Au bout de 14 ans de colonialisme où la France agissait en Tunisie en guise de protectrice, les fellahs étaient peu à peu dépossédés de leur terre. Un décret de février 1892 attribuait les meilleurs lots de terrains aux colons français à un prix dérisoire. Jean Poncet, dans son ouvrage "La colonisation et l'agriculture européenne en Tunisie depuis 1881" écrivait à propos des fellahs dépossédés en les qualifiant de "flot de prolétariat rural misérable et désarmé errant à la recherche des terres inaccessibles". Tandis qu'ils étaient décrits par Tahar Haddad qui parlait de cette période dans son ouvrage : Les ouvriers tunisiens et la naissance de l'action syndicale comme : "une bande de fellahs, errant le long des routes, vivant de mendicité et de vagabondage". Les fellahs étaient expropriés de leurs moyens de production à savoir la terre. Ils étaient comme le soulignait si bien Tahar Haddad, voués au nomadisme donc à l'errance, au vagabondage et à la misère. Ainsi une insurrection se prépara dès le début de 1906 et elle était latente en février de cette année qui constitue le début des soulèvements populaires contre le colonialisme (les insurrections antérieures à 1881 et dont la plus marquante était celle de Ali Ben Gdhahem, étaient dirigées contre les représentants du Bey qui collectaient les taxes). Cette insurrection était menée par un certain Fadhli Ben Abdallah, berger appartenant à une tribu maraboutique des "Frechich". Atteint de tuberculose, il tomba dans l'errance et un état presque permanent de divagation. Traité d'abord comme un déréglé mental, il fut considéré plus tard comme un marabout car il avait des discours prémonitoires et allait de plus dans un mausolée où il incitait dans ses divagations, ses interlocuteurs qui commençaient à croire à ses dons surnaturels, à la révolte contre les colons. Ainsi ils mènerent cette révolte en son nom : la révolte de Fadhli. La "Dépêche tunisienne" écrivait à ce propos concernant les insurgés : "Leur mission était d'exécuter tout colon qui refusait de se convertir à l'Islam en prononçant Achahada". Ce qui était grotesque car c'était une insurrection des fellahs dépossédés de leurs terres et réduits à l'état de famine. Dans cette insurrection beaucoup de colons furent tués. Le "marabout" et ses hommes furent arrêtés et jugés en septembre 1906 par la Chambre criminelle de Sousse, qui examina le cas de 59 parmi eux, alors que 57 étaient en état de fuite et furent jugés par contumace. Cette révolution est citée dans l'œuvre du Dr Abdelmoula : "La Tunisie protégée par la France et le refus du colonialisme" où il fait référence au procès de Sousse en donnant les condamnations qui allaient de dix ans de travaux forcés, à deux ans d'emprisonnement, repartis entre les accusés. A l'époque, une journaliste chargée par le journal français "Le Temps", de couvrir ce procès fit montre dans son article du 23 février 1907, de sa sympathie envers les insurgés. Cette journaliste du nom de Myriam Harry parlait des "exécutions sommaires sur les murs de Tala par des fusils véritables qui eux, ne figuraient pas comme pièces à conviction que constituaient les vieilles défroques, gandouras de parade, botte de carabiniers, mousquets tromblons, amulettes, pistolets de panoplie". Elle décrivait également le marabout en ces termes : "Son corps frêle gisait sur un brancard. O petite Jeanne d'Arc du désert lamentable, quelle pitié vous m'inspirez". Poursuivant sa description, cette journaliste écrivait ceci "Songeant aux armes d'enfants qu'on laisse aux indigènes, je dis en souriant : vraiment ! Et vous n'avez pas peur de rester ? Moi peur ? Lui répondit l'un des colons, Ah ! non. Je ne crains rien. J'ai mon révolver. Au premier bicot que je vois arriver vers moi dans le bled, je tire dessus. C'est Allah qui lui envoie ça ! Si je pouvais compter toutes les balles que leur ai flanquées dans la peau !". Et la journaliste de répondre "Monsieur, vous pouvez compter sur moi, je parlerai de vous !".