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SRIA - BOUJRIR : LA VALLEE OUBLIEE
Redécouvertes
Publié dans Le Temps le 02 - 12 - 2007

Sria - Boujrir où est-ce donc ? Existe-t-il encore des « coins tranquilles » qui puissent échapper ainsi à la curiosité, à l'envahissement des citadins ? C'est très simple d'y aller : à la sortie de Mateur, on emprunte la route de Tabarka, en regrettant, au passage, qu'une très belle « maison coloniale » soit abandonnée, livrée au pillage.
Puis, on traverse le bourg de Ghezala et ... le paysage change complètement : aux riches plaines à céréales du mateurois succèdent une multitude de collines consacrées à la polyculture et piquetées de petites exploitations agricoles. On est en Numidie ! Les crêtes commencent à être boisées. La route sinue en s'élevant à des altitudes modestes.
Enfin on atteint un croisement : on quitte la route « nationale » P. 7 qui va à Tabarka via Sedjenane et Nefza, et on emprunte, dans une direction nettement plus Nord-Ouest, une petite « départementale », C. 58, vers Cap Serrat que beaucoup de gens connaissent. Seulement, ils n'ont pas remarqué la vallée de Boujrir tant elle est tranquille.

LES MOGODS
Chemin faisant, on arrive au pont de l'Oued Melah. Il y a quelques années, certains technocrates dans leur « rage » d'aménager le territoire avaient pensé barrer cet oued, comme tous ceux qui alimentaient le Lac Ichkeul, classé alors au Patrimoine mondial. A quoi l'eau de cet oued, que la « sagesse populaire » a nommé : « melah », aurait-elle bien pu servir ? A saler un peu plus l'eau « domestique » bue par les citoyens ? A brûler la végétation et à stériliser les terrains qu'elle aurait irrigués ? On connaît la fin de l'histoire. Le lac Ichkeul, en tant que réserve mondiale de biosphère, est mort faute d'être alimenté en eau douce. Heureusement, le barrage sur l'Oued Melah n'a pas été construit. Et le paysage, toujours aussi pittoresque, devrait le rester certainement plus d'une cinquantaine d'années encore, ce qui correspond à la durée de vie moyenne d'un barrage en Tunisie : voir ceux construits sur les Oued El Kebir et Mellèg. « Développement durable », « protection de l'environnement », « gestion de la biodiversité », quand vous nous tenez !
Naguère, des professeurs de géographie et des sciences de la nature amenaient régulièrement leurs élèves en ces lieux. A partir du pont sur l'Oued Melah, les enfants découvraient tout un monde de notions : des strates, des méandres, des terrains sédimentaires, du calcaire, du grés, des « poudings », des alluvions, l'érosion ainsi que des phénomènes volcaniques et une lave basaltique, un peu plus loin, en observant, médusés, les - petites - « orgues » de basalte du « dyke » au lieu-dit « Guelb Saad Moun ». Elles ont, hélas, été bien abîmées par les carriers qui en ont prélevé beaucoup pour servir d' « âme » au barrage sur l'Oued Sedjenane. Il en reste cependant encore assez, dans un paysage agreste, pour que le randonneur curieux s'y rende avec plaisir.
Les élèves découvraient aussi la notion d'écosystème au bord de l'oued. Dans l'eau, vivaient des crabes, des tortues d'eau carnivores et de minuscules poissons. Des libellules, des « mantes religieuses », des sauterelles, tout un monde d'insectes peuplait les berges sur lesquelles croissaient des roseaux, des tamaris et des lauriers roses, survolés par des hirondelles « de cheminée » et de « rivage » qui les consommaient. Pouvez-vous différencier ces oiseaux ? Un peu plus loin, après avoir longé le ravin par lequel l'oued se fraie un passage à travers les collines, il fallait s'arrêter pour observer et photographier « l'olivier plié ». Les vents, presque constants dans cette région et très souvent de secteur Nord-Ouest, ont fini par plier à angle droit un vieil olivier, au bois pourtant très dur qui pousse au bord de la route. Son feuillage, parallèle au sol, forme un fuseau sous le vent.
Enfin, au col, d'où part la piste menant au dyke volcanique, on arrive à l'entrée de la vallée de Boujrir. On ne peut pas se tromper : désormais, la petite route va descendre en serpentant jusqu'au pont sur l'Oued Sedjenane, douze à treize kilomètres plus loin. Ces lieux pourraient aussi se nommer « la vallée des milans noirs ». Chaque année, quand dans les forêts des alentours, retentissent les appels du coucou, que les cailles chantent dans les près : « paye tes dettes, paye tes dettes » et que les buses reviennent planer du sifflant au-dessus des basses-cours pour y voler quelques poussins, apparaissent dans le ciel, de nombreux milans noirs. Des spécialistes viennent de loin pour les étudier, paraît-il. Ils décrivent des orbes dans les cieux printaniers, en compagnie de couples de vautours percnoptères et d'aigles de Bonelli.
Dans les « dents » dénudées, ocre, couleur de terre de Sienne brûlée, du Jebel Akrat voisin, on peut parfois apercevoir de loin, car il est très farouche, un merle bleu. Les soirées d'été, les engoulevents chassent silencieusement au ras du sol. Il nous est arrivé de photographier des cailles, « affolées » par le son d'un appeau et d'observer, le soir, en buvant un café à la douce lumière d'une lampe à pétrole, une chouette effraie : « la dame blanche » posée sur la rambarde de la véranda. Il nous a été donné d'admirer un oiseau merveilleux, de la taille d'un moineau : le « Gorge bleue à miroir blanc » doté d'un plastron d'un bleu roi brillant bordé de roux vif et tâché d'un petit « miroir » blanc nacré : une véritable merveille.
Un autres très bel oiseau : la « dame des bois » au plumage mordoré, la bécasse, fréquente les forêts et attire bien des chasseurs qui traquent aussi les lièvres, les perdrix et les sangliers abondants. Les grives viennent piller les oliviers et se régaler de baies dans les maquis.
Au printemps principalement, les paysans locaux prennent, avec un matériel pour le moins sommaire, des barbeaux de plusieurs kilos dans l'oued Sedjenane qui est ici tout près de se perdre dans le lac de retenue de son barrage.
Le long de ce lac, sur les collines environnantes, dissimulés dans les broussailles denses et épineuses : les « guendoules » qui deviennent des bouquets d'or au printemps, dans toute la région, on découvre de très nombreux Haouanet : des tombeaux rupestres berbères antiques et de nombreux vestiges de petits sites berbero-romains. Il semble bien que les populations locales aient assimilé certaines influences romaines et carthaginoises tout en conservant jalousement leurs traditions que l'on retrouve dans les décors peints des poteries dites de Sedjenane. Les pigments étaient, jusqu'à présent, fabriqués à partir de plantes et de minéraux locaux. Il serait souhaitable que les goûts, pour le moins bizarres, des visiteurs étrangers que nous amène un tourisme de masse, ne « polluent » pas cette production fragile.
L'été, une superbe petite plage de sable : la Louka accueille les jeunes des alentours et les visiteurs que les foules des plages connues de Bizerte, de Kef Abed et de Cap Serrat rebutent. Un jeune homme entreprenant y a ouvert une « guinguette » où il sert une bonne nourriture simple et peu onéreuse.
Une des qualités remarquables de la vallée de Boujrir est le calme, le silence qui y règne. Sur la petite route qui la traverse de bout en bout, il passe à peu près 50 véhicules par jour. Il doit y avoir à peine une dizaine de petites fermes et un hameau : Souk Essebt, sur les pentes. Tout le long de la journée mais principalement à la fin de l'après-midi, on peut couper la parole à un interlocuteur bavard et lui dire : « Ecoute ... le silence ! » Il est omniprésent au printemps quand, au cours d'une promenade, on recherche les différentes espèces de fleurettes et d'orchidées sauvages qui parent les près et les sous-bois où l'on va chercher, en automne, des champignons délicieux tels que les grandes lépiotes ou des baies de myrte : « le rihane », en hiver. Le silence règne sur les « camping » installés à l'ombre parfumée des eucalyptus quand on guette, à la tombée de la nuit, les grognements d'un porc-épic irascible ou que l'on attend le « concert » de hurlements d'une meute de chacals qui se rassemblent avant de partir à la chasse. La nuit, les sangliers viennent dans le campement, attirés par les odeurs de nourriture. Parfois, les hurlements lugubres du Grand Duc trouble le silence nocturne.

L'ACCUEIL
Un propriétaire entreprenant a fait, un jour, construire un joli petit « chalet » sur ses terres en bordure de ses bois. Puis, étant lui-même un citadin, il a eu l'idée de partager, avec ceux qui en sont privés, la nature environnante, le temps d'un week-end ou davantage. Dans la vallée de Boujrir et aux alentours tout est possible. Le citadin surmené peut venir s'y reposer en toutes saisons. Même les journées grises où la pluie tombe, têtue, inlassable, permettent de se relaxer au son des crépitements doux des gouttes sur les vitres et des braises dans le foyer sur lequel bouillonne un « barrèd » : une petite théière campagnarde. Son couvercle se soulève à intervalles réguliers, laissant échapper des bouffées de vapeurs qui embaument le thé rouge, très sucré, épais, qu'on peut encore « corser » en y faisant mijoter, selon les goûts, une pincée de thym, de romarin ou une feuille de « géranium » : « aterchiya ».
Le randonneur débutant ou âgé, peut aller flâner, le long de la route jusqu'au hameau de Souk Essebet ou au pont de l'Oued Sedjenane. Chemin faisant, il repèrera les tombeaux rupestres près du hameau et, en automne, dans les près ou en bordure des bois, il cueillera au retour, les « grandes Lépiotes ». Grillées sur un feu de bois ou de charbon, garnies d'une noisette de beurre mêlée de persil frais : elles sont délicieuses. Si vous vous liez d'amitié avec les chasseurs locaux, ils vous offriront, avec plaisir, une bécasse - rôtie, c'est un délice ! - ou quelques côtes de marcassin. Grillées, saupoudrées d'origan, elles sont incomparablement moins grasses et beaucoup plus « parfumées » que des côtes d'agneau.
Les randonneurs aguerris et les chasseurs disposent de toutes les collines voisines boisées ou couvertes de maquis. Les amateurs d'écotourisme seront ravis de découvrir une faune et une flore méditerranéennes très riches et très variées. Les campagnes de reboisement ont ajouté au biotope plusieurs espèces d'eucalyptus. Les nombreuses pistes forestières peuvent convenir à tous les pratiquants de vélo tout terrain. Ils n'auront que l'embarras de choisir l'itinéraire adapté à leurs capacités. Ils pourront « corser » les difficultés en venant s'y promener durant la brève saison des pluies. Ils testeront leur compétence dans les ornières boueuses ou les cassis remplis d'eau ! On pourrait aussi espérer faire, un jour, des randonnées équestres sur les collines environnantes ou des « raids » à cheval dans toute la région. Ce serait facile à organiser au pays d'une race de chevaux, aux qualités incomparables : les poneys des Mogods. Ce sont de petits chevaux, rustiques, dociles, au pied très sûr. La région est parsemée d'exploitations agricoles qui pourraient servir de halte, le soir et fournir un abri, de la nourriture et de l'eau aux cavaliers ainsi qu'aux montures. A quand une véritable politique de tourisme vert, durable, procurant des revenus aux populations locales, oubliées par l'industrialisation et défavorisées par des sols pauvres ? Certains ont pensé faire venir des quads et des motos tout terrain. Ce pourrait être une - bonne ? - idée. Mais, il nous semble qu'il serait regrettable de troubler la quiétude de Boujrir par les vrombissements de moteurs. De plus, les pistes seraient endommagées, les animaux sauvages effrayés et l'air pollué par les gazs d'échappement. Les propriétaires d'engins, tunisiens ou étrangers, viendraient avec leurs véhicules et leur carburant. Et, après avoir fait hurler leur moteur sur les pentes voisines, ils repartiraient, peut-être après avoir « cassé la croûte » mais sans, pratiquement, rien « laisser » à la population locale. Alors que les randonneurs, à pied ou à cheval, ainsi que les chasseurs, ont besoin de « guides », d'accompagnateurs ou de rabatteurs. Ils séjournent plus longtemps. Ils sont donc souvent tentés d'acheter un « encas » : miel, beurre ou « Tabouna » chez l'habitant au cours de la promenade plutôt que de transporter des provisions, qui « s'alourdissent » dans le sac à dos durant la marche.
Boujrir, un « coin » encore très tranquille, à un peu plus d'une heure de voiture de Tunis par de bonnes routes goudronnées. Les multiples « centres d'intérêt », qu'il offre, sont à même de satisfaire bien des curiosités. La Nature y est encore assez bien préservée. Les gens qui y habitent sont accueillants. N'est-ce pas suffisant pour y aller, ne serait-ce que pour voir ?


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