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Une conférence de BCE à Berlin sur la transition démocratique tunisienne
Publié dans Leaders le 22 - 03 - 2012

En visite en Allemagne où il a fait l'objet d'un accueil chaleureux, M. Béji Caïd Essebsi est intervenu, lundi, lors d'un colloque organisé par l'Académie de la Konrad-Adenauer-Stiftung à Berlin sur le thème : « Indépendance, révolution, transition démocratique : la Tunisie en tant que modèle pour le monde arabe ». L'ancien premier ministre a rappelé les raisons à l'origine du déclenchement de la révolution tunisienne et passé en revue l'action de son gouvernement en vue de réussir la transition démocratique et d'organiser les premières élections libres depuis l'indépendance. Il a évoqué, également, les défis qui attendent la Tunisie.
Nous reproduisons ci-après, le texte intégral de cette conférence :
Je voudrais d'abord dire ma joie de me retrouver en Allemagne, après l'avoir quittée il y a vingt cinq ans en tant qu'Ambassadeur. J'observe des changements impressionnants : le retour de la capitale à Berlin, l'unification de la nation, le rôle de l'Allemagne dans le système européen, le rythme d'évolution qui place le pays à l'avant-garde du XXIe siècle. Un grand peuple qui a reconquis son unité et sa grandeur par la vertu de la démocratie.
La Tunisie a son tour inaugure un nouveau cycle au sein monde arabe, un cycle de révolutions démocratiques. Des l'indépendance, la Tunisie a entrepris une politique de développement économique et social. La modernisation de I' Etat, la reforme profonde de la société, un système éducatif ouvert base sur la science et la technique, la libération de la femme, la maîtrise de la croissance démographique, l'esprit de tolérance, telles sont les bases de la stratégie de progrès réalisée par le Président Bourguiba a partir de 1956. Grâce aux résultats enregistrés, la Tunisie occupe une place à part le paysage africain et arabe. Seule ombre au tableau, l'évolution générale devait être couronnée par l'assimilation de la démocratie : ce ne fut pas le cas.
Avec Ben Ali, la Tunisie a connu un quart de siècle de régime autoritaire, sans ouverture et sans perspective. Ben Ali a confisqué les libertés et introduit le phénomène de la corruption, aggravé par le népotisme et le clientélisme. Les dix dernières années, jusqu'en 2010, étaient des Année noires. Il n'y avait plus d'espoir de reformer le régime : seul un changement radical pouvait sauver le pays. Quand le 17 décembre, un jeune désespéré s'est donné la mort en s'immolant symboliquement devant le siège du gouvernorat, le geste a soulevé des ethos de bout en bout du pays comme un coup de grisou. C'était un choc national. Le mouvement de protestation populaire a pris une ampleur croissante au point de paralyser totalement le pays. La répression du mouvement par la force n'a fait que radicalser le mouvement de contestation.
Un fait inattendu a ouvert la voie à une véritable révolution : le dictateur a pris la fuite avec sa famille, laissant un vide dangereux. Dès lors, tout pouvait arriver. Par chance, la continuité de 1'Etat a pu être assurée. De hauts responsables se sont portés pour combler le vide. Nul ne s'en étonnera : la notion d'Etat existe, l'Etat tunisien est très ancien, c'est une réalité de plus de trois mille ans. Le rôle du gouvernement de transition est de conduire le pays de la dictature vers un régime démocratique : telle est notre mission.
Nous estimons avoir réussi dans la part qui nous incombait : organiser des élections libres et transparentes afin de donner au nouveau pouvoir une légitimité populaire. Nous avons accompli ainsi la moitié du chemin, mais le succès sera complet dans un an, nous l'espérons, lorsque la nouvelle constitution sera approuvée et que les élections présidentielle et législatives auront mis fin à la situation transitoire.
L'objectif est d'initier un processus évolutif dans la perspective d'instaurer a terme un régime démocratique complet, poser les bases d'une gestion moderne de l'Etat. C'est le grand défi. Nous estimons que 1'enjeu est à la mesure de la Tunisie : nous pouvons gagner cette bataille. D'abord, le peuple est éduqué : La généralisation de l'enseignement est une réalité depuis cinquante ans, c'est l'un des acquis de Bourguiba qui s'est attache a éradiquer l'analphabétisme. Aujourd'hui, ce sont les diplômés qui posent problème. Tout enfant a sa place a I' école puffs a l'université. D'autre part, la Tunisie a bénéficié, sur le plan social, de réformes fondamentales, notamment la libération de la femme qui distingue la Tunisie dans le monde arabe et islamique depuis cinquante ans. La femme, égale de l'homme, en droit et en fait, c'est une donnée fondamentale du processus démocratique.
Enfin, la Tunisie compte une classe moyenne large, fruit de l'évolution économique et sociale des 50 dernières années. Voila trois conditions essentielles pour engager le processus démocratique.
Il reste une quatrième condition, le redressement économique. La situation est difficile mais nous pouvons y réussir. Mon gouvernement a dressé un Plan global pouvant résorber le chômage en cinq ans. Le pays compte 700.000 chômeurs dont le tiers est constitué des diplômés de l'enseignement supérieur. L'année 2011, dominée par le bouleversement politique, a enregistre une croissance nulle. Nous réalisons que les investissements requièrent la stabilité et la confiance a l'intérieur, et le soutien de nos partenaires extérieurs. Nous réalisons également qu'il existe une crise internationale et que les investisseurs traversent une phase difficile. Pour notre part, nous avons fait un bon pas pour réaliser les conditions de la relance et nous avons identifie les projets pouvant valoriser l'investissement. Les engagements pris par le G-8, par l'Europe et par certains Emirats arabes du Golfe nous confortent dans nos espoirs.
Nous estimons, cependant, que l'Europe reste la base de notre effort de redressement économique. Si la Tunisie est rattachée au Machrek par la langue et la religion, elle est fermement liée à l'Europe pour son avenir. La Tunisie a fait, la première, le choix de l'Europe : elle a été la première a signer l'Accord d'Association ; son accession a la communauté des Etats démocratiques constitue un lien de plus pour fonder notre destin et notre sécurité communs. C'est le moment d'un changement de cap nos relations qui viserait à accorder a la Tunisie un statut allant plus loin que le statut avance et qui devrait aboutir à trois résultats : l'intégration de la Tunisie a l'espace économique européen a l'horizon 2020 ; la transposition de l'acquis communautaire et le rapprochement entre les peuples. Des a présent, I'VE pourrait intégrer la Tunisie dans sa stratégie de convergence et d'intégration a l'horizon 2020.
Je voudrais revenir sur l'élément essentiel de la première phase de transition, les élections de l'Assemblée Constituante. Les bases du succès tiennent à une série de facteurs qui ont été mis en œuvre pour la première fois de notre histoire.
1 - D'abord, c'est une Commission indépendante qui a contrôlé les élections, depuis l'inscription sur les listes électorales jusqu'a la proclamation définitive des résultats. Le gouvernement n'est intervenu que pour fournir les moyens logistiques ;
2 - D'autre part, les membres du gouvernement se sont engagés à ne pas se présenter aux élections : la neutralité du gouvernement nous a épargné des faux problèmes et renforcé le crédit des élections ;
3 - Nous avons ouvert toutes les portes aux journalistes et aux observateurs dont 13.422 nationaux et 661 observateurs internationaux ; les observateurs ont participe aux visites des bureaux de vote, aux entretiens avec les partis politiques et au contrôle des opérations de vote ;
4 - Nous avons adopté une formule de liste électorale où l'ordre des candidats est alternativement Homme-Femme ou bien Femme-Homme. Si l'alternance n'est pas respectée, la liste est nulle ; nous avons ainsi assuré un taux de représentation féminine de 49 femmes sur 217 députés. C'est un taux honorable.
Les élections du 23 octobre ont offert au parti Nahdha, d'inspiration islamique, d'émerger avec le score le plus élevé parmi les partis en compétition, sans obtenir pour autant la majorité à l'Assemblée. II a donné forme une coalition avec deux autres partis républicains pour constituer le gouvernement qui a succédé à mon gouvernement. En fait, l'expérience tend à prouver que l'islam n'est pas incompatible avec la démocratie. Le parti Nahdha réalise certainement l'importance de l'enjeu, un enjeu mondial qui dépasse la Tunisie, et doit donc se comporter en acteur réaliste en donnant la preuve qu'il reste fidèle a l'islam tunisien, un islam traditionnellement tolérant. Tous les partis politiques doivent œuvrer clans ce sens. C'est ainsi que nous édifierons une république civile qui concilie la foi musulmane et le choix démocratique et qui assure à tous les tunisiens la sécurité, la stabilité et la paix sociale. C'est le pari que les tunisiens doivent relever et donner en exemple aux autres sociétés islamiques.
Sur le fond, nul ne doute que l'islam est une religion de progrès. La réforme sociale promulguée en 1956, qui a libéré la femme d'un statut archaïque et posé le principe de l'égalité entre l'homme et la femme, s'inspire des sources de la législation islamique et de la philosophie de l'islam, moyennant l'effort d'intelligence et d'adaptation appelé Ittihad. L'islam appelle à l'usage de la raison et du libre arbitre, cultive le sens de la responsabilité, valorise la voix de la conscience, inculque le sens du bien et prévient contre le mal. Les valeurs de liberté, de justice, d'égalité qui sont le fondement de l'humanisme sont des valeurs fondamentales de la philosophie de l'islam.
Sur cette base, l'islam est parfaitement apte à assimiler ce qu'il est convenu d'appeler les valeurs universelles. Les partis d'inspiration islamique qui prétendent reconstruire la société doivent entreprendre cet effort, lier la dignité de l'homme à sa liberté et admettre que le génie de l'islam assimile les principes constitutifs de la Charte des droits de l'Homme des Nations Unies. C'est à ce prix que la révolution arabe ouvrira la voie à la relance de la civilisation de l'islam.
La relance de la civilisation de l'islam est attendue par les peuples arabes et aussi par 1'ensemble des sociétés modernes dans le monde. La nécessité de la révolution qui concilie islam et liberté ne fait de doute pour personne, mais aucun peuple arabe, a ce jour, ne l'a réalisée. Cette révolution a trouve en Tunisie ses penseurs et ses précurseurs et, demain, trouvera ses fondateurs. La perception internationale de la transition démocratique est guidée par l'attente – pour certains la conviction – que la Tunisie doit assumer cette ouverture philosophique, dans toute la mesure la relance de la civilisation de l'islam est plus qu'une question arabe, plus qu'un aggiornamento : c'est une exigence de civilisation qui ne saurait être, ni retardée ni frustrée.
A quelles conditions la Tunisie peut-elle constituer un modèle pour les autres ?
La première condition est que le modèle doit d'abord réussir en Tunisie. Les conditions culturelles et sociales étant favorables par ailleurs, il faudra un effort accru sur le plan économique et une discipline politique vigilante de la part du parti Nahdha. La gageure est à la mesure de la Tunisie.
D'autre part, il faut que les conditions favorables soient également réunies dans les autres pays. Au Moyen Orient, le conflit israélo palestinien est un obstacle sérieux dans la mesure où la persistance de l'affrontement maintient l'ensemble des pays de la région dans un état de militarisation permanent et que la cause palestinienne est une dimension de la politique intérieure clans ces pays. Tant que la perspective de paix est lointaine, l'évolution politique et le développement économique sont préemptés. Si en Tunisie, la transition politique est en passe de réussir, moyennant un soutien économique décisif, la situation est plus complexe au Moyen Orient ou l'effort doit inclure à la fois la stratégie de paix régionale, la reforme sociale et le soutien politique et économique.


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