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La banalisation des 20 et des 19...
Enseignement : Notes scolaires
Publié dans Le Temps le 28 - 03 - 2008

On remarque actuellement que nos élèves sont atteints d'une « boulimie » de bonnes notes. Et ils en reçoivent à satiété ! De nos jours, les élèves tunisiens font des exploits que ce soit lors des examens trimestriels ou des examens nationaux ; ils obtiennent des 20 sur 20 en plusieurs matières au cours de l'année et ont des moyennes trimestrielles et annuelles qui dépassent parfois 18 sur 20.
Ces résultats, comparés à ceux obtenus par des élèves des années soixante et soixante-dix, sont extraordinaires et même incroyables. Le rendement de ces élèves compte sans doute parmi les plus élevés au monde. Donc, tout va bien... mais est-ce vraiment le cas?
Ce sont là certes des indices de progrès, mais cela ne concerne pas la majorité des enfants scolarisés. On sait que la nullité et la médiocrité existent chez 80% des élèves. On parle ici de cette tranche d'élèves qui constitue les petits « génies » de nos établissements scolaires. L'on se rappelle encore la fameuse note (20 sur 20) accordée à une candidate au baccalauréat il y a quelques années et qui a fait couler beaucoup d'encre et fait révolter pas mal d'enseignants et d'éducateurs, pour la simple raison qu'il est très difficile d'avoir la totalité de la note surtout quand il s'agit d'une épreuve de sciences humaines (philo, histoire, géographie...), alors qu'on peut obtenir 20 sur 20 dans une épreuve de sciences exactes (maths, physique...). Chaque année, lors de la proclamation des résultats, on compte des centaines de lauréats parmi les admis avec des moyennes « très » excellentes qui atteignent 18 sur 20 ! A quoi est due donc cette perfection exemplaire chez certains élèves qui excellent en tout ? Il est de l'avis de tous que le phénomène est un peu étrange. Beaucoup de choses ont changé depuis un quart de siècle : les programmes officiels, la pédagogie, les approches, les méthodes, l'extension des cours particuliers, le progrès scientifique et technique, les changements socio-économiques... Tout cela aurait-il agi d'une manière ou d'une autre sur l'attitude des élèves et de leurs parents vis-à-vis de l'institution scolaire et aurait-il amené en conséquence un trop-plein de souplesse et d'indulgence au niveau de la notation scolaire ?
Plusieurs facteurs ont favorisé ce boom dans l'excellence scolaire. D'abord, les aspirations de certains parents ont certainement une incidence positive sur le rendement scolaire de leurs enfants. Ainsi, les élèves qui réussissent mieux à l'école sont ceux dont les parents accordent de l'importance à la réussite scolaire et favorisent les activités intellectuelles au sein de la famille.
Ces parents, soucieux de l'avenir de leurs enfants, collaborent activement avec les enseignants et l'école, pour aider à améliorer les capacités de leurs enfants et d'accroître leurs chances d'exceller dans leur cursus scolaire. C'est la participation des parents qui amène l'enfant à réaliser l'importance de l'éducation et à faire plus d'efforts à l'école. Il est à noter que la plupart des parents font faire à leurs enfants des cours supplémentaires même s'ils n'en ont pas vraiment besoin. (Ce phénomène qui a sombré dans des pratiques et des surenchères amorales et illégales mérite à lui seul tout un dossier).
Ensuite, l'instauration depuis quelques années des lycées-pilotes et récemment des collèges-pilotes a capté l'attention des parents qui aspirent à un bon rendement de leur enfant dès les premières années de l'école de base pour qu'il puisse un jour accéder à ces écoles reconnues plus sérieuses. De même, l'allègement des programmes de certaines matières, la réduction de la batterie horaire d'apprentissage de certaines disciplines et la diminution de leurs coefficients sont à l'origine de l'amélioration des résultats des élèves. Les moyens ont donc progressé, les bons ont excellé. Au baccalauréat, beaucoup de candidats ont profité également de l'inclusion de la moyenne annuelle, au taux de 25%, dans la moyenne de l'examen du bac, dont le but avoué est d'éviter aux élèves studieux les mauvaises surprises de dernière minute.
Enfin le désir d'obtenir des résultats brillants pour se voir accorder le premier choix dans l'orientation universitaire a poussé ces bons élèves à doubler d'efforts pour atteindre leur objectif.

L'arbre qui cache la forêt ?
Avec toutes ces facilités et toutes ces faveurs accordées aux élèves, on ne peut s'attendre qu'aux meilleurs résultats, et généralement ce sont les bons élèves qui profitent le mieux de ces privilèges et obtiennent les meilleurs scores. Les autres (moyens et médiocres) font de leur mieux pour accéder à leur petite part du gâteau et certains parviennent à réussir mais avec une moyenne beaucoup moins importante. Mais une très bonne note ou une réussite brillante ne doit jamais cacher certains dysfonctionnements cumulés au fil des années au niveau de l'évaluation scolaire qui requiert aujourd'hui plus que jamais une révision très approfondie.
Cet accroissement du taux de réussite à tous les niveaux, essentiellement à l'examen du bac, a créé un problème d'encombrement dans les facultés et les instituts supérieurs de sorte que le nombre a quadruplé dans les vingt dernières années, ce qui a influé sur la qualité de l'enseignement et des diplômes délivrés par les différentes universités du pays, sachant que des centaines de bacheliers sont mal orientés et , par conséquent, ils « perdent leur temps » dans des formations qui ne sont pas faites pour eux, occasionnant par leur présence, souvent inutile, des dépenses énormes pour l'Etat.
Quand on est orienté vers une filière non désirée, les taux de réussite de ces bacheliers sont automatiquement très faibles. Que vont-ils faire pour entrer sur le marché du travail ? Ils vont sans doute grossir la masse des chômeurs dans le pays ?
Bon nombre de diplômés végètent en attendant que les choses changent... La plupart sont obligés d'accepter un travail pour lequel ils ne sont pas formés ! Avant, à l'époque où seulement 30 ou 35% des élèves étaient admis au bac, la qualité de l'enseignement supérieur était nettement meilleure et les diplômés étaient facilement intégrés dans le marché de l'emploi. Aujourd'hui, il est malheureux de voir un diplômé universitaire qui ne sait pas rédiger une demande d'emploi ou répondre convenablement à un formulaire!
La nouvelle loi sur l'enseignement supérieur et la récente réforme de l'enseignement tunisien en général et celle relative à la formation professionnelle seront-elles en mesure de remédier à tous les problèmes du système éducatif en Tunisie ?
A voir ce projet, tout porte à croire que ces réformes seront à même de remettre de l'ordre dans le secteur de l'enseignement à tous ses niveaux après tant d'années de marasme, de désarroi et d'incertitudes. Les changements produits aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale ont été certainement à l'origine de ces mesures de restauration de l'enseignement dans notre pays.
Quant à la mise en œuvre du nouveau projet, le dialogue continue et les opinions divergent : certains ne cachent pas leur scepticisme, d'autres expriment d'ores et déjà leur enthousiasme, d'autres encore approuvent en émettant quelques réserves.
Pourtant, il y a de quoi être optimiste du moment que le projet proposé donne naissance à un nouveau processus de mobilisation de toutes les forces vives du pays pour une marche vers la modernité. Mondialisation oblige !


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