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Ghazi Gheraïri: "Ceux qui sont sortis reviendront et ceux qui disent qu'ils vont partir ne le feront pas"
Publié dans Leaders le 03 - 07 - 2011

Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? Questions existentielles auxquelles nous ont conviés le groupe les Assoiffés et l'association Esprit citoyen l'après-midi du premier samedi de juillet, censé ouvrir le bal officiel des réjouissances estivales. Au lieu de cela, une centaine de personnes ont renoncé à leurs tenues de plage pour venir écouter un conférencier de taille, Ghazi Gheraïri, membre de cette haute instance, dont la complexité du nom reflète la lourdeur de la tâche. Récemment démissionnaire de son poste de porte-parole de cette même instance, Ghazi Gheraïri défendra pendant près de deux heures la voie de la sérénité et de la raison face au climat de tensions et de surenchères ambiantes. Il répondra aux critiques, aux interrogations et aux inquiétudes des uns et des autres de manière précise et factuelle sans lyrisme déplacé ni fioritures superflues.
S'exprimant à la demande de certaines personnes présentes dans la salle dans un français châtié qui surprend de la part d'une personne qu'on avait toujours entendu discourir lors de ses déclarations officielles dans un arabe recherché, Ghazi Gheraïri semble détendu dans son jean, sa chemise et sa veste, qu'il se limitera à accrocher à sa chaise. « Nous sommes dans une phase de transition mais c'est à nous de faire en sorte que ce soit une transition vers la démocratie. Nul n'est légitime au cours de cette phase et pourtant il nous faut avancer, ce que nous sommes en train de faire par le consensus entre toutes les parties qui veulent bien participer au passage de ce bord honni qu'est la dictature à celui espéré, la démocratie», commence par dire le conférencier, ajoutant que ceux qui claquent la porte ratent l'occasion d'influencer le débat dans le sens qu'ils désirent, le laissant devenir, par leur départ, de plus en plus partisan. C'est pourquoi il a la certitude qu'ils reviendront et que ceux qui menacent de partir ne le feront pas.

Il est très difficile de fabriquer du consensus, affirme M. Gheraïri, car cela implique des concessions multiples pour les parties prenantes présentes mais c'est une mécanique qui ne fonctionne pas si mal que çà et le conférencier de rappeler les profondes divergences, qu'on avait pensé à un moment insurmontables, entre ceux qu'il appelle les juilletistes et les octobristes à propos de la date de tenue des élections de l'assemblée constituante. Le consensus a finalement été obtenu sur cette question à laquelle se sont accommodées maintenant les forces politiques en présence qui raisonnent désormais en fonction de cette échéance.

Alors où en sommes-nous ? A propos du travail de la haute instance à laquelle il appartient, Ghazi Gheraïri dira qu'elle a accompli plus de 80% du travail qui lui était imparti. Mercredi prochain sera finalisée la loi sur le financement des partis qui criminalisera le recours au financement étranger avec dissolution du parti en question. Cette loi interdira également le don des entreprises aux partis politiques et plafonnera ceux des particuliers à 10.000 DT par an. Concernant les âpres critiques qui ont accusé la haute instance d'usurper le pouvoir de l'assemblée constituante en discutant cette loi et ont entraîné le retrait des représentants d'Ennahdha et la menace d'autres de se retirer, il répond en disant que le jeu de l'argent faussera la composition de l'assemblée constituante qui sera, dans ce cas, l'émanation de ce système qu'elle n'aura pas intérêt à changer une fois élue. Il faut donc assurer des règles préalables relatives à la transparence et à la traçabilité des fonds détenus par les partis politiques et d'exiger qu'ils tiennent des registres séparés, qui devront être publiés, où seront indiqués précisément la provenance et l'affectation de ses finances.

Ces paroles entraînent un large murmure de satisfaction et d'apaisement au milieu de la salle mais une dame ne peut s'empêcher de demander si cette loi sera rétroactive. Ne pouvant anticiper sur les dispositions d'une loi en cours de discussion, Ghazi Gheraïri affirmera quand même qu'elle ne le serait probablement pas et un large mouvement d'inquiétude traverse alors les participants. En filigrane mais présente dans tous les esprits de ceux qui étaient là ce samedi après-midi, la crainte des sources de financement étrangères du parti Ennahdha étaient bien nette. Le conférencier dira qu'au moins on le saura et qu'à partir de la date où elle sortira, tous les partis devront se soumettre à cette loi.

M. Gheraïri parlera également du pacte républicain qui vient d'être adopté jeudi dernier et qui consacre le caractère civil de la République tunisienne et renforce ses acquis relatifs aux droits de la famille et de la femme. «Et si certains partis n'y souscrivent pas ?, demande l'un des assistants ». Le conférencier répondra en souriant : «c'est une occasion de savoir qui est contre ces principes et l'on votera en connaissance de cause … ».

En conclusion de cette première partie consacrée à «Où en sommes-nous?», Ghazi Gheraïri dira que « nous sommes en pleine ébullition d'une construction constitutionnelle ». Il restera à la haute instance de compléter une loi sur les associations, une autre sur les médias en collaboration avec l'instance qui s'occupe de la réforme des médias et de s'assurer de disposer d'une justice indépendante car il faut s'attendre, comme il le souligne, à voir émerger, comme dans toute élection démocratique, des contestations et de forts contentieux suite aux élections de la constituante.

A la deuxième interrogation «Où va-t-on ?», Ghazi Gheraïri affirmera tout d'abord qu'il est nettement en faveur de l'option assemblée constituante par rapport au référendum d'une constitution rapidement retouchée car elle lui semble refléter la volonté du peuple tunisien qui s'est révolté pour refonder une République établie sur de nouvelles bases. On va donc vers l'élection de 217 membres qui seront l'émanation de la volonté populaire tunisienne, 199 seront choisis par les Tunisiens résidant en Tunisie et 18 par les Tunisiens vivant à l'étranger, cette disposition constituant une première en soi en Tunisie où nos compatriotes vivant hors de nos frontières n'ont jamais eu de représentant. Le conférencier ne partage pas l'inquiétude de certains de voir cette assemblée perdurer dans le temps comme celle de 1956, qui a mis trois années à écrire une constitution, car la plupart de ceux qui la composeront, étant issus de partis politiques, auront envie de gouverner et que les Tunisiens pourront exprimer leur volonté de raccourcir les délais avec la liberté d'expression retrouvée.

Cette assemblée aura trois moments forts concomitants. Elle devra tout d'abord ratifier tous les décrets-lois qui ont été signés depuis le 14 janvier 2011, écrire un nouveau contrat social, la constitution, ce qui, techniquement ne prend pas beaucoup de temps et préparer le budget de l'Etat de 2012, un travail qui prenait déjà un mois avec l'absence d'une vraie opposition dans le parlement tunisien. Avant cela, elle devra nommer un président qui aura essentiellement des fonctions honorifiques, investir un gouvernement et se définir un règlement intérieur. Donc, de fait, la Tunisie vivra, sous la constituante, dans un régime purement parlementaire, ce qui lui permettrait d'apprécier, dans la réalité, les avantages et inconvénients de ce régime politique.

Deux heures durant, Ghazi Gheraïri fera preuve de pédagogie avec un discours résolument rassurant qui a oscillé entre optimisme et vigilance, un discours convaincant où il aura tenté de répondre aux inquiétudes, aux peurs d'instabilité, de régression sociétale, de perte des acquis sociaux, de regains de violence. Autant de craintes qui sont le lot des peuples qui aspirent à la liberté et ne veulent plus se complaire dans un ersatz sécuritaire.
Prochain rendez-vous jeudi prochain pour accueillir Elisabeth Guigou, ancienne garde des sceaux française, avant une pause estivale bien méritée !


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