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Propos véhéments sur une participation hâtive
Publié dans Le Temps le 29 - 04 - 2017

Cela fait longtemps que la Tunisie n'a pas participé à l'exposition d'art contemporain de la biennale de Venise. Nous nous rappelons qu'il y a longtemps que l'artiste peintre Néjib Belkhodja a obtenu, en 1964, la médaille de la biennale de Venise pour son travail plastique avant-gardiste qui proposait une démarche non orientaliste fondée sur une relecture plastique moderniste et innovante de l'architecture et de la calligraphie arabe. La scène plastique tunisienne s'est enrichie alors d'une nouvelle expérience... Les différenciations artistiques et esthétiques commençaient à peine à se différencier entre orientalisme, néorientalisme et démarche abstraite à connotation lettriste et graphiste (Néjib Belkhodja, Lotfi Larnaout...). Cette expérience était alors inédite ! Révolutionnaire. Le patrimoine pouvait être revisité !
Aujourd'hui, la Tunisie des arts plastiques est si richement différenciée, plurielle, moderniste et contemporaniste, qu'elle pourrait même tenir tête aux tendances les plus osées de l'art contemporain... La Tunisie pourrait être représentée dans un pavillon national propre à elle... regroupant des artistes tunisiens très avancés dans l'art contemporain !
Il en a été autrement... puisque c'est à Mme Lina Lazaâr qu'a été confiée la tâche de représenter la Tunisie à la prestigieuse biennale de Venise.
Qui est Mme Lina Lazaâr... une artiste ? Non... mais une jeune promotrice d'art et d'évènements artistiques qui exigent beaucoup de moyens... Le festival Jaon (2016), ou « J.A.W » en saoudien Jeddah art Week, a bien eu lieu à Carthage, autour du concept de la mosquée-container. Ce festival a été une réussite médiatique très intéressante mais il n'a pas laissé beaucoup de traces au niveau artistique ou surtout au niveau des impacts réels culturels attendus ou du marché de l'art... même si Lina Lazaâr a eu le mérite d'oser défier les morosités qui régnaient dans les mouvements artistiques tunisiens et arabes.
Il reste que Lina Lazaâr a entrepris ce travail dans le cadre privé, personnel qui a été apprécié par les uns et décrié par les autres. La participation à la Biennale de Venise n'est pas une affaire personnelle. Elle n'est pas « une affaire »... Elle engage l'Etat. Le pavillon qui est octroyé par les autorités de la Biennale de Venise est octroyé à l'Etat tunisien, comme le pavillon français est octroyé à l'Etat français... Il nous semble qu'une confusion entre privé et Etat a été opérée et que cela est contraire aux usages et aux règles de souveraineté, puisqu'il est au seul profit du privé.
Déléguer, concéder cette souveraineté à une personne physique sans autres formes de procès est de l'ordre de l'arbitraire, du bon vouloir du prince... en l'occurrence ici, du ministre des Affaires culturelles.
Il nous semble que cette « concession » soulève un problème, comme nous l'avons dit plus haut, de souveraineté, mais aussi de respect des créateurs tunisiens et de l'ensemble des institutions artistiques et culturelles et de tout le mouvement des arts plastiques en Tunisie, y compris ses associations.
On pourrait arguer, pour justifier cette opération, de la nécessité de s'ouvrir au privé, soit.... Mais, dans le cas qui nous occupe... l'opérateur de la biennale de Venise, telle qu'elle a été conçue, n'engage que le privé et exclut le public.
Toutes les prérogatives, démarche artistique, engagée par Lina Lazaâr, en anglais, « the absence of paths », espace de réalisation, thèmes, objectifs de la démarche, sont proposés et réalisés en dehors de toute implication des artistes, du mouvement plastique tunisien... Cela nous semble inadéquat... injuste ! arbitraire !
La privatisation de la culture, du patrimoine est peut-être, de plus en plus à l'ordre du jour dans notre pays. Il reste que cette option n'est pas encore adoptée et définitivement arrêtée et qu'elle continue à être discutée. Il semble que les décisions de concéder certaines actions ou initiatives étatiques ou privées sont prématurées et peut être pour le moment, inopportunes. En outre, aucune loi ne les permet, puisqu'elle n'est pas promulguée !
Se peut-il que la société civile, les partis démocratiques et progressistes l'UGTT, les associations culturelles, celles des arts plastiques n'aient pas encore eu vent de l'affaire ou négliger de s'en occuper (Union des artistes plasticiens) est seulement préoccupée à revendiquer la primauté de partager, au mieux de ses intérêts, le gâteau de la commission d'achats, qu'elle oublie les problèmes essentiels autres et la gravité de la situation qui leur est faite et de l'atteinte à la dignité des créateurs dans ce pays !
Nous aurions aimé que la reprise de la participation de la Tunisie à la Biennale de Venise soit le résultat d'une approche collective nationale, démocratique orientée vers l'implication de compétences artistiques jeunes présentes sur la scène artistique nationale et même internationale. Nous aurions aimé que ce retour important sur la scène internationale de la biennale soit fêté solennellement... loin de toutes les gesticulations artificielles et peut être seulement médiatiques.
Pour ce faire, il aurait fallu regrouper toutes les volontés de renouvellement, d'innovations et de créations autour d'un projet d'avant-garde réellement représentatif d'une démarche artistique ou de plusieurs démarches artistiques nationales couvertes sur l'universel. Ces volontés existent.... Elles sont au niveau de l'université, des groupes de recherche... des galeries d'art et des associations. Elles peuvent avec les sponsors comme Lina et Kamel Lazaâr, donner à la présence tunisienne à la Biennale de Venise un caractère d'avant-garde susceptible de dépasser les images orientalistes, folkloriques ou spécifiques, qu'on a réussi à coller aux arts plastiques en Tunisie et promouvoir ainsi la recherche tous azimuts et en faveur d'un art et d'une expression universelle. Il est vrai qu'il y a longtemps que la Biennale de Venise n'a pas vu la participation officielle de la Tunisie dans le cadre spécifique du « pavillon national » pour des arisons d'insuffisance budgétaire ou de leur raréfaction. Le même cas a été constaté par le festival du cinéma de Cannes où la Tunisie était présente grâce à la contribution d'un privé, mais la participation tunisienne était réalisée par des jeunes cinéastes autonomes qui ont, d'ailleurs, été primés, il n'y a pas si longtemps de cela. Le pavillon de Tunisie à la Biennale de Venise n'obéit pas à cette démarche. Il est réalisé par une seule personne sans aucune autre participation mais, par des anonymes ou « anonymous » inconnus au bataillon des artistes tunisiens. Cette participation « anonyme » nous a paru emblématique d'une situation nouvelle, où l'on pousse à la privatisation d'un secteur jusque là public. Cela nous semble choquant. Cette poussée « privative" est peut être le reflet des discussions non encore achevées sur la loi sur les musées objet de discussions très chaudes sur l'orientation des dispositions juridiques à appliquer aux musées publics ou privés. La préoccupation, les soucis, nos soucis viendraient du fait que les autorités de tutelle pencheraient pour une gestion ouvertement privée du musée national d'arts plastiques modernes et contemporains. Le musée pourra vendre ses collections : Cela ne manquera pas d'ouvrir la voie à la vente de biens publics de la propriété intellectuelle.
L'UNESCO, dans ses prescriptions concernant les musées d'art, soutiennent que les œuvres publics acquises ne peuvent plus être vendues ou cédées.
Les discussions concernant les biens publiques aboutissent à des grandes controverses entre ceux qui veulent exporter des œuvres d'art sans restriction aucune et ceux qui maintiennent les dispositions du code du patrimoine.
En vérité, nous tenons à ce que tout cela soit discuté sérieusement dans le cadre d'états généraux où tous les représentants de la société sont présents sans que les autorités publiques imposent leurs choix sous autre forme de procès. Nous y reviendrons sur ces discussions très prochainement.


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