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La France retire ses troupes d'Irak
Publié dans Le Temps le 27 - 03 - 2020

De nouvelles roquettes ont visé hier les intérêts étrangers en Irak alors que de plus en plus de pays retirent leurs troupes du pays. Ces tirs n'ont fait ni dégât ni victime mais il s'agit de la 26ème attaque contre des intérêts américains ou de la coalition en Irak en six mois.
Longtemps, aucune de ces attaques n'a été revendiquée mais Washington accuse depuis le début les factions armées pro-Iran d'en être responsables.
Car les pro-Iran n'ont cessé de mener campagne -sans susciter grand enthousiasme parmi la population- pour bouter les Américains hors d'Irak. L'assassinat à Bagdad par Washington du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien n'ont fait que donner un nouvel élan et plus de soutien à cette campagne.
Il y a eu un vote au Parlement --uniquement des députés chiites-- réclamant au gouvernement d'expulser les soldats étrangers, dont 5.200 Américains.
Après que ces attaques ont tué trois Américains et une Britannique, un mystérieux groupe s'est mis à les revendiquer.
Dans des vidéos mises en ligne après deux récentes attaques contre des bases de la coalition, des hommes armés et cagoulés aux voix modifiées par ordinateur ont revendiqué les tirs de roquette, affirmant agir au nom de la "Ligue des révolutionnaires", un groupe totalement inconnu jusqu'alors.
Dans des mises en scène à grands renforts de drapeau et de musique, ce groupe menace "le Satan américain" et jure de venger "ses victimes", alors que plusieurs raids aériens américains ont tué des dizaines de combattants pro-Iran ces derniers mois en Irak.
Pour de hauts responsables de la coalition, qui considèrent déjà depuis des mois que les factions irakiennes pro-Iran sont un danger plus important pour leurs hommes que l'EI, ce groupe n'est qu'un faux nez.
Par ailleurs, la France va retirer ses troupes d'Irak, où elles participaient à des missions de formation, a annoncé l'état-major français, en raison « notamment » de l'épidémie de Covid-19 qui vient ainsi entraver une de ses opérations extérieures. Il précise dans un communiqué :
« En coordination avec le gouvernement irakien, la coalition [internationale anti-organisation Etat islamique (EI) emmenée par Washington] a décidé d'ajuster son dispositif en Irak et de suspendre provisoirement ses activités de formation des forces de sécurité irakiennes, compte tenu notamment de la crise sanitaire. »
Frontalier de l'Iran, où le virus a déjà tué près de 1 700 personnes, l'Irak a imposé dimanche à l'échelle nationale des mesures très strictes contre le nouveau coronavirus, faisant état de vingt décès et 233 cas confirmés de la maladie.
Personnel rapatrié jusqu'à nouvel ordre
Ainsi, « la France a décidé de rapatrier jusqu'à nouvel ordre le personnel de l'opération "Chammal" [volet français de l'opération internationale "Inherent Resolve"] déployé en Irak », soit près de 200 militaires, engagés jusqu'ici dans la formation de l'armée irakienne ou travaillant au sein de l'état-major de la coalition à Bagdad.
A partir d'aujourd'hui, date du début du rapatriement, « il n'y a plus de troupes "Chammal" en Irak », a commenté le porte-parole de l'état-major français, le colonel Frédéric Barbry, en précisant que ce retrait était « a priori temporaire ».
L'armée américaine, qui représente la grande majorité des forces étrangères déployées en Irak, avait annoncé en fin de semaine dernière une réduction temporaire de la voilure de la coalition.
« Pour prévenir une propagation du Covid-19, l'armée irakienne a suspendu tout entraînement. Par conséquent, la coalition va renvoyer temporairement dans leurs pays dans les jours à venir certains de ses éléments spécialisés dans la formation », a annoncé vendredi le commandement central de l'armée américaine (Centcom), qui couvre notamment l'Irak et la Syrie. Les Britanniques et les Tchèques ont d'ores et déjà annoncé un retrait partiel ou total de leurs forces d'Irak.
« A l'avenir, nous prévoyons que la coalition soutiendra les forces irakiennes depuis moins de bases, avec moins de monde », a prévenu le Centcom, tout en affirmant que la coalition restait « engagée à long terme » dans le combat contre l'EI, alors que l'Irak est aussi au cœur de la rivalité entre Washington et Téhéran, qui dispose d'importants relais et leviers dans le pays.
Coup dur
Après l'assassinat en janvier à Bagdad d'un haut responsable militaire iranien et de son lieutenant irakien par Washington, le Parlement irakien avait voté en faveur du départ d'Irak des troupes étrangères, dont 5 200 soldats américains. Ce retrait sonne comme un coup dur pour Paris, qui insiste depuis plusieurs mois sur l'importance de ne pas laisser se reconstituer l'EI – commanditaire d'une série d'attentats sur le sol français depuis fin 2015 – en Syrie voisine et en Irak.
« Daech [acronyme arabe de l'Etat islamique] est resté fort en Syrie, en particulier dans les zones prétendument contrôlées par le régime (…) Quant à l'Irak, il est troublé par sa situation interne et par les soubresauts des rivalités internationales. Daech continue de s'y réorganiser et d'y harceler les forces gouvernementales », avertissait à la mi-février la ministre des armées française, Florence Parly.
« La France restera résolument engagée auprès de ses partenaires de la coalition pour assurer la défaite durable de Daech », promet l'état-major français, en évoquant le maintien de ses militaires dans les états-majors de la coalition internationale au Koweït et au Qatar, les déploiements maritimes français dans le canal de Syrie et la poursuite de ses missions d'appui aérien depuis ses bases régionales en Jordanie et au Qatar.
Si la pandémie de coronavirus vient entraver les opérations de l'armée française au Moyen-Orient, « les missions se poursuivent » au Sahel, où 5 100 militaires sont actuellement déployés au sein de l'opération antiterroriste « Barkhane », assure l'état-major français.
Le coronavirus a commencé à faire fait son apparition dans les pays sahéliens. Le Mali en guerre a annoncé mercredi ses deux premiers cas confirmés de coronavirus, sur deux de ses ressortissants rentrés de France à la mi-mars. Le Niger avait annoncé son premier cas il y a une semaine. Le Burkina Faso voisin est quant à lui le pays le plus touché en Afrique de l'Ouest avec quatre morts et 75 personnes infectées, selon un dernier bilan officiel publié dimanche.


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