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Hong Kong tente de rassurer les investisseurs étrangers
Publié dans Le Temps le 27 - 05 - 2020

Le projet chinois de loi sur la sécurité à Hong Kong ne vise "qu'une poignée de délinquants", a affirmé hier la cheffe de l'exécutif local, Carrie Lam, cherchant à rassurer les investisseurs étrangers inquiets pour les libertés dans l'ex-colonie britannique.
Le pouvoir central chinois a déposé vendredi devant le Parlement un texte très controversé visant à interdire "la trahison, la sécession, la sédition et la subversion" à Hong Kong qui a de nouveau mis le feu aux poudres dans la région semi-autonome, d'autant que Pékin a demandé dimanche son application "sans le moindre délai".
Riposte de Pékin après des mois de manifestations massives et souvent violentes en 2019 à Hong Kong, c'est aussi une réponse à l'incapacité des autorités locales de faire adopter ce texte qui avait déjà suscité par le passé une levée de boucliers sur le territoire.
Nombre de Hongkongais voient dans cette loi l'atteinte la plus grave à ce jour au principe "Un pays, deux systèmes" censé garantir à Hong Kong jusque 2047 des libertés inconnues ailleurs en Chine.
Une inquiétude partagée par certaines capitales occidentales et par les investisseurs étrangers, comme l'a illustré vendredi le décrochage de la Bourse de Hong Kong, le plus fort en cinq ans.
Mme Lam, à la tête d'un exécutif complètement aligné sur Pékin, a jugé hier "totalement sans fondement" les inquiétudes relatives aux libertés hongkongaises.
"Les libertés de Hong Kong seront préservées, et son dynamisme, ses valeurs fondamentales en termes d'Etat de droit, d'indépendance de la justice et de libertés continueront d'être là", a dit la dirigeante aux journalistes.
Le projet de loi, a-t-elle ajouté, "ne cible qu'une poignée de délinquants et protège la vaste majorité d'habitants qui respectent la loi et aiment la paix".
Des propos qui font écho à ceux tenus la veille par le plus haut représentant de la Chine à Hong Kong, Xie Feng, qui a affirmé aux diplomates et aux entrepreneurs étrangers qu'il n'y avait "absolument aucune raison de paniquer" face à une loi visant "les forces violentes et terroristes".
De son côté, le chef de la garnison de l'armée chinoise à Hong Kong a averti que la loi "punirait tout acte séparatiste".
"Les soldats de la garnison ont la détermination, la foi et la capacité de défendre la souveraineté nationale", a déclaré Chen Daoxiang à la chaîne CCTV.
Hong Kong a connu de juin à décembre sa pire crise politique depuis sa rétrocession en 1997, avec une contestation sans précédent de la tutelle chinoise et des ingérences de Pékin. Ce mouvement a été émaillé de violents heurts avec les forces anti-émeute.
Pékin n'a cessé de présenter cette contestation comme un complot soutenu par l'étranger pour déstabiliser la nation. Les pro-démocratie affirmaient quant à eux que la rue était le seul moyen de se faire entendre en l'absence de suffrage universel.
Alors que la contestation avait marqué le pas à cause du coronavirus, des milliers de personnes ont de nouveau manifesté dimanche en réaction au projet de loi sur la sécurité.
Le texte précis n'est pas connu, mais le Parlement chinois en avait dévoilé les grandes lignes la semaine dernière. Il sera examiné demain à Pékin, pour une entrée en vigueur possible cet été.
Un point d'inquiétude est la disposition qui permettrait aux policiers chinois d'opérer à Hong Kong, dont la justice est pourtant censée être indépendante.
Nombreux y voient un risque de répression contre la dissidence, les lois contre la subversion étant fréquemment utilisées en Chine contre les critiques du régime.
Priée par un journaliste de dire si les policiers chinois pourraient arrêter des manifestants à Hong Kong, Mme Lam a balayé hier la question en y voyant une vue de l'"imagination".
Elle a ajouté que les manifestations antigouvernementales continueraient d'être autorisées si elles "se déroulent de façon légale".
"Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps", avait en 2019 été le cri de ralliement des manifestants, qui redoutent désormais qu'un tel slogan ne soit passible de poursuites.
Mercredi, le Conseil législatif (LegCo), le Parlement local, doit examiner un autre projet de loi criminalisant tout outrage à l'hymne chinois.
La police a d'ores et déjà renforcé les mesures de protection autour de ce complexe qui fut, en juin 2019, le point de départ de la contestation.


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