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Le coronavirus, un choc traumatique(1)
Publié dans Le Temps le 30 - 07 - 2020

L'Union Internationale de la Marionnette (UNIMA) a programmé différentes tables rondes virtuelles, suite au projet RésiliArt initié par l'UNESCO, permettant une sensibilisation sur l'impact de la Covid-19 auprès des artistes, et une sorte d'approche de leur résilience. La Tunisie a participé à la cinquième table ronde, celle d'UNIMA Afrique. Ce qui a permis de positionner notre pays, vis-à-vis de cette pandémie, par rapport à six autres présents : Côte d'Ivoire, Mali, Sénégal, République du Congo, RDCongo, et Afrique du Sud.
Depuis le début de la pandémie du coronavirus, tous les secteurs ont, économiquement, été touchés. Une situation mondiale catastrophique à tous les points de vue. La Culture n'y a pas échappé. L'UNESCO a pris l'initiative du projet «RésiliArt» consistant «en une série de tables rondes virtuelles avec des artistes et des professionnels clés du secteur».
En tant qu' Union Internationale de la Marionnette, l'UNIMA participe, depuis le 22 juin, et ce, jusqu'au 3 août, à ce projet en organisant des tables rondes virtuelles pour les marionnettistes du monde. Ainsi, le 20 juillet, c'était au tour de sept marionnettistes, ou ayant rapport avec les arts de la marionnette, africains (Soro Badrissa de Côte d'Ivoire, Yaya Coulibaly du Mali, Patricia Gomis du Sénégal, Faustin Kaoua-Leturmy de la République du Congo, Ngonde Sunda de la RDCongo, Naomi Van Niekerk d'Afrique du Sud, et Habiba Jendoubi de Tunisie) de se réunir pour parler de leur expérience face à la Covid-19, en présence de l'Espagnole Idoya Otegui, Secrétaire générale d'UNIMA International, et du Français Clément Peretjatko, conseiller UNIMA.
Certains pourraient s'étonner de trouver la Tunisie dans ce panel Afrique. En fait, rien d'étonnant puisque les ONG culturelles, comme l'UNIMA et l'Institut International du Théâtre (IIT), prennent en compte la zone géographique et non la zone géopolitique. Pour cette dernière, notre pays a été placé, sans qu'on lui demande vraiment son avis, en zone Mena (Middle East/North Africa, soit Moyen-Orient/Afrique du Nord). Soit dit en passant la zone géographique est beaucoup plus juste que la zone géopolitique à bien des égards.
Une période très difficile
De l'avis général, le début de la pandémie ainsi que le confinement ont été une période difficile, une sorte de choc traumatique, pour tout le monde. Soro Badrissa, fondateur de la Compagnie et de l'Académie Ivoire Marionnettes, a déclaré : «La crise de la Covid-19 a été très difficile. Nous vivons, encore, d'une manière très difficile. A Ivoire Marionnettes nous avons quinze jeunes que nous encadrons. Nous avons fait appel à certains de nos partenaires qui nous ont fait des dons alimentaires pour pouvoir tenir».
«Personne ne s'attendait à ce que cela dure aussi longtemps. On avait de l'espoir en disant que, cet été, les activités allaient reprendre. On est tous au même point. Les activités culturels sont arrêtées. Les centres culturels fermés. Tout est tombé à l'eau», a souligné Patricia Gomis, directrice artistique du centre Djaram'Arts.
Habiba Jendoubi a parlé du cas des marionnettistes en Tunisie : «Mars est, normalement, un calendrier bien rempli puisque chez nous il y a pleins de petites manifestations durant ce mois. La crise de la Covid-19 a été très douloureuse pour les compagnies qui travaillent à leur compte. La majorité, soit environ 90 %, des marionnettistes, est freelance. Depuis mars, il n'y a plus de calendrier clair et net. Il y a des efforts de quelques programmations mais sans ampleur».
Pour Faustin Kaoua-Leturmy, auteur, metteur en scène, «on ne sait pas quand cette situation va se débloquer. Tout ce que l'on avait initié, les partenaires tombent à l'eau. Il faut repartir sur de nouvelles discussions, chercher d'autres pistes sur lesquelles avancer». Du côté de l'Afrique du Sud, à Johannesburg, les habitants sont encore confinés, comme l'a signalé la marionnettiste Naomi Van Niekerk : «Les chiffres (des cas) continuent à grimper. Nous sommes encore sous couvre-feu. Plusieurs mois de travail ont été annulés».
Au Mali, qui, pourtant, possède une tradition des marionnettes très ancienne, la situation est plus complexe. Yaya Coulibaly de la Compagnie Sogolon a éclairé l'assistance : «Le coronavirus est tombé comme un poignard, d'autant plus que, depuis 2012, le Mali traverse une période (politique) extrêmement difficile. Les artistes travaillent rarement. Malgré la richesse culturelle du Mali, il n'y a pas de subventions».
Quand certains Etats
ne suivent pas...
Malgré certains aspects, en Tunisie, les artistes ont beaucoup plus de chance que dans certains autres pays d'Afrique dans lesquels l'Etat ne suit pas. Habiba Jendoubi a parlé du fonds que Chiraz Latiri, notre actuelle ministre des Affaires culturelles, a initié : «Les marionnettistes freelances ont eu leur part, comme les compagnies qui ont montré un calendrier de travail annulé par la situation. Même si les procédures administratives sont vraiment très lentes et ne fonctionnent pas comme le veut l'artiste ou comme le veut madame la ministre, le fonds a été un soutien important. La deuxième plateforme vient d'être lancée. Elle concerne l'aide à la production pour aider les jeunes à créer, à travailler. Elle s'étend jusqu'à décembre».
Du côté du Sénégal, l'Etat a aussi aidé les artistes selon Patricia Gomis : «L'Etat sénégalais a fait un énorme effort pour les artistes de tout corps de métier».
Par contre, dans les autres pays représentés il n'en a pas été de même. En Côte d'Ivoire, le changement de ministre de la Culture et de la Francophonie a, quelque peu, compliqué la situation. «Notre ministre de la Culture et de la Francophonie a été remplacé durant le mois de mars», a précisé Soro Badrissa, avant d'ajouter : «Ce n'est seulement que maintenant que sa remplaçante a mis un fonds pour soutenir les artistes. Un recensement est en train d'être fait. Déjà, une première vague d'artistes ont reçu des aides. J'ai reçu un appel me disant que ma compagnie était dans la deuxième vague».
Au Congo Brazzaville, et selon Faustin Kaoua-Leturmy, «il n'y a aucun accompagnement. Le gouvernement congolais ne s'occupe pas d'aider les artistes. Le ministère (de la Culture et des Arts) ne regarde pas les difficultés, les problèmes des artistes. Ces derniers vivent de leurs propres relations. Et comme les relations vivent la même situation... Donc, personne ne peut bouger».
Du côté de l'autre Congo, c'est-à-dire la RDC, «l'Etat a décidé d'aider les artistes qui font du cinéma populaire. Les autres ont été mis de côté», comme l'a signalé Ngonde Sunda.
«Ma compagnie, a déclaré Naomi Van Niekerk, ne reçoit pas de subvention de l'Etat. Le gouvernement avait annoncé qu'il allait aider les artistes mais, jusqu'à présent, rien n'a été fait. La procédure a été compliquée et longue».
Les marionnettistes comptent sur les partenaires étrangers comme les Instituts français, avec qui ils semblent travailler beaucoup, ou attendent des paiements de festivals auxquels ils ont participé avant la prise de pouvoir du coronavirus, comme Patricia Gomis qui a affirmé que le Marché des Arts du Spectacle d'Abidjan (MASA) ne l'a pas encore payée pour sa représentation. Ayant nous-même participé au MASA et sachant comme se déroule le contrat entre ce marché et les managers ou artistes, nous nous devons d'apporter une explication : le MASA a aussi été victime de la Covid-19. Dans le contrat liant le festival au représentant du spectacle, il est indiqué, noir sur blanc, que les artistes perçoivent 50 % de leur cachet après leur deuxième prestation et 50 % sous une quarantaine de jours après la fin du festival par virement. Or, suite à la pandémie, le MASA n'a pu effectuer ce versement qu'à partir du... 20 juillet.
Z.H


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