faire connaître le patrimoine culturel tunisien et les hommes et femmes qui y ont contribué, elle a du pain sur la planche. Car, jusque-là, la plupart des célébrations de ce genre ont été en deçà des attentes et ont dépassé rarement le stade anecdotique, sans fil conducteur parce que l'homme ou la femme célébrée sont mis en avant avec force détails qui n'intéressent personne au détriment de son œuvre.
Les Tunisiens ignorent tout de leurs philosophes et penseurs et ce qui est plus grave c'est que cette ignorance est partagée par nos édiles car il suffit de lire les noms de rues où il n'ya que des noms libanais et égyptiens, alors que vous ne trouverez jamais le nom d'un penseur tunisien sur une plaque de rue du Caire ou de Beyrouth à part Ibn Khaldoun, que les Egyptiens considèrent comme l'un des leurs. Il est donc grand temps que le voile soit levé sur nos penseurs et qu'ils soient dignement célébrés dans leur propre pays.


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