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Lesdits -maudits- de Brzezinski
Les mots et les choses
Publié dans Le Temps le 14 - 02 - 2007

Zbigniew Brzezinski, Conseiller de la Sécurité nationale du président Jimmy Carter, n'a jamais apprécié George W. Bush et sa politique aventureuse au Moyen Orient et il l'a souvent fait savoir. La dernière fois, au cours de son audition, le 1er février, par la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Ce fin connaisseur des arcanes de la politique étrangère états-unienne ne s'est pas privé de critiquer vivement «le choix de la guerre» en Irak, qualifiée de «calamité historique, stratégique et morale».
«Entreprise sur la base de fausses hypothèses», cette guerre, a-t-il expliqué, «mine la légitimité des Etats-Unis partout dans le monde. Ses victimes civiles collatérales ainsi que certains abus, ternissent la réputation morale des Etats-Unis. Menée sur la base de principes manichéens et d'un orgueil impérial démesuré, elle intensifie l'instabilité régionale». Brzezinski a raillé ensuite «la lutte idéologique décisive» menée par l'administration Bush contre l'islam radical, qualifiée de «simpliste et démagogique» et «récit historique mythique» utilisé pour justifier une «guerre qui dure et qui est potentiellement en expansion». Avant de jeter un pavé dans la mare en lançant cet avertissement : «Argumenter que les Etats-Unis sont déjà en guerre dans la région contre une menace islamique plus large, dont l'Iran est l'épicentre, consiste à faire la promotion d'une prophétie, dont on provoque la réalisation (c'est nous qui soulignons)». Et en décrivant, devant une assemblée restée de marbre, ce qu'il a appelé un «scénario plausible pour un conflit militaire» [avec l'Iran].
Ce scénario implique, selon ses termes, que «l'échec irakien atteint les limites américaines; suivi par des accusations américaines rendant l'Iran responsable de cet échec; puis, par quelques provocations en Irak ou un acte terroriste sur le sol américain dont l'Iran serait rendu responsable (c'est nous qui soulignons). Ceci pourrait culminer avec une action militaire américaine ''défensive'' contre l'Iran qui plongerait une Amérique isolée dans un profond bourbier englobant l'Iran, l'Irak, l'Afghanistan et le Pakistan».
Avons-nous bien lu ? Brzezinski, généralement bien informé de ce qui se trame dans les cercles du pouvoir à Washington, possède-t-il des informations précises sur de redoutables desseins de l'administration Bush en ce qui concerne l'Iran ?
En dévoilant ces desseins - ne fut-ce qu'à demi-mot et par de lourdes allusions -, cherche-t-il à les dénoncer et à empêcher ainsi leur réalisation ?
En agitant ainsi le scénario du pire, cherche-t-il plutôt à prévenir les néo-conservateurs, qui s'affairent autour du président Bush, des conséquences d'une guerre contre l'Iran qui se transformerait en un nouveau bourbier pour l'armée américaine ?
Cherche-t-il seulement à mettre le Congrès devant ses responsabilités et à le pousser à réagir afin d'éviter un hypothétique affrontement avec l'Iran, dont il met en doute, avec des mots à peine voilés, le caractère «défensif», laissant entendre que l'administration Bush est en train de chercher - si elle n'est pas tentée d'en «fabriquer» - un prétexte ?
Quoi qu'il en soit, Brzezinski n'a jamais fait mystère de son opposition à la guerre en Irak, ni cessé de critiquer la manière dont celle-ci est menée par l'administration Bush. Il ne peut donc que s'opposer à une nouvelle menée impériale de son pays en Iran. Mais de là à laisser entendre que le gouvernement américain est capable de perpétrer, ou laisser perpétrer, sur le sol des Etats-Unis, un attentat dont la responsabilité serait (faussement ?) attribuée à l'Iran, de manière à justifier, au regard de l'opinion américaine et mondiale, une action militaire contre Téhéran (c'est nous qui soulignons), il y a un pas qu'un homme avisé et responsable comme lui se serait bien gardé de faire.
On aurait d'ailleurs assimilé cette sortie de Brzezinski à une bourde ou à un simple lapsus, si sa réponse aux questions des sénateurs à propos du risque d'une provocation concoctée par l'Etat américain n'a pas laissé planer une certaine ambiguïté. Attirant l'attention de l'auditoire sur un article du ''New York Times'', paru le 27 mars dernier, à propos d'«une rencontre privée entre le président et le premier ministre Tony Blair, deux mois avant la guerre, et qui se basait sur un mémorandum rédigé par le représentant britannique présent à cette rencontre», Brzezinski a fait remarquer que le mémo en question «cite le président qui déclare être inquiet du fait qu'il risque de ne pas y avoir d'armes de destruction massive à trouver en Irak, et qu'il est nécessaire de réfléchir pour trouver d'autres prémisses pour entreprendre cette action.» Il a continué en disant: «Je vais juste vous lire ce qu'apparemment ce mémo disait, selon le ''New York Times'': ''Le mémo affirme que le président et le premier ministre avaient reconnu qu'aucune arme non conventionnelle n'avait été trouvée en Irak. Confronté à la possibilité de ne pas en trouver avant l'invasion prévue, M. Bush avait parlé de plusieurs moyens de provoquer une confrontation. Il a décrit les différents moyens de le faire''. Je ne vais pas entrer dans le détail... Les moyens étaient plutôt extraordinaires, du moins l'un d'entre eux (sic !). Si l'on considère que l'on a affaire à un ennemi implacable qu'il faut écarter, cette ligne de conduite peut, dans certaines circonstances, être tentante. Je crains que si la situation en Irak continue de se détériorer et que si l'Iran est perçu d'une manière ou d'une autre comme étant impliqué voire responsable, ou bénéficiaire potentiel de cette situation, cette tentation pourrait se présenter (re-sic !)», a notamment expliqué Brzezinski, cité Barry Grey dans «La bombe de Zbigniew Brzezinski : Bush cherche un prétexte pour attaquer l'Iran», mis en ligne, le 2 février, sur le World Socialist Web Site, ''www.wsws.org''.
«A un autre moment, Brzezinski a fait une remarque sur les méthodes de conspirateur de l'administration Bush qu'il a presque décrites comme une cabale. ''Je suis perplexe, a-t-il dit, de voir que des décisions stratégiques majeures semblent être prises par un cercle très restreint de personnes - quelques-unes seulement, une poignée probablement, peut-être pas plus nombreux que les doigts de ma main. Et ce sont ces mêmes personnes, à une exception près, qui ont pris la décision initiale d'entrer en guerre et ont utilisé les justifications initiales pour entrer en guerre», raconte Grey dans le même article.
Plus inquiétant encore: suite à l'audience, le reporter du WSWS a demandé à Brzezinski s'il suggérait que l'«éventuelle provocation dont il était question dans sa déclaration pouvait émaner du gouvernement américain lui-même». L'ancien Conseiller à la Sécurité nationale est certes resté évasif, mais l'échange entre les deux hommes laisse la porte ouverte à toutes les interprétations : «Dr Brzezinski, à votre avis, qui conduirait cette éventuelle provocation ?», a demandé le journaliste. «Je n'en sais rien. Comme je l'ai dit, on ne peut jamais prédire ces choses. Cela peut être spontané», a répondu l'ancien haut responsable. «Suggérez-vous qu'il y ait une possibilité qu'elle émane du gouvernement américain lui-même ?», a insisté le confrère. Réponse de Brzezinski: «Ce que je dis c'est que toute cette situation peut échapper à tout contrôle et toutes sortes de calculs pourraient créer une situation dont il serait très difficile de remonter aux origines.» Cette réponse volontairement vague pourrait être traduite comme ceci : un attentat sur le sol américain est possible à tout moment sans qu'on soit capable d'en déterminer exactement les auteurs et/ou les commanditaires. Ces derniers pourraient bien être Iraniens, si l'on veut, ou de toutes autres nationalités, y compris américaine, du moment où «il serait très difficile de remonter aux origines».
Par leurs sous-entendus, ô combien lourds de sens, ces mises en garde de Brzezinski ont de quoi inquiéter. Non pas seulement parce qu'elles émanent d'une personnalité qui a des décennies d'expérience aux plus hauts échelons de l'administration états-unienne et qui sait donc de quoi il parle, mais aussi parce qu'elle donnent un certain crédit à la thèse - jusque là tenue pour farfelue, parce que intellectuellement, moralement inacceptable et impensable - de Thierry Meyssan, directeur du site anti-américain ''www.voltairenet.org'', selon laquelle les attentats du 11 septembre 2001 auraient été perpétrés par une faction du complexe militaro-industriel pour provoquer les guerres d'Afghanistan et d'Irak, prélude à une mainmise définitive des Etats-Unis sur les ressources pétrolières du Moyen Orient et de l'Asie centrale.
Sans aller jusque là, on pourrait penser que Brzezinski, autant par ses dits que par ses non-dits, a replacé, sans doute involontairement, cette thèse, si choquante, dans le domaine du politiquement correct. Du coup, la manigance est devenue un acte acceptable en soi: la fin politique justifiant les moyens immoraux, voire criminels, mis pour y parvenir.
Un auteur anonyme, s'exprimant sur le site ''www.dedefensa.org'', le 5 février, en a tiré deux conséquences, aussi graves l'une que l'autre : Un - «La "démonisation" systématique des recherches faites sur les hypothèses de complot ou de complicité du pouvoir dans l'attaque du 11 septembre est décisivement mise en cause. Cela ne donne pas la clef de la vérité de 11/9 mais place ceux qui s'en occupent dans une position beaucoup plus libre pour poursuivre leurs travaux».
Deux - «Un doute fondamental est désormais porté sur l'attitude et l'action du gouvernement [américain], comme une ombre inquiétante. Cela vaut hier pour 11/9 et demain, voire tout à l'heure, pour son action face à l'Iran
On pourrait ajouter une troisième conséquence: le pouvoir états-unien, qui continue de se prévaloir d'une certaine légitimité démocratique, est aussi banalement - et machiavéliquement - immoral que tous les autres pouvoirs au monde. Mais cela, les écrits de Noam Chomsky, William Blum, Graydon Carter et autres Patrick Cockburn, à propos des errements de la politique étrangère américaine, ne cessent de nous le rappeler...


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